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L’ostéopathie a été fondée à la fin du XIXème
siècle par A. T. Still. W. G. Sutherland a été l’un de ses élèves à l’American
School of Osteopathy en 1899 ; il fut à l’origine de l’ostéopathie crânienne
et développa ses idées pendant les 40 années suivantes. Il les publia dans
The Cranial Bowl en 1939[1].
Les principes de l’enseignement de cette pratique qui ont peu changé depuis
l’époque de Sutherland, sont :
-
L’existence d’une mobilité inhérente
du cerveau et de la moelle spinale
-
La fluctuation du liquide
céphalo-spinal
-
La mobilité des membranes
intracrânienne et spinale
-
La motilité des os du crâne
-
Le mouvement involontaire du sacrum
entre les iliaques, synchrone avec le mouvement crânien par
l’intermédiaire de la dure-mère rachidienne.
Sutherland a établi que ce mouvement était
rythmique et transmis par fluide ou par les fascias à travers le corps de
sorte qu’il peut être palpé simultanément dans tout le corps. Sutherland a
appelé cette pratique « Osteopathy in the Cranial Field »[ii],
l’ostéopathie dans le champ crânien (OCC) ; ces initiales seront donc
utilisées dans cet article pour désigner à la fois l’ostéopathie crânienne
et la thérapie crânio-sacrée.
Depuis ses débuts,
l’OCC a été un sujet de controverse. Le manque de preuves physiologiques (le
manque de preuves appuyant le modèle de Sutherland de la physiologie
sous-jacente) du modèle de Sutherland a conduit à une quantité d’hypothèses
notamment le « pressurestat » d’Upledger[3]
qui suggère que le liquide céphalo-spinal est produit de manière
intermittente, induisant ainsi la motilité du cerveau et du crâne.
En dépit de la
critique de ces modèles[4],
la pratique clinique de l’OCC semble se développer. Upledger et ses
disciples ont enseigné à des milliers de non-ostéopathes sa version du
concept qu’il nomme « thérapie crânio-sacrée ». En
1999, ce fut le sujet de la revue le plus détaillé de la littérature s’y
rapportant alors : le Workers’Compensation Board of British Columbia
commissionne l’étude du British Columbia Office of Health Technology
Assessment (BCOHTA) de façon à évaluer s’il fallait ou non payer pour ce
traitement. L’étude explore sept bases de données médicales
électroniques, des bases de données alternatives et médicales, ainsi que les
publications, et demande des informations aux associations professionnelles.
Plusieurs centaines de livres, d’articles et de publications sont évaluées
dans 3 catégories principales :
-
Mécanismes physiopathologiques de la
dysfonction crânio-sacrée
-
Evaluation crânio-sacrée
-
Traitement/interventions en thérapie
crânio-sacrée
L’étude n’a « révélé aucune preuve scientifique
valable d’un bénéfice de la thérapie crânio-sacrée pour les patients »[5].
« Les effets de la
thérapie crânio-sacrée sur l’état de santé n’ont pas été démontrés par le
biais de protocoles de recherche correctement établis. Les études d’accord
interobservateur ont montré que l’estimation n’est pas fiable. Il n’y
a aucune preuve que la thérapie crânio-sacrée ait une raison d’être
physiopathologiquement valable »[5].
Ceci est une position
scientifique rationnelle correspondant à la publication de résultats des
études. Cependant, il existe des milliers de praticiens de l'ostéopathie
dans le champ crânien à travers le monde et de nombreux patients en tirent
apparemment bénéfice ; la question se pose donc : « existe-t-il une base
physiologique crédible à cette pratique ? »
De nombreux changements physiologiques se produisent de façon
rythmique et cyclique dans le corps humain suivant des cycles allant de
quelques millisecondes – comme certains réflexes nerveux – à des cycles de
quelques heures, jours, semaines ou mois, comme dans certains cycles
hormonaux. Dans cette étude, nous observerons ce que les praticiens en
thérapie crânio-sacrée qualifient d’Impulsions Rythmiques Crâniennes (IRC)
qu’on décrit généralement comme ayant une fréquence de 6-15 cycles par
minute (cpm)[6].
Ceci est plus lent que le rythme cardiaque, et Sutherland1
affirmait que ce n’était pas lié à la respiration, du fait que les deux
phénomènes ne sont pas synchrones.
La palpation du rythme
des IRC est très difficile, différents ostéopathes n’obtenant pas les mêmes
résultats, et les études montrant une fiabilité interexaminateur très
faible. De même certains auteurs ont trouvé des rythmes sous-jacents aux
rythmes usuels plus lents que ceux-ci. Norton et col.[7]
a rapporté un rythme de 3.7 cpm en moyenne sur 12 examinateurs et 24 sujets
et Becker[8]
a rapporté, lui, ‘rythme profond’ (deeper rhythm) de 0.6 cpm. Peu de mesures
objectives de l’IRC existent et ne sont pas fiables. Ceci vient de ce que
les chercheurs, s’attendant à un mouvement physique dans le crâne, ont eu
des difficultés à détecter de très petits déplacements (probablement
inférieurs à 0.3 mm) chez des sujets vivants.
Comme on n’est pas
d’accord sur le rythme de l’IRC et que les praticiens peuvent peut-être
palper plus qu’un seul rythme, il n’est pas surprenant que les études de
fiabilité interexaminateur aient indiqué un manque d’objectivité dans les
mesures. Wirth-Pattullo et Hayes[9]
ont montré qu’avec 3 examinateurs et 12 sujets, il n’y avait pas de relation
entre l’IRC et les rythmes cardiaque ou respiratoire, mais qu’il existait
une grande variation entre les fréquences rapportées par les 3
examinateurs ; d’où il conclut que leur palpation n’est pas fiable. Roger et
col.[10]
ont mesuré 2 examinateurs palpant simultanément la tête et les pieds de 28
sujets et n’ont pas trouvé de corrélation interexaminateur, de ce fait, « ils
n’ont pas admis le fait que le mouvement crânio-sacré puisse être détecté de
façon fiable ». Moran et Gibbons[11]
ont aussi montré – avec 2 examinateurs et 11 sujets – qu’il y avait peu de
fiabilité intra ou interexaminateur lors de la palpation à la tête et au
sacrum.
