|
Cette filière est une filière purement médicale. Laissons
parler les médecins :
" C’est le Docteur Robert Lavezarri (1886-1977)
qui fut le premier propagateur à assumer une filiation ostéopathique.
Instruit par une ostéopathe américaine, le Dr Florence Gair, élève de Still,
il quitta Nice pour s’installer à Paris en 1936. […]
En 1949, Lavezarri publia un ouvrage qui témoigne de son adhésion à
l’Ostéopathie, Une nouvelle méthode clinique et thérapeutique : l
‘ostéopathie ".
C’est à cette époque que de jeunes médecins
vont se rendre aux États-Unis pour y étudier l’Ostéopathie. D’autres iront
an Angleterre, au London College of Osteopathy. Ce fut le cas en particulier
du Dr Robert Maigne.
" C’est en 1950 que Lavezarri fonda avec
William Douglas, Piedallu, Thierry Mieg, Lescure et quelques autres la "
Société française d’Ostéopathie " qui existe toujours. Elle regroupe des
médecins, restés fidèles à la doctrine ostéopathique mais la plupart sont
proches d’une pratique vertébrothérapique ou orthopédique.
|
|
" Un kinésithérapeute français, Paul Geny,
créa avec l’aide d’un ostéopathe anglais, Thomas G. Dummer, l’École
française d’Ostéopathie pour délivrer une formation à l’issue de laquelle le
diplômé s’engageait à pratiquer ses techniques uniquement sous contrôle
médical. Cinq de ses élèves sont à l’origine de tout le
développement ultérieur d’une ostéopathie non médicale en France.
L’un d'eux, après avoir crée un enseignement sous forme de séminaires en
Suisse, renomma sa pratique Étiopathie.
Après 1965, Geny orienta les Français désireux d’apprendre
l’Ostéopathie vers le BCNO, puis à la clinique ostéopathique de Maidstone,
devenue ensuite l’European School of Osteopathy.
Actuellement, la plupart des ostéopathes qui
ont suivi cette filière sont regroupés au sein de l’AFDO, Association
Française des Ostéopathes".
Extraits de :
François Le Corre et Serge Toffaloni, l’Ostéopathie, collection que sais-je
? PUF 1996, p. 117-8 |
Laissons la parole à Lionelle Issartel :
" Sur son lit de mort, le 23 septembre 1954, William
G. Sutherland fit promettre à Harold Magoun de répandre le concept
d’Ostéopathie crânienne en Europe. Fidèle à sa promesse, Magoun rencontre le
Dr Denis Brooks, un ostéopathe anglais qui avait fait ses études aux U. S.
A. et tentait d’intéresser les Anglais à l’ostéopathie crânienne. Denis
Brooks dit : " j’ai des amis français… "
" Ses amis français avaient l’appétit de connaître et de
soigner. Ils se cotisaient pour faire venir Brooks de Londres à Paris le
week-end et apprendre ainsi l’ostéopathie vertébrale. En 1964, soit dix ans
après la mort de Sutherland, Harold Magoun, Viola Frymann et Thomas Schooley
se rendent donc à Paris, au cabinet de René Quéguiner, pour enseigner les
arcanes du Mécanisme Respiratoire Primaire. Ils sont neuf présents, quatre
médecins et trois kinésithérapeutes français passés à l’ostéopathie, René
Quéguiner, Francis Peyralade et Bernard Barillon.
" La question est posée : " sont-ils tous docteurs ? " -
le titre de docteur n’implique pas aux U.S.A. les études longues et
normalisées du titre français. Les jeunes ostéopathes français n’envisagent
pas de fonder une mission de soignants sur un mensonge : " non, ils ne sont
pas docteurs ", mais très compétents cependant, et ils se font fort de
répondre à n’importe quelle question concernant les structures. Magoun leur
propose alors un os, un os du crâne, à identifier à la palpation, les yeux
bandés – un petit test qui pourrait réserver bien des surprises dans des
services ou des cabinets surtitrés.
" A Quéguiner échoit le sphénoïde, à Peyralade le
temporal, à Barillon le pariétal. Une fois de plus les ostéopathes sont
éprouvés "à l’aveugle ", avec succès.
" René Quéguiner : " Ce fut une ouverture sensationnelle.
