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Santé et ostéopathie

journal des étudiants de l'Ecole Suisse d'ostéopathie

Introduction à l'histoire de l'ostéopathie

Article de Francesco DONOSO 

paru dans le n°5 du Journal "Études Santé et Ostéopathie"
 journal des étudiants de l'École Suisse d'Ostéopathie

 

 

avec l'autorisation de l'auteur

Vouloir raconter l'histoire de l'ostéopathie, ou même en résumer l'essentiel dans l’espace que nous réserve ce journal, relève évidemment de la pure utopie. Pour ceci nous renvoyons le lecteur intéressé aux nombreux écrits publiés à ce jour sur ce sujet
Dans cette " introduction à l’histoire de l'ostéopathie ", nous avons uniquement cherché à dégager quelques-unes des grandes lignes directrices de son évolution. Avec comme seul but de familiariser un peu mieux le lecteur avec cette thérapeutique. Tel est notre souhait, tel est notre but.

Il est classique d’aborder, dans un but pédagogique, l’histoire de l’ostéopathie par les origines de la médecine manuelle, tant il est vrai que l’une va engendrer l’autre.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Si "phylogénétiquement" on les apparente l’une à l’autre, qualifier aujourd’hui la médecine ostéopathique de médecine " manuelle " est, au sens strict, une inexactitude ; car s’il est vrai que le mode d’action manuelle est son principal vecteur thérapeutique, il n’est pas moins vrai qu’avant l’acte technique correcteur l’ostéopathe doit aboutir au diagnostic et ceci n’est possible qu’après une longue démarche purement intellectuelle. De la même manière, il serait inexact de qualifier les médecins de " manuels " par le simple fait qu’ils se servent, après leur diagnostic, de leur main pour écrire l’ordonnance

Origines de la médecine manuelle

Dès l'aube des temps l'homme a utilisé ses mains pour soulager, pour soigner, pour guérir. C’est ainsi que l’une des premières références à la médecine manuelle se trouve dans une fresque de la tombe du pharaon Ramsès II (v. 1301 - v. 1235 av. J.-C.), où l'on voit déjà un thérapeute réduisant une lésion du coude.

La thérapeutique manuelle non seulement existait déjà dans l'Antiquité mais était fortement appréciée comme peut en témoigner, entre autres, cet écrit de Solon, homme politique et poète (v. 640 - v. 558 av. J.-C.) dans son " Elégie sur la justice " :

" Certains pratiquent l'art du dieu riche en remèdes,
Les médecins, sans maîtriser le résultat.
D'une moindre douleur naît souvent un grand mal,
Sans qu'aucun puisse l'apaiser par des calmants.
Un autre voit quelqu'un qui souffre affreusement :
Il le touche des mains et le remet sur pied. "

Hippocrate, le plus grand médecin de l'Antiquité (v. 460 - v. 377 av. J.-C.), décrit dans son " Traité sur les articulations " des manœuvres de réduction articulaire. Manœuvres qu’il semble apprécier particulièrement puisqu’il écrit :

L’art de la thérapeutique manuelle est ancien. Je tiens en haute estime ceux qui, génération après génération, me succéderaient et dont tous les travaux contribueront au développement de l’art naturel de guérir ".

On peut ainsi citer d'autres grandes figures de l'histoire de la médecine comme Galien ou Avicenne qui, tout au long des siècles, ont efficacement soigné par des techniques purement manuelles.

Pour des raisons obscures, le Moyen-Âge voit disparaître ces pratiques de l'arsenal thérapeutique officiel, pratiques qui avaient pourtant fait leurs preuves à travers les siècles.

Cette " médecine par les mains " survivra malgré tout en Europe clandestinement, de manière empirique, par transmission orale de maître à élève avant de resurgir enrichie à la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis, grâce au concepteur de l'ostéopathie le Dr. Andrew Taylor Still. Mieux connaître celui-ci nous fera mieux connaître l’ostéopathie.

Le Dr Andrew Taylor Still

C’est donc en Amérique, et plus précisément à Jonesville en Virginie, que le 6 avril 1828 A. T. Still voit le jour.