Dans la revue et la
recherche qui suit, cette étude se concentrera sur l’analyse d’un mouvement
physique rythmique possible au niveau des tissus du crâne, dans une étendue
de 0.5 à 1.5 cpm, qui sont les valeurs limite de l’IRC obtenues par
palpation. En recherche scientifique, la fréquence est habituellement
mesurée en Hertz (Hz) ; ainsi, 15 cpm devient à.25Hz et 0.6 cpm représente
0.01Hz.
Le débit du sang dans le cerveau est
d’environ 750 ml/min, soit 14% du débit du cœur[12].
La source la plus manifeste de mouvement rythmique dans le crâne est la
palpation cardiaque, bien que, à 72 cpm environ, elle se trouve en dehors
de la plage des fréquences relatives à la thérapie crânio-sacrée.
Cependant, la tension artérielle fluctue de façon rythmique dans la plage
attribuée au rythme crânien. De nombreux chercheurs ont montré – par des
mesures – deux pics à 0.25Hz (HF ou pic haute fréquence) et à 0.1Hz
(BF ou pic à basse fréquence). Ces fréquences correspondent respectivement
à 15 cpm et 6 cpm. Le pic HF (connu comme l’onde de Traube-Hering12)
est généralement lié à la respiration et à l’activité parasympathique
vagale. Le pic BF (connu comme onde de Mayer) est lié au signal des
barorécepteurs dans le sinus carotidien et l’arc aortique, et au contrôle
du système nerveux sympathique (SNS) des artérioles à travers le corps. On
trouve également des pics de fréquences plus basses, autour de 0.015HZ
(environ 1 cpm), ayant peu fait l’objet de recherches, pouvant moduler les
fluctuations[13]
respiratoires et hémodynamiques et peut-être liées à la thermorégulation[14].
Certains chercheurs
qualifient toutes ces fluctuations de la pression sanguine d’ondes de « Traube-Hering-Mayer »
(THM). Récemment, on a démontré qu’elles étaient synchrones avec la
palpation de l’IRC[15].
Etant donné la pauvreté des rapports de palpation des rythmes crâniens,
ces découvertes doivent être traitées avec précaution, bien qu’elles
ouvrent des perspectives intéressantes d’une base physiologique et de
mesure de l’IRC, que nous discuterons plus tard. La même équipe a
également trouvé un accroissement de l’amplitude de l’onde ‘Traube-Hering’
– (peut-être incorrectement identifié et étant probablement l’onde Mayer
de 0.1Hz ou 6 cpm) – à la suite de manipulation crânienne au cours d’un
test réduit utilisant 2 sujets[16].
Correspondant aux
variations rythmées de la pression sanguine, on trouve des rythmes,
similaires et liés, dans la variabilité des pulsations cardiaques[17].
Cette variabilité de fréquence cardiaque (HRV), ou période cardiaque, peut
être mesurée à partir de séquences d’intervalles (R-R) dans un
électrocardiogramme (EEG) et révèle les mêmes pics à environ 0.25 et
0.1Hz. On a récemment montré que la variation (R-R) de la période
cardiaque de 0.1Hz est presque entièrement due à un mécanisme
baroréflexe[18].
Le diamètre des
artères et artérioles varie également de façon rythmique à différentes
fréquences ; on a observé que le calibre de l’artère basilaire change à un
rythme de 0.2 cpm[19]
et que les artères plus petites présentent une fluctuation vasomotrice à
0.74 cpm, indépendamment de la pression sanguine et de la respiration[20].
Des variations rythmiques significatives du diamètre de l’artère radiale
ont été observées à une fréquence d’environ 1 cpm[21].
Des chercheurs, utilisant l’imagerie de l’activité nerveuse par lumière
réfléchie, ont trouvé un signal subtil à 0.1Hz (6 cpm) présent dans le
parenchyme cérébral et le système microvasculaire, également dans la
circulation sous les ongles des doigts, des mesures associées du système
vasculaire cérébral par laser Doppler révélant un signal à 0.1Hz presque
identique et synchrone[22].
Il semble que les
artérioles plus importantes présentent des taux vasomoteurs plus faibles
que les vaisseaux plus petits. Chez les hamsters, on a trouvé que les
artérioles les plus grandes (environ 30µ de diamètre) alimentant le
squelette avaient une fréquence de fluctuation de 0.3 à 3 cpm, alors que
les artérioles les plus petites (environ 7.5µ de diamètre) avaient une
fréquence de 4 à 15 cpm. Ces ondes étaient superposées les unes aux
autres, les basses fréquences étaient répercutées en aval et les hautes
fréquences en amont, avec pour résultat une superposition de courbes
extrêmement compliquées[23].
L’hypoxie (11% O2) augmente la fréquence vasomotrice, surtout
dans les petits vaisseaux[24].
La fréquence dominante habituelle est d’environ 0.1Hz (6 cpm) générée par
les artérioles moyennes (Strahler ordre 3) qui se divisent en aval en
vaisseaux plus petits, et peut atteindre 0.3 à 0.5Hz (18 à 30 cpm) en cas
d’hypoxie systémique, une réaction qui est supprimée en bloquant la
décharge du système nerveux sympathique avec de la phentolamine[25].
Une composante
artérielle du mouvement rythmique du crâne a été de plus soutenue par
Moskalenko et col.[26]
dans leurs mesures des modifications rythmiques de la forme et du volume
du crâne effectuées à l’aide des balayes series NMR. En plus de la
confirmation d’un rythme de 6-14 cpm et de la dilatabilité de la boîte
crânienne, la recherche comprenait aussi l’injection de 20 ml de liquide
dans la carotide résultant en une dilatation immédiate du crâne,
confirmant l’influence du volume artériel sur le volume intracrânien.
Farasyn[27]
a émis l’hypothèse que l’IRC est une conséquence de la mobilité des
veines. Ceci n’est probablement pas dû à la faible pression dans la
plupart des veines, particulièrement intracrâniennes où la pression
veineuse peut être négative chez le sujet debout. Des chercheurs ont
montré que le sang veineux peut s’écouler par les veines émissaires entre
le scalp et les vaisseaux veineux internes au crâne. Après ablation de la
calotte crânienne chez un cadavre, on peut faire apparaître le sang
veineux à la surface interne par les nombreuses veines émissaires en
massant le scalp[28].