Nous y avons trouvé l’idée synthétique de l’individu. Jusqu’alors,
l’Ostéopathie était surtout axée sur l’unité vertébrale-viscères. Les
Américains nous ont ouvert des perspectives insoupçonnées. Ils sont venus
quatre ans, jusqu’à ce que Magoun dise : " vous pouvez enseigner et je vous
autorise à diffuser mon livre à vos étudiants ". Il ne voulait pas que son
livre Osteopathy in the Cranial Field soit diffusé en dehors d’un véritable
enseignement pratique, approfondi et contrôlé.
" Moi, je ne me sentais pas encore prêt à enseigner, mais
mes stagiaires kinésithérapeutes à l’hôpital Saint-Michel m’ont poussé : ils
voulaient apprendre eux aussi. Nous avons donc, avec Francis Peyralade,
fondé une association non lucrative, afin d’y donner un enseignement
pratique et théorique, directement nourri aux sources. Parmi ces stagiaires,
il y avait Jean Berger qui a convaincu Lionelle Issartel d’apprendre
l’ostéopathie ; et à présent, ils enseignent tous deux avec nous ".
(Extraits de :
L’Ostéopathie, exactement
de Lionelle et Marielle Issartel, Robert Laffont, Paris 1983, p.
95-96.)
Par la suite Denis Brookes
rencontra Bob Bénichou qui avait fondé la M.T.A., la Manuel Therapy
Association. Élève de Bénichou, Marc Bozzetto devait très vite participer à
l’enseignement de l’ostéopathie au sein de la M.T.A. et prendre une place
prépondérante : il enseigna à beaucoup (dont je suis) l’ostéopathie et
l’ostéopathie crânienne au cours de séminaires à Courcouronnes auxquels
participa Denis Brooks.
En 1977, Denis Brooks et Manu Shah firent
passer le premier examen (du moins à ma connaissance) d’Ostéopathie
crânienne reconnu par le Cr.O.A., the Cranial Osteopathic Association.
|
|
Avec la création à la faculté de Bobiny d’un
département de Médecines Alternatives en 1981-2, se créa un Diplôme
Universitaire (DU) d’Ostéopathie. Avec certains médecins ostéopathes, ce
sont des ostéopathes non-médecins qui enseignèrent l’Ostéopathie Nombre
d’entre eux eurent à le regretter par la suite : plainte pour exercice
illégal de la médecine et condamnation par les tribunaux.
Rappelons que c’est en rentrant sur Paris, la veille de sa parution devant
le Tribunal Correctionnel pour exercice illégal de la médecine que Lionelle
Issartel trouva la mort dans un accident de voiture.
En France, l’Ostéopathie reste et restera longtemps
encore divisée :
- D’une part, les médecins ostéopathes ou
ostéothérapeutes qui revendiquent l’exclusivité de l’exercice
ostéopathique en s’appuyant sur la loi française et
- D’autre part les ostéopathes non-médecins, la plupart
venant de la kinésithérapie (que certains ont renié comme un défaut de
jeunesse ou comme une tare) et qui sont eux-mêmes divisés en :
- ostéopathes (tout court) : pour la
plus part diplômés d’ostéopathie par un des
nombreux collèges ou par la Maison de la Thérapie Manuelle (école qui a
pris la
suite de la M.T.A. (Manuel Ostéopathy Association) et qui continue
toujours, dans
l’esprit de Bob Bénichou, à former des kinésithérapeutes à
l’Ostéopathie), et qui
revendiquent simplement le droit d’exercer un métier qu’ils aiment, qui
les
passionnent et pour lequel ils ont beaucoup sacrifié ;
- ostéopathes DO m ROF c'est à dire
Diplômé d’Ostéopathie, membre du Registre
des Ostéopathes de France, qui s’affichent comme tels : une nouvelle
profession :
Ostéopathe DO, ayant pignon sur rue et payant la TVA.
Toutes ces filières et ces différences ne
permettent guère au public de s’y reconnaître. De plus, les pratiques sont
souvent si différentes d’un ostéopathe à l’autre : entre la
vertébrothérapie, les manipulations vertébrales, l’ostéopathie et
l’ostéopathie crânienne, il y a un monde, un fossé qui semble
infranchissable.
L’ostéopathie, médecine complète, médecine de
l’homme total, médecine holistique est d’une telle richesse qu’il faut
laisser un peu de temps à ce foisonnement ostéopathique pour qu’elle arrive
à prouver et la justesse de ses concepts et la qualité de sa thérapeutique.
|