Au moment de sa naissance son père Abrams, après avoir été prédicateur méthodiste, est à la fois fermier et médecin. Voilà donc, à notre sens, l’origine des trois composantes(religion, travail manuel, médecine) qui forgeront l’exceptionnel et très théosophique thérapeute que nous connaissons.

En 1849, Andrew épouse Mary M. Waugh et c’est en 1853 qu’il décide d’apprendre la médecine sous la tutelle de son père.

En 1865, après avoir participé à la guerre de Sécession où il prit fait et cause pour les Nordistes et gagna les grades de capitaine et de médecin-majeur, il s’inscrit à l’École de praticiens et chirurgiens de Kansas City.

Il s’installe ensuite à Baldwin pour exercer en tant que médecin. Loin de choisir dès lors une vie tranquille, il va continuer infatigablement l’étude de l’anatomie, et ceci en disséquant nuitamment des centaines de cadavres.

Il approfondit ainsi, avec passion, ses connaissances anatomiques, biomécaniques et physiologiques en étudiant les systèmes vasculaire, nerveux, ostéo-articulaire et musculo-ligamentaire, cherchant toujours le lien qui les unissait.

Il semble bien que dès cette époque et à la suite de la perte de trois de ses enfants lors d’une épidémie de méningite cérébro spinale, Still se mit à douter du bien fondé de la médecine officielle d’alors. Il faut dire aussi que la médecine américaine au XIXe siècle ne dépassait pas de beaucoup le stade " diète, purge, saignée et application de cataplasme ".

Les raisons exactes ayant guidé Still vers la création de son brillant concept ostéopathique en 1874 demeurent néanmoins imprécises. Toujours est-il que ce visionnaire charismatique, par les excellents résultats de ses traitements, va vite acquérir une notoriété flatteuse, susciter des vocations et établir les fondements d'une thérapeutique dont l'essor ne devait jamais s'arrêter.

Naissance de la médecine ostéopathique

C’est le 22 juin 1874, que Still eut la révélation de l’ostéopathie :

" ...Comme un rayon de soleil, je dressais l’étendard de l’ostéopathie en proclamant : Dieu est Dieu et la mécanique qu’il a mise dans l’Homme est parfaite. "

Il arriva ainsi à la certitude que l’être humain était pourvu de forces d’autoguérison et de ressources naturelles pour lutter contre les maladies. La solution était donc de maintenir l’organisme humain en parfait état (médecine préventive) ou, le cas échéant, de lui faire retrouver cet état en corrigeant la " lésion ostéopathique " (médecine thérapeutique).

Dès 1874, il eut l’occasion de tester sa méthode. Un jour, dans une rue de Macon (Missouri) il aperçut une mère portant son enfant âgé d’environ quatre ans et dont les jambes étaient maculées de sang. Il constata que sa région lombaire était brûlante alors que l’abdomen était froid. Still se mit à exercer des pressions et à le masser pendant plusieurs minutes. Quand il eut fini, il demanda à la mère de revenir lui donner des nouvelles de l’enfant. Le lendemain, celui-ci allait beaucoup mieux.

La nouvelle de cette guérison fit boule de neige, et très vite la réputation de notre médecin-ostéopathe dépassa les frontières. Celui-ci se mit à traiter de cette manière, et avec des résultats aussi positifs, une multitude de personnes au grand dam de ses confrères et du prédicateur de la ville.

Quelques temps plus tard, la guérison " miraculeuse " d’une jeune fille déclarée incurable par les médecins, le fait rejeter par ceux-ci ainsi que par le clergé qui assimilent ses résultats probants à des pratiques ésotériques.

L’épuisement que lui inflige cette " croisade " menée contre lui le feront changer de région. Il quitta donc Macon pour se rendre à Kansas City, puis s’installa définitivement, vers la fin des années 1880, à Kirksville.

C’est dans cette ville du Missouri que Still, en 1892, va fonder la première école de médecine ostéopathique : L’American School of Osteopathy, point de départ d’une incroyable aventure.

Évolution de l’ostéopathie aux U.S.A.

L’ouverture de l’école de Kirksville et son succès immédiat vont entraîner, dans un élan d’enthousiasme, l’ouverture d’autres écoles d’ostéopathie dans plusieurs États d’Amérique.