Cabanac et Brinnel[29]
ont aussi démontré qu’à une température corporelle normale ou basse, il
n’y a pas de débit dans ces veines ; si un débit est cependant observé, il
s’établit du cerveau vers la peau. En condition d’hyperthermie (générée
par l’exercice) on enregistre un débit important de la peau vers le
cerveau par les veines émissaires mastoïdes et pariétales aidant ainsi au
refroidissement global du cerveau. La pression dans les veines était très
basse et pouvait être annihilée par une faible pression (4 grammes), ce
qui ne pourrait se produire dans une artère. Ce changement de direction du
flot lié à la température a aussi été observé dans la veine ophtalmique[30]
où le sang rafraîchi par la transpiration du visage est dirigé vers le
sinus frontal qui agit comme un échangeur thermique pour refroidir le sang
artériel chaud ; en condition hypothermique, le flot s’écoule du cerveau
vers le visage. On a supposé que la dure-mère – richement vascularisée –
puisse conduire le flux thermique veineux refroidissant de la surface de
la peau au LCS et au cerveau[31].
Ces changements produits dans le courant veineux participent aux éléments
concernant la dynamique des fluides du crâne humain, bien qu’ils fassent
partie de la thermorégulation et probablement pas des changements
rythmiques palpables.
De même que les artères, les plus gros canaux lymphatiques
présentent des dilatations et contractions pulsatiles. On a enregistré des
valeurs de 5.2 cpm (0.09Hz) au niveau du canal thoracique chez les moutons[32]
et 6.8 cpm chez les humains[33].
On en a récemment conclu que la « contractibilité lymphatique joue un rôle
crucial dans la régulation et la génération du courant lymphatique »[34].
Les connexions serrées entre les cellules des capillaires du cerveau
forment la « barrière sanguine cérébrale », de sorte que le cerveau
produit très peu de lymphe. Une petite quantité en est produite dans
certaines paires crâniennes, mais en dehors de cette barrière, comme les
organes circum-ventriculaires.[35]
Cette lymphe s’écoule à travers les ouvertures artérielles et veineuses du
crâne, en particulier autour du nerf olfactif qui traverse l’ethmoïde, en
direction des ganglions lymphatiques du cerveau. 70% de la lymphe est
réabsorbé dans le système veineux et les ganglions lymphatiques.[36]
Comme il n’existe aucun vaisseau lymphatique important dans le crâne, il
est probable que le système lymphatique produise le LCS.
L’espace sous-arachnoïdien et les ventricules du crâne et
de la colonne vertébrale sont remplis par 150 ml environ de liquide
céphalo-spinal (LCS). On admet généralement qu’il s’en produit environ 550
ml par jour, ce qui constitue un renouvellement de 3.7 fois par jour12 ;
par ailleurs, des recherches ont identifié une production de 900-1000 ml
par jour[37],
sans différence liée à l’âge de l’adulte. 50 à 70% du LCS est produit dans
les plexus choroïdes et le reste autour des vaisseaux sanguins et des
parois du ventricule.
Le LCS circule dans
le réseau ventriculaire et le canal spinal grâce aux pulsations cardiaques
et les fluctuations rythmiques plus lentes du système artériel, comme
décrit ci-dessous. Suivant la « doctrine Monro-Kellie » le crâne est
considéré comme une enceinte fermée contenant les 1400 gr du cerveau,
environ 75 ml de sang et 75 de LCS, le tout étant pratiquement
incompressible. Ainsi, une augmentation dans les artères ou les veines
induit une augmentation de la pression intracrânienne, ce qui provoque une
chute réflexe immédiate de la pression artérielle.
Le flux sanguin
artériel dans le crâne est maintenu à une valeur stable malgré des
augmentations importantes de la tension artérielle. La production
intermittente en quantité ou pression suffisantes ne peut pas provoquer la
dilatation des ventricules ou du cerveau comme suggéré par Upledger dans
son modèle ‘Pressurestat’3.
L’opinion prévalente
est que le LCS est absorbé par les veines à travers les parois
arachnoïdiennes en particulier les sinus veineux.12 Des
expériences ont montré que, chez les chiens, le LCS peut s’écouler dans
les ganglions lymphatiques cervicaux par le nerf olfactif et autour de la
plaque cribriforme vers les muqueuses nasales.[38]
Ceci a été confirmé par une étude sur les rats qui a montré un écoulement
direct du LCS à travers la plaque cribriforme, au système lymphatique
nasal.[39]
Finalement, des études récentes ont mis en cause l’hypothèse
conventionnelle de l’absorption du LCS ; on a ainsi montré que non
seulement le LCS s’écoulait à travers la plaque cribriforme, mais que
c’était là le chemin principal aux pressions intracrâniennes faibles, dans
la mesure où les parois arachnoïdiennes et autres passages dans le système
lymphatique n’étaient sollicités qu’à pression intracrânienne élevée ;
cette étude a démontré l’importance du drainage à travers la plaque
cribriforme, au moins chez le mouton, en bloquant cette plaque et en
identifiant un blocage du LCS.[40]
Un commentaire récent sur la relation entre le LCS et la lymphe
extra-crânienne a confirmé que, chez le mouton et le rat, 50% ou plus du
LCS s’écoulait par le système lymphatique plutôt que par les parois
arachnoïdiennes.[41]
On pense aussi que 25% environ du LCS est écoulé par l’espace
sous-arachnoïdien rachidien.[42]
Des expériences plus poussées ont confirmé que l’observation du drainage
du LCS par la plaque cribriforme vers la muqueuse nasale provoque une
réduction du flot du LCS et une augmentation de la pression
intracrânienne.[43]
[44]
Le drainage lymphatique du crâne est donc important, même si la production
de lymphe dans le cerveau est minime. Bien que ceci constitue un élément
important des hypothèses supportant la physiologie de l’ostéopathie dans
le champ crânien, la production et le drainage du LCS ne génèrent
probablement pas un mouvement rythmique.
De nombreuses études ont porté sur les effets des
pulsations cardiaques sur les mouvements du cerveau et du LCS.[45]
[46]
La systole cardiaque dilate les artères intracrâniennes, ce qui provoque
ainsi une expulsion de LCS dans l’espace sous-arachnoïdien rachidien. En
même temps, le cordon cérébral se déplace de 0.1 à 0.5 mm vers le foramen
magnum et les lobes cérébraux se déplacent céphaliquement.[47]
Les ventricules sont comprimés, déplaçant ainsi le LCS qu’ils contiennent
hors de l’aqueduc reflétant la dilatation du cerveau pendant la systole.[48]
La systole cardiaque provoque également une augmentation importante de
l’écoulement dans le sinus sagittal supérieur, ce qui favorise le drainage
veineux. On peut voir aussi que le cordon cérébral se déplace en fonction
du mouvement respiratoire et la manœuvre de Valsaver produit un
déplacement caudal initial et céphalique subséquent de 2-3 mm.[49]
La moelle spinale se déplace également de façon caudale juste après la
systole,[50]
mouvement qui est transmis vers le renflement lombaire.[51]
Le débit du LCS dans le canal rachidien est favorisé par les pulsations
vasculaires rachidiennes.[52]
Il n’est pas évident que le tissu cérébral ait une capacité contractile
inhérente pouvant déplacer le LCS, comme Sutherland l’a supposé au début.1
La force de la pulsation artérielle est suffisante pour faire circuler le
LCS à la fois dans et autour du cerveau et le long du canal spinal. Il est
probable que la dilatation/contraction rythmique des artérioles dans le
cerveau liée aux changements vasomoteurs et de pression sanguine – cf.
ci-dessus – sont à l’origine du signal subtil de 0.1Hz identifié par
imagerie à lumière réfléchie dans le parenchyme du cerveau.22
Ces pulsions artérielles plus lentes peuvent aussi avoir un rôle dans la
circulation du LCS, bien que cet effet est probablement plus faible que
celui de la pulsation cardiaque.
Il est de plus en plus évident que des
mouvements faibles peuvent se situer au niveau des sutures du crâne au
cours de la vie. Cette mobilité, combinée à la flexibilité des os de la
voûte crânienne, permet une certaine adaptation aux changements du volume
intracrânien. Les travaux de Retzlaff ont montré que les sutures
crâniennes constituaient des articulations complexes et pérennes.[53]
La revue systématique des acquis scientifiques sur la thérapie
crânio-sacrée par le BCOHTA décrite ci-dessus établit que :
« Les résultats de recherches passées
en revue supportant la théorie voulant que le crâne adulte ne constitue
pas un solide toujours fixe, et que des mouvements minimes entre les os du
crâne sont possibles. Cependant, aucune recherche n’a démontré que des
déplacements au niveau des sutures crâniennes puissent être obtenus par
manipulation manuelle ».5
Les articulations de la voûte crânienne ne doivent pas
s’ossifier chez les enfants pour permettre la croissance,[54]
dans la mesure où les plaques osseuses intramembraneuses grandissent sur
les bords en réponse aux stimuli externes – dans ce cas la croissance du
neurocrâne. Leur persistance chez les adultes peut être due à la capacité
d’absorber les chocs et traumatismes, aussi bien qu’à l’adaptation aux
changements de volume et de pression internes. Il est intéressant de noter
que les détails de l’empreinte des sutures sont particuliers à chaque
individu, au point qu’on peut les utiliser à fin d’identification légale.[55]
Ce n’est que tout récemment que la technologie moderne a permis des
mesures fiables des petites modifications dans la position des os du
crâne. On a pu réaliser cela par plusieurs méthodes :
-
Rayons X Série et tomographies NMR
pour montrer des changements de dimensions intracrâniennes d’environ
0.38 mm se produisant alternativement entre expansions sagittale et
frontale (AP).26
-
Mouvements de la suture sagittale
chez les chats, directement liés aux changements de volume intracrânien.[56]
-
Changements de positions, par rayons
X, de plusieurs repères osseux, comme montrés par comparaison chez 12
patients adultes des images radios de ces repères fixes prises avant et
immédiatement après un traitement ostéopathique crânien.[57]
L’étude pilote a montré que des modifications osseuses peuvent être
obtenues par manipulation manuelle.
-
Images vidéo en 3D pour mesurer les
changements rythmiques de la forme de l’orbite humaine caractérisés par
plusieurs ondes de fréquence.[58]
Chez le fœtus et le nouveau-né, les éléments
osseux du cerveau sont incomplètement développés et chez l’adulte existe
une possibilité de mouvement des sutures et d’adaptation des os, ce qui
pose des questions au sujet de l’intégrité structurale du crâne. Ces deux
éléments peuvent être considérés en incluant l’architecture interne du
crâne à la forme de la membrane durale. Ils stabilisent la sphère
crânienne dans les trois dimensions, l’empêchant ainsi de se dilater dans
n’importe quelle direction. La faux du cerveau et la faux du
cervelet divisent le cerveau dans la direction sagittale alors que la
tente du cervelet constitue un élément latéral.1 Ils se
trouvent dans un état de tension réciproque de telle sorte que le crâne
tend à se dilater alternativement latéralement ou dans le sens
antéro-postérieur ou sagittal, ce qui semble être confirmé par
l’expérience. Les composants osseux sont effectivement formés à
l’intérieur des couches durales, de sorte que cette membrane a une
influence significative sur la flexibilité et la mobilité du crâne.
En OCF, on insiste
traditionnellement sur le lien dural entre l’occipital et le sacrum3
bien que les praticiens ne soient pas tous d’accord à ce sujet.4
Il est peu probable que ce lien soit suffisamment direct pour transmettre
un mouvement de 0,3 mm, du fait du jeu considérable qui permet les
mouvements spinaux ; le canal rachidien étant de 5 à 9 cm plus long lors
de la flexion que lors de l’extension de la colonne.[59]
La membrane de la moelle épinière est élastique[60]
et la corde cervicale elle-même s’allonge de 10% lors de la flexion du
cou.[61]
Des études palpatoires ont montré qu’il n’y avait aucun lien entre les
rythmes palpés à la tête et au sacrum.11
Tandis que les
os du crâne et leur architecture interne membraneuse (durale) ont
effectivement la possibilité de bouger de façon minime, ils ne
génèrent eux-mêmes aucun mouvement rythmique.