Ceci ne veut pas dire pour autant que l’ostéopathie soit déjà acceptée à ce moment-là, car la source des hostilités de certains médecins est encore loin d’être tarie. Un des fils de Still va même être traduit en justice sur plainte médicale, suite au traitement et à la guérison de vingt-huit enfants diphtériques. Il sera acquitté uniquement grâce au soutient de tous les parents qui sont venus témoigner en sa faveur. Si l’animosité envers le vieux docteur continue toujours, celui-ci à présent n’est plus seul. Sa thérapeutique s’étend inlassablement sur toute l’Amérique, augmentant de jour en jour le nombre de ses disciples et de ses adeptes.

L’épidémie de grippe espagnole qui fit vingt millions de morts en 1918 allait contribuer à la popularité des ostéopathes. En effet le taux de mortalité se révéla cinq fois inférieur chez les grippés ayant suivi un traitement ostéopathique que sur ceux ayant suivi un traitement médical classique.

Cet immense succès, qui couronnait d’innombrables autres, allait obliger le monde médical à reconnaître enfin la médecine ostéopathique comme une médecine à part entière. Dès lors, le problème n’était plus pour les ostéopathes américains de prouver leur efficacité aux médecins allopathes, mais plutôt pour les uns et les autres de rechercher à quelles conditions un rapprochement entre les deux professions était possible.

De multiples tractations eurent lieu, dans ce sens et entre leurs représentants réciproques, pendant plusieurs années. Enfin, le 6 mai 1961, un premier pas était franchi par un accord définitif signé entre la Californian Medical Association (CMA) et la Californian Osteopathic Association (COA), dans lequel il était stipulé entre autres :

  • que tous les ostéopathes diplômés (DO), recevraient un diplôme académique de docteur en médecine (MD)

  • que l’école d’ostéopathie devenait une école de médecine.

En 1963 enfin, la Commission des services publics des États-Unis annonça la parité des diplômes émis par les écoles de médecine et ceux émis par les écoles ostéopathiques.

C’est ainsi qu’actuellement les Etats-Unis comptent une vingtaine d’écoles de médecine ostéopathique, que le nombre de docteurs en ostéopathie (D.O.) s’élève à 38.000 et que le nombre de consultations de ceux-ci est de l’ordre de 100 millions chaque année.

Apports nouveaux à l’ostéopatie

En 1906, l’American Osteopathic Association (AOA) crée le A.T. Still Research Institute. Institut de recherche qui deviendra opérationnel en 1913. Il fusionne en 1936 avec les autres centres de recherche ostéopathiques et forment les Research Laboratories.

Ces laboratoires engendreront, grâce aux travaux de ses chercheurs, d’inestimables apports nouveaux à l’ostéopathie.

Parmi ces chercheurs, au moins quatre noms doivent être cités :

  • Louisa Burns, qui étudia pendant 30 ans sur des animaux les modifications dans l’organisme après une lésion vertébrale et dont les observations, souvent troublantes, sont rapportées dans son ouvrage intitulé " Pathogenèse des maladies viscérales après lésions ostéopathiques ".

  • Harisson Fryette, dont les recherches eurent pour objet la compréhension de la biomécanique vertébrale normale et pathologique.

  • John Denslow et Irvin Korr qui installèrent des bases neurophysiologiques à la lésion ostéopathique.

Progressivement, de découverte en découverte, l’ostéopathie s’est enrichie de nouvelles méthodes de traitement. Entre celles-ci il convient de citer les techniques :

  • structurelles
  • fonctionnelles
  • crânio-sacrées
  • d’énergie musculaire
  • de mobilisation articulaire

consacrées aux " tissus mous ". C’est-à-dire aux muscles, fascias, ligaments, plans cutanés, viscères et vaisseaux.

Et aussi : le drainage lymphatique, le pompage des réservoirs veineux, le massage et le ponçage des points réflexes la myothérapie, etc.

Si l’ostéopathie moderne, par ces nombreuses acquisitions, s’est progressivement démarquée de l’ostéopathie de Still, l’essence même de sa thérapeutique est restée toujours la même : c’est celle d’une médecine holistique, celle de l’Homme total, où tout en lui est interdépendant.