Le tissu corporel qu’on associe
habituellement au mouvement, rythmique ou autre, est le muscle dans ses
formes les plus variées. Même le mouvement artériel systolique est en fait
généré par le muscle cardiaque, la musculature souple des parois des
artérioles contrôlant la vasomotricité. La plus grande partie du corps est
constituée de muscles squelettiques, et un grand nombre sont attachés au
crâne tels les muscles du cou, de la gorge, des joues, du visage et du
scalp. Un des muscles sous-occipitaux appelé le « petit droit postérieur
de la tête » (PDPT) présente un intérêt particulier ; on a découvert en
1995 qu’il était relié, par l’intermédiaire d’un pont de tissu conjonctif,
à la dure-mère spinale, à l’articulation occipito-atloïdienne.[62]
Le PDPT n’exerce probablement que peu d’effort sur l’ensemble de la
dure-mère ; son but probable est d’empêcher que la dure-mère ne se plie
durant l’extension de la tête et du cou. Des recherches récentes
[63]
ont également identifié une continuité au milieu entre le ligament nucal
et la dure-mère spinale dans l’intervalle entre l’articulation
occipito-atlantoïdienne et l’articulation atloïdo-axoïdienne. Il est
possible qu’un fonctionnement puissant du PDPT aide la circulation du LCS
au sommet du canal rachidien puisque le LCS est injecté dans celui-ci au
cours de la systole cardiaque et en ressort pendant la diastole. Ceci peut
constituer un argument en faveur du concept, par ailleurs improbable, en
OCR, de la possibilité de comprimer le 4ème ventricule (CV4),3
la plupart des effets de cette technique étant plus probablement dus à la
détente des muscles sous-occipitaux plutôt qu’à un effet direct sur les
ventricules. Les muscles sous-occipitaux ont une densité importante de
fibres musculaires et fournissent un signal proprioceptif puissant aux
centres de l’équilibre ; par exemple, un dysfonctionnement somatique dans
la partie supérieure du cou a été attribué aux acouphènes,[64]
aux douleurs cervicales, aux maux de tête et aux troubles de l’équilibre.[65]
Les muscles
squelettiques ne semblent pas se contracter de façon rythmique dans la
plage des 0.6-15 cpm qui est l’objet de la présente étude ; cependant,
beaucoup de schémas des mouvements ressentis dans la zone crânienne au
cours de pratiques cliniques sont liés aux schémas de tension myofasciale.
Des sources faisant autorité[66]
affirment que, dans la mesure où il n’y a aucune activité dans le nerf
moteur d’un muscle lorsque celui-ci est inactif, le tonus du muscle au
repos est dû à une accumulation de fluide ou à des changements dans la
structure du tissu conjonctif, bien que ceci n’explique pas la mollesse
d’un muscle dont la connexion nerveuse a été interrompue. Il semble que ce
tonus ‘myogénique’ soit dû à une raideur thixotropique causée par des
croisements de protéines.[67]
Bien que les effets d’une thérapie physique, comme le massage, puissent
affecter le tonus myogénique, ceci seul ne peut expliquer complètement la
capacité d’un muscle au repos à se détendre encore par des techniques
d’autorelaxation ou des thérapies émotionnelles. L’influence des nerfs sur
le tonus des muscles au repos reste controversée ;[68]
il existe plusieurs possibilités physiologiques concernant les influences
‘neurogéniques’ sur le tonus des muscles au repos et les schémas de
tension :
-
De petits groupes d’éléments moteurs
sont stimulés suivant un schéma variable, maintenant une certaine
tension dans le muscle, permettant ainsi le repos de la plupart des
autres éléments moteurs.[69]
Les fibres lentes (rouges) posturales dans les muscles sont actives. Le
sang alimente les fibres rouges trois fois plus que les fibres blanches
dans le muscle au repos.
-
L’influence gamma sur le fuseau
musculaire maintient la longueur du muscle12 et peut être
modifiée par une thérapie permettant la relaxation et l’allongement des
muscles contractés. Les fibres nerveuses sympathiques affectent la
fonction des fuseaux musculaires, soit par action directe sur les fibres
intrafusales[70]
[71]
ou par influence ; sur la décharge afférente des fuseaux musculaires.[72]
[73]
-
On a supposé que des points de
déclenchement myofasciaux existent en tant que bandes de hautes
sensitivités dans les muscles anormalement tendus. Ceux-ci ne provoquent
aucune activité de nerfs moteurs, mais sont liés à une fonction
physiologique motrice anormale,[74]
libérant un excès d’acétylcholine et une contraction localisée, qui peut
conduire à une inflammation locale, à une stimulation nociceptive et une
douleur.[75]
Ce mécanisme peut être expliqué par un accroissement localisé de
tonicité musculaire au repos.
Les mécanismes physiologiques possibles de la
composante neurogénique du tonus musculaire au repos ne semblent pas
présenter de caractères rythmiques. Ce qui provoque des changements
rythmiques est le niveau d’activité du nerf sympathique du muscle (ANSM)
qui contrôle l’afflux sanguin dans les muscles, par son influence sur les
muscles souples des parois des artérioles.[76]
On peut mesurer une variation de 5-6 cpm dans le flux sanguin vers les
muscles, même lorsqu’ils se contractent.[77]
Lorsque les muscles se contractent, des médiateurs chimiques tels que
l’adénosine agissent comme vasodilatateurs.[78]
L’effet vasoconstricteur de l’ANSM peut agir en maintenant la pression
sanguine par limitation du flux sanguin vers les gros muscles en action.
L’ANSM est modifiée par la stimulation vestibulaire[79]
(otolithe), par l’exercice,[80]
par la variabilité des pulsations cardiaques et de la pression sanguine76
et l’ANSM est diminuée par l’œstrogène.[81]
A l’exclusion de la respiration, l’élément
principal qui change de façon rythmique dans la plage de 0.6 à 15 cpm (0.01
à 0.25 Hz) ce qui constitue l’objectif de cette étude, se situe dans les
artères, spécifiquement les muscles souples des parois des artérioles qui
contrôlent leur diamètre. On n’a jamais montré qu’aucun autre tissu ne
présentait des fluctuations rythmiques, bien que des recherches plus
poussées sont nécessaires pour en savoir plus sur la tonicité au repos des
muscles squelettiques. Tous les mouvements rythmiques des les os du crâne,
des méninges, du CSF et du SNC sont probablement corollaires des mouvements
cardiaques et artériels.
En relation avec les
changements rythmiques de tension artérielle et de variabilité du rythme
cardiaque à 6 cpm (0.1Hz), le mode principal de contrôle se fait par la
division sympathique du système nerveux autonome,[82]
lorsque l’activité sympathique est diminuée par le sel nitropusside, la
composante HF (haute fréquence, 0,25Hz) prédomine, ce qui est lié à
l’activité parasympathique (nerf vague). Les changements synchrones de basse
fréquence (BF, 0.1Hz) et de la HF dans l’intervalle R6R, la microcirculation
dans la peau et l’ANSM à travers le corps lors de différents niveaux
d’impulsions sympathiques, peuvent suggérer l’existence de mécanismes
centraux communs pilotant à la fois le contrôle cardiovasculaire sympathique
et parasympathique.
Une étude par Bernardi
et col.[83]
a trouvé que les oscillations rythmiques de flux sanguin dans la peau
étaient synchrones dans les index des deux mains de chaque sujet, et que les
oscillations basse fréquence (0.1Hz) du flux sanguin dans la peau
commandaient les changements de pression sanguine, indiquant une
transmission en amont des micro-vaisseaux. On n’a pas observé ces
fluctuations synchrones chez les patients ayant subi une sympathicotomie, là
où la connexion du nerf sympathique vers le bras avait été détruite. Au
contraire, les changements haute fréquence (0.25Hz) du flux sanguin dans la
peau se décalaient après les fluctuations de la pression sanguine, indiquant
par là une transmission ‘en aval’.
Les différences de
taux de modulation autonome du cœur peuvent refléter le fait que la division
parasympathique produit de l’acétylcholine, qui est rapidement détruite par
l’acétylcholinestérase, permettant ainsi une repolarisation à fréquence plus
élevée (environ 0.25Hz). la libération sympathique de norepinephrine se
rétablit plus lentement, résultant ainsi en une activité neurale de plus
basse fréquence (environ 0.1Hz).[84]
Taylor et col.[85]
a contesté le lien entre les fluctuations basse fréquence de la pression
artérielle et l’activité sympathique générale ; il a trouvé que les
fluctuations BF (onde Mayer) étaient identiques chez les mâles jeunes, les
femelles jeunes et les autres mâles en dépit des grandes différences dans
les autres mesures d’activité sympathique – caractérisée par l’ANSM – entre
ces groupes.
La respiration influe
sur les oscillations haute fréquence de la pression sanguine autour de 15
cpm (0.25HZ), et qui sont complètement effacées durant une apnée volontaire
de 1 minute[86]
alors qu’en même temps, les oscillations basse fréquence (0.1HZ et environ
0.03Hz) sont favorisées.
Il existe une
corrélation claire entre les oscillations de la vitesse du flux sanguin
cérébral mesurées par sonographie transcrânienne Doppler, et les
oscillations de la tension artérielle.[87]
Le flux sanguin cérébral est influencé par la stimulation sympathique, étant
diminué par la stimulation des nerfs sympathiques cervicaux,[88]
qui également augmentent la fréquence et diminuent l’amplitude des ondes de
vasomotion. En général, le flux sanguin cérébral fluctue à 6 cpm (0.1Hz)
consécutivement au contrôle nerveux sympathique qui est lié à une activité
électrique au niveau du contrôle autonome de la moelle, du cervelet et du
cortex.[89]
Le flux sanguin cérébral localisé change rapidement en réponse à une
activité neuronale locale, déclenchant une vasodilatation locale par des
poussées d’activité électrocorticale.[90]
On a observé des oscillations de 0.1Hz par électroencéphalogramme (EEG)
pendant le sommeil.[91]
Le système nerveux
sympathique (SNS) constitue l’influence essentielle sur la tonicité
artérielle. Il est devenu un élément central dans la médecine
cardiovasculaire,[92]
en particulier en ce qui concerne la pathogénie de l’hypertension. Le SNS
affecte le fonctionnement du cœur et des reins, en plus du réseau vasculaire
du muscle squelettique, et contribue à l’hypertrophie ventriculaire et aux
arythmies ; une vasoconstriction sympathiquement modérée des réseaux
vasculaires dans le muscle squelettique réduit la surconsommation du glucose
par le muscle et, de ce fait, constitue une base de résistance à l’insuline
et de l’hyperinsulimie qui en découle. La relation
entre l’augmentation de tonicité sympathique et la réduction de tonicité
parasympathique dans l’hypertension est réciproque, ce qui suggère fortement
que cette anomalie provient du cerveau.[93]
L’activité du SNS tend à augmenter avec l’âge, bien que certaines parties du
corps peuvent être épargnées.[94]
Il apparaît assez évident que des émotions positives ou négatives peuvent
influencer le SNS.[95]
En résumé, les
recherches ont montré que l’oscillation principale de la tension artérielle
et de la variabilité de la pulsation cardiaque (R-R) présente un pic se
situant autour de 0.1Hz (6 cpm, onde Mayer) et est générée par vasomotion
des artérioles de taille moyenne présentes dans tout le corps. Les
artérioles se contractent sous l’influence du SNS, opposant une résistance
au flux sanguin et augmentant la tension sanguine ‘en amont’. L’augmentation
de la pression déclenche un mécanisme baroréflexe qui modifie la variabilité
des pulsations cardiaques.18 Le contrôle du SNS est coordonné
centralement, étant synchrone dans les membres, et est probablement situé au
niveau réflexe rachidien, étant bilatéralement synchrone dans les cas de
tétraplégie.[96]
Une coordination centrale de l’activité parasympathique (vagale) et de
l’activité du SNS est en relation avec le cœur. La respiration influe à la
fois sur la variabilité du rythme cardiaque et de la pression sanguine
pour une valeur d’environ 0.25Hz (15 cpm) résultant des influences physiques
sur le cœur et la circulation – en particulier le flux veineux – causées par
les changements de pression dans le thorax.
La preuve des changements rythmiques de la
vasomotion artérielle6 – qui génère des fluctuations de la
pression sanguine et la variabilité du rythme cardiaque dans le crâne – est
maintenant solide, et la preuve de l’adaptabilité crânienne impliquant les
mouvements des os gagne du terrain. Il semble raisonnable de voir que ces
changements dans le système artériel ainsi que la mobilité osseuse font
partie de la base physiologique de l’OCC. Les modifications de tension
artérielle, dues à la fois à la systole cardiaque et aux variations plus
lentes consécutives à l’activité vasomotrice, animent le cerveau et
provoquent le flux de LCS dans les ventricules et autour du cerveau et de la
moelle spinale. Les membranes durales à l’intérieur du crâne sont en partie
nécessaire à l’architecture interne du crâne pour éviter une expansion
exagérée dans toutes les directions.