Cette idée globalisante de l’être humain est admirablement exposée par Platon dans son " Charmide " :

...Mais sans doute as-tu toi-même entendu parler déjà de ces bons médecins qui, recevant la visite de quelqu’un qui souffre des yeux, lui disent qu’il est impossible d’entreprendre de guérir les yeux, pour eux-mêmes et tout seuls ; mais que, forcément, il doit y avoir lieu de soigner aussi la tête en même temps. Réciproquement, c’est le comble de la déraison de s’imaginer que la tête, on puisse jamais la soigner, isolément et pour elle-même, sans soigner le corps tout entier. Dès lors, en vertu de cette théorie, ils entreprennent de soigner et de guérir, avec le corps entier, la partie malade. ".

L’ostéopathie en Europe

La médecine enfantée par Still va traverser l’Atlantique, refaire face à des nouvelles hostilités et se propager lentement sur le Vieux Continent au début du XXe siècle.

Actuellement en Europe, la situation de la médecine ostéopathique est très différente selon les pays. L’Angleterre jouit de la reconnaissance officielle de l’ostéopathie par The Royal Assent du 1er juillet 1993. Tandis que la France et la Belgique, même si elles disposent d’un développement conséquent et d’une représentation véritable de l’ostéopathie, ne jouissent pas encore pour autant de la " légalité " de pratiquer. Malgré tout, le concept ostéopathique gagne chaque jour du terrain.

Dans une édition spéciale sur la santé de la revue française " Science et Vie ", on pouvait lire dernièrement la définition suivante sur les médecines manuelles:

" ...Il s'agit principalement des manipulations vertébrales et des techniques dérivées chiropraxie, étiopathie. Selon ces disciplines, la plupart des maladies seraient provoquées par un déplacement des vertèbres qui coincerait les nerfs commandant le fonctionnement des organes. Ces pratiques ont été considérées comme dangereuses par l'Académie de médecine. Aussi ne faut-il pas confondre avec l'ostéopathie, qui est scientifiquement reconnue dans le traitement des douleurs vertébrales. ".

Même si, dans cette définition, on n'accorde qu'une efficacité parcellaire à l’ostéopathie dont la nature intrinsèque est holistique et ne saurait se limiter au seul traitement vertébral, c'est déjà un grand progrès par rapport aux discours qui se tenaient précédemment dans ce pays. L’histoire de " l’épopée ostéopathique " américaine nous renseigne sur les difficultés rencontrées par cette médecine avant d’être acceptée pleinement par le système de santé.

Il est vrai que les innovations même si elles servent au bien de l'humanité ont toujours, du moins au début, dérouté et par là même été refusées. On en veut pour exemples les difficultés éprouvées par Pasteur pour convaincre le monde médical de l’époque du bien fondé de ses découvertes. Ou encore le cas dramatique du médecin hongrois Semmelweis qui préconisa avec véhémence et preuves à l'appui la nécessité de l'asepsie au cours de l'accouchement Il mourut dans la folie en 1865 voyant que des femmes continuaient à décéder après leur accouchement suite à des infections inoculées par les obstétriciens qui se niaient toujours obstinément à se laver les mains avant leur intervention alléguant que par le passé on avait toujours procédé ainsi.

En Suisse la médecine ostéopathique, malgré des débuts plus au moins difficiles, est en train de devenir une réalité incontournable et l’objet d’un engouement croissant de jour en jour auprès du public. Le Registre Suisse des Ostéopathes (RSO), l’Association Suisse des Ostéopathes (ASO) et l’École Suisse d’Ostéopathie (ESO), ont été les artisans de ce succès.

Cette année la première volée d’étudiants de l’ESO, après six ans d’études, vont obtenir leur titre D.O. Une belle aventure est ainsi amorcée.

À présent, il ne reste plus qu’à espérer que toutes les incompréhensions et tergiversations vécues par le passé entre allopathes et ostéopathes puissent servir de leçon aux uns comme aux autres afin d’éviter les mêmes erreurs et pouvoir, dans un futur très proche, travailler en synergie.

Des preuves sur l'efficacité de l’ostéopathie, sur sa sûreté, ainsi que sur l'intérêt pour les patients ayant été apportées, le consensus peut enfin s'établir.


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