Le taux des
fluctuations maximales du diamètre artériel et de la tension correspond aux
taux de IRC enregistrés – de nombreux auteurs suggèrent environ 6 cpm
(0.1Hz) – bien que certains puissent palper les plus rapides autour de 15
cpm (0.25Hz) – ces ondes étant plus liées à l’activité vagale et à la
respiration.
Ces résultats seraient
plutôt compatibles avec un axiome promulgué par le fondateur de
l’ostéopathie, A. T. Still,[97]
pour lequel « la règle de l’artère est suprême ». ils seraient également
compatibles avec la plupart des idées du père de l’ostéopathie crânienne, W.
G. Sutherland,1 qui a décrit les mouvements rythmiques du crâne
et a analysé l’organisation des sutures et des membranes durales, bien que,
à la lumière des connaissances actuelles, il semblerait qu’il ait établi une
hypothèse incorrecte en disant que le mouvement inhérent du cerveau pompe le
LCS qui, à son tour, anime les os du crâne et le reste du corps.
Si le modèle basé sur la physiologie décrit
ci-dessus est un modèle plus précis pour représenter les phénomènes
constatés dans la pratique de l’ostéopathie crânienne, il y a alors des
implications cliniques pour cette pratique, dans la mesure où ce modèle
diffère de celui généralement utilisé et enseigné. Le modèle traditionnel
est centré sur les os, les membranes durales et les fluctuations du LCS
qui sont censé être absorbé dans le système veineux à travers les réseaux
arachnoïdiens. La nouvelle vision ajoute des éléments relatifs à la
fonction artérielle, au contrôle automatique et au drainage modifié du
LCS.
Si la pratique de l’ostéopathie crânienne est
capable de détecter et d’influencer le contrôle par le SNS de la
vasomotion, alors il est important de considérer le système
cardiovasculaire dans son ensemble. Les problèmes cardiaques peuvent
conduire à une irrigation cérébrale déficiente, ce qui peut causer une
dépression.[98]
On a montré que des conditions telles que l’urémie provoque une diminution
spectaculaire dans l’amplitude des fluctuations à 0.1Hz (6 cpm, onde de
Mayer) de la pression sanguine et de la variabilité du rythme cardiaque,[99]
ce qui peut impliquer un défaut de la fonction cardiovasculaire du SNA.
Le contrôle de ces
changements rythmiques se fait par le système nerveux autonome (SNA).
L’enseignement ostéopathique a suggéré que le SNA agit comme « un
médiateur entre les processus somatiques et conscient ».[99]
[100]
Un traitement qui influence la fonction somatique peut avoir un effet sur
la fonction SNA. Si on peut favoriser un heureux équilibre entre le SNS et
l’activité parasympathique, on pourra aider une variété de situations
pathologiques, y compris l’hypertension.
L’influence positive
de la thérapie crânienne sur la circulation intracrânienne signifie qu’on
doit éviter de l’employer en cas d’hémorragie. On a noté des effets
négatifs de la thérapie crânio-sacrée chez des patients atteints de
lésions du cerveau.[101]
La manipulation physique doit être évitée dans toutes les zones du corps
où il existe le risque d’aggravation hémorragique. Si un traitement
ostéopathique crânien peut influer sur la circulation intracrânienne, il
peut alors être bénéfique dans les cas où le flux sanguin est altéré, tel
que dans les attaques ischémiques transitoires ou apoplexies ; des
recherches supplémentaires seraient nécessaires pour analyser cette
possibilité.
Si la fonction ANS fait partie du diagnostic
et du traitement ostéopathique crânien, la physiopathologie du système
nerveux doit être impérativement prise en compte. Des états pathologiques
du système nerveux central ou périphérique peuvent influencer la fonction
autonome. Une maladie de Parkinson ancienne peut causer une réduction du
flux sympathique vasomoteur et cardio-moteur provoquant une diminution des
ondes Mayer.[102]
L’alcoolisme peut causer une neuropathie autonome de même que le diabète.[103]
La possibilité que le drainage du LCS chez
l’homme se situe essentiellement à travers la plaque cribriforme, comme
chez le mouton,40 ouvre des possibilités de concentrer les
traitements dans cette zone. Les troubles de drainage du LCS peuvent aider
à expliquer les interférences entre les processus mentaux qui semblent
accompagner un fort rhume ou un mauvais rhume des foins, lorsque les
mucosités nasales sont avalées et que le drainage du LCS peut être altéré.
Le grand nombre de sutures existant entre les os de la face suggère un
mouvement important dans cette zone qui pourrait constituer une aide au
drainage des sinus et de la plaque cribriforme et un mécanisme crédible
influant sur le traitement ostéopathique crânien de la dynamique du LCS.
La pratique clinique ostéopathique découle du
fait que de nombreux symptômes proviennent – et le traitement est orienté
en conséquence – de schémas de dysfonctionnement de la tension fasciale et
musculaire. Une activité autonome anormale peut découler de la
physiopathologie de l’encéphalomyélite myalgique (EM) ou syndrome de
fatigue chronique qui peut être soulagée par un traitement ostéopathique.[104]
La coactivation musculaire diffuse (CMD), une augmentation de l’activité
électrique et de la tonicité au repos d’un muscle durant un mouvement ne
sollicitant pas ce muscle, a été mise en évidence dans des cas de
fibromyalgie,[105]
ce qui présenterait une similitude avec le concept ostéopathique des
« segments facilités » proposés par Korr.[106]
La respiration influence la motilité de
l’arbre cérébral,49 du retour veineux thoracique,12
la variabilité du rythme cardiaque86 et les ondes vasomotrices
à 15 cpm(HF) ; il semble donc raisonnable de suggérer qu’une attention
clinique à l’amélioration d’un bon mouvement respiratoire (du diaphragme)
puisse avoir une influence sur la dynamique du sang, de la lymphe et du
LCS, et de même réduire une hypertonicité des muscles impliqués dans la
respiration.
Malgré les possibilités ouvertes par ce modèle, trois
questions importantes doivent être posées :
-
Est-il possible de palper ces rythmes
artériels manuellement ?
-
Peuvent-ils être modifiés par
l’intervention humaine externe (traitement) ?
-
Cette modification procure-t-elle un
bénéfice physiologique au patient ?
Aujourd’hui la tendance est de dire que les
rythmes crâniens ne sont pas palpés avec un degré quelconque de fiabilité.9,10,11
Il y a plusieurs explications possibles aux rythmes différents palpés par
des praticiens différents :
-
La vasomotion artérielle se produit à
des degrés différents dans les artères et artérioles de dimensions
différentes. La fréquence prédominante est de 6 cpm (0.1 Hz), qui se
produit dans les artérioles de taille moyenne ; par ailleurs, les artères
plus grosses sont le siège d’une vasomotion spontanée à des rythmes plus
lents, par exemple 0.2 cpm (0.0033 Hz) dans l’artère basilaire,19
et 1 cpm (0.02 Hz) dans l’artère radiale.21 Les artérioles les
plus petites présentent des fluctuations de diamètre jusqu’à 15 cpm (0.25
Hz).23 Il est possible que les praticiens se concentrent sur
des rythmes de vasomotion différents générés par des artères de dimension
différentes.
-
Les praticiens peuvent palper
différentes profondeurs de mouvement ; le cuir chevelu est fortement
vascularisé de sorte que ceux qui utilisent une légère pression des
doigts, comme il est recommandé par les enseignants de la thérapie
crânio-sacrée,3 peuvent détecter une certaine vasomotion dans
le cuir chevelu.
-
Norton[107]
a proposé que la sensation décrite comme étant l’IRC est reliée à
l’activation de mécanorécepteurs cutanés à adaptation lente par la
pression des tissus à la fois du sujet et de l’examinateur ; il propose
aussi que les changements dans ces pressions tissulaires sont une
combinaison des rythmes respiratoires et cardiovasculaire du sujet et de
l’examinateur.
-
McPartland[108]
pousse le modèle de Norton plus loin et a propose que l’IRC est la
perception palpable de l’entraînement, une fréquence harmonique
incorporant les rythmes de multiples oscillateurs biologiques, non
seulement la pulsation cardiaque et la respiration, mais aussi la
variabilité du mouvement cardiaque et la vasomotion artérielle avec
modulation Traube-Hering-Mayer (THM), les oscillations dans les vaisseaux
lymphatiques, les cellules gliales et le métabolisme du cortex.4
Il est principalement dérivé de signaux entre les systèmes nerveux
sympathique et parasympathique. Ce modèle inclut les propres rythmes de
l’examinateur, ce qui pourrait expliquer les différents taux de l’IRC
palpés sur un sujet par deux examinateurs en même temps.
Le concept de l’entraînement est utilisé dans
le traitement du stress et des états émotionnels en mesurant la variabilité
cardiaque de 0.1 Hz et en enseignant aux patients le moyen de l’atteindre
par l’expression d’émotions positives (heureuses, calmes).[109]
Physiologiquement, la fréquence de 0.1 Hz peut être entraînée par des
mouvements de jambes à 0.1 Hz, ce qui stimule les réflexes vasomoteurs
locaux et la détente des barorécepteurs également par succion
périodique du cou stimulant ainsi les barorécepteurs.[110]
Que ce traitement
affecte ou non ces rythmes doit être exploré de façon convaincante. Une
petite étude récente a suggéré que le traitement peut augmenter l’amplitude
des fluctuations de 0.1 Hz,16 bien que des analyses plus
rigoureuses sont nécessaires pour confirmer ce point. Même si on peut
montrer que les praticiens crâniens peuvent palper et influencer ces
rythmes, des études plus poussées sont nécessaires pour déterminer si oui ou
non cette influence procure des améliorations physiologiques.
On doit entreprendre des recherches
physiologiques et cliniques considérables pour clarifier et conforter (ou
mettre en doute) la théorie et la pratique de l’OCC. Le problème est que,
dans le passé, la pratique clinique a semblé efficace, alors que les
théories l’appuyant ont été controversées et qu’aucune recherche fiable n’a
pu en valider les concepts et la pratique. L’une des raisons de cela a été
la barrière de la technologie disponible et capable de produire des mesures
fiables et reproductibles des phénomènes impliqués. Des méthodes variées ont
été essayées au cours des années, mais généralement se sont résumées à des
essais ponctuels appuyés sur une méthodologie contestable et une technologie
non fiable. Les progrès récents de la technologie permettent aujourd’hui des
mesures fiables au niveau des os du crâne, par exemple en utilisant l’IRM
fonctionnelle ou les ultrasons.[cxi]
Les fluctuations de pression sanguine (PS) peuvent être mesurées par un
dispositif clinique utilisant un appareil ‘Finapres’ fixé au doigt, ce qui
en association avec un logiciel adapté, peut être utilisé pour analyser les
courbes de PS artérielle qui corrèlent très bien avec les changements de
flux sanguin cérébral dans la plage des 0.1 Hz.[112]
Les changements dans le HRV peuvent être évalués par électrocardiogramme (ECG).
Donc, si le modèle proposé dans notre article est faisable, alors une
recherche fiable doit être capable de la conforter ou de la réfuter.
Cette étude a passé en revue la recherche en
cours concernant les aspects de la physiologie à l’origine des théories et
de la pratique de l’Ostéopathie crânienne. Le mouvement et l’adaptation
entre les os du crâne est une évidence, ainsi que la vasomotion artérielle
se produisant à des taux habituellement associés aux IRC. Il a été proposé
que ceci puisse constituer une partie de la base de la pratique de l’OCC.
Les implications cliniques de ce modèle ont été discutées. Plusieurs aspects
cliniques importants de la physiologie ont été portés à la connaissance
générale de l’Ostéopathie par cette étude :
-
Une compréhension des propriétés de la
vasomotion des artérioles. Il existe un taux subtil de 6 cpm (0.1 Hz)
correspondant à la plupart des rapports de l’IRC, bien qu’il y ait des
taux différents en fonction du diamètre de l’artère. Les effets de la
vasomotion synchrone sur la pression sanguine artérielle et la variabilité
du mouvement cardiaque ont été discutés.
-
La possibilité d’un flux veineux
réversible dans les veines émissaires du crâne comme participant à la
régulation thermique.
-
La possibilité qu’une proportion non
négligeable du LCS soit drainée à travers la plaque cribriforme vers le
système lymphatique cervical. Les mécanismes de la circulation du LCS ont
été passés en revue.
- Une clarification du rôle du système
nerveux sympathique (SNS) dans son contrôle de vasomotion et de ses effets
sur la pression sanguine, avec la possibilité qu’il puisse exister une
influence directe du SNS sur le muscle squelettique.
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