Google

 


L'Impulsion Rythmique Crânienne


Revue MIDLINE, Vol. 2, n° 1 - automne 2000

  • historique

« L' IRC, l'impulsion rythmique crânienne, est un terme qu'ont employé John et Rachel Woods pour décrire une mesure palpable et enregistrable des os pariétaux. Le but était d'identifier un phénomène qui pouvait être constaté par un médecin, quelque chose de comparable au pouls radial qui ne demandait pas une compréhension du mécanisme respiratoire primaire ou une acceptation du mouvement des os du crâne ou encore une connaissance de la fluctuation du liquide céphalo-rachidien. L'expression IRC se réfère donc à ce mouvement palpable que l'on enregistre aux os pariétaux et ne peut, par ce fait, décrire tout autre mouvement ailleurs dans le corps. Le mouvement du mécanisme respiratoire primaire peut, lui, être perçu à travers tout le corps car le liquide céphalo-rachidien et la lymphe circule partout et la continuité de la dure-mère et des fascias s'exprime dans tous les endroits du corps »[35].  

  • La description de magoun

«Les impulsions rythmiques crâniennes sont détectées par une palpation très légère, passive (kinesthésique), bimanuelle, du crâne. Nous utilisons habituellement un contact palmaire sur les surfaces latérales des os pariétaux et la partie squameuse des os temporaux. Le principal contact est entre les éminences hypothénar et les régions palmaires d'une part, et, d'autre part, les régions immédiatement postérieures et en direction caudale par rapport aux éminences pariétales. L'éminence hypothénar étant moins utilisée pour le toucher semble être plus sensible aux sensations kinesthésiques. Le contact des extrémités des doigts est évité. Les impulsions semblent exercer une poussée intermittente ou une force d'expansion sur les paumes, comparables aux contractions utérines intermittentes de la fin de la grossesse, mais beaucoup moins faibles et beaucoup plus courtes.

Revue Atman

«Habituellement, ces impulsions peuvent être le mieux senties lorsque le sujet est couché sur le dos sur la table d'examen, et l'observateur assis à la tête de la table, ses avant-bras reposant sur la table. Une relaxation complète du corps de l'observateur, en particulier des bras, est importante dans la reconnaissance kinesthésique passive des impulsions. Si les surfaces palmaires des poignets se trouvent à 2 ou 3cm l'une de l'autre, juste au-dessus du sommet du crâne, il y a moins tendance à un contact digital avec la tête. II est souvent difficile de maintenir le contact passif très léger pour ceux habitués à une palpation tactile plus active. » 

Selon les études faites au Still Hildreth Osteopathic Hospital sur un groupe de patients psychiatriques, Magoun trouve un rythme de 6,7 par minute alors que pour le groupe témoin, la mesure est de 12,47. La vitesse normale chez un adulte sain est de l’ordre de 10 à 14 pulsations/min ; chez les enfants la vitesse est plus élevée. Divers facteurs influencent le rythme des IRC ; l’inhalation d’oxygène augment la vitesse alors que  l’inhalation de CO2 la diminuent. De fortes émotions perturbent les IRC jusqu’à les interrompre momentanément (jusqu’à 20 sec.) tout comme la perte de sommeil

  • Divers travaux sur l'irc

Bruno DUCOUX donne une liste non exhaustive de l'évolution des études scientifiques [37]

  • Pour WOODS J. et R., 1961 : un rythme crânien de 6-7 cycles par minute est observable, indépendant des rythmes respiratoire et cardiaque ; étude sur 102 patients psychiatriques; patients avec lobotomie : rythme de 4/min.

  • Pour WALLACE W K. (1966 et 1975) : l'écho-encéphalographie est un outil fiable pour évaluer le CRI; cycle indépendant de 9/min.

  • Pour BAKER E. (1970) : il est observé une variation de 1,5 millimètre de la largeur de l'arc maxillaire et ce à un rythme de 9/min.

  • GREENMAN P (1970) : Une étude aux rayons X montre les mouvements lésionnels de l'articulation sphéno-basilaire (flexion, extension, torsion, strains) chez 25 patients.

  • FRYMANN V (1970) : une mesure du diamètre crânien prouve que trois rythmes différents sont perçus : les rythmes cardiaque, respiratoire et un autre rythme de 6 à 12/min (Frymann, 1970, 928).

  • TETTAMBEL M. (1978) : étude sur 30 personnes : un troisième rythme est également enregistré à un rythme de 8/min.

  • UPLEDGER J. (1979) : la comparaison entre les perceptions d'un praticien expérimenté et les résultats de mesures fines d'appareils électroniques (électromyographies, électrocardiographes...) sur des patients au repos permet de confirmer les paramètres de palpation (rythme, vitesse, intensité, irrégularité...).

  • BUNT E.A. (1979)[38] : étude tomographique des ventricules cérébraux montrant un rythme inconnu de 8/min. Chez les enfants hydrocéphales, ce rythme est de 4/min.

  • BROOKS D. (1981) a publié qu'une personne psychiatrique avait un rythme de 9/min.

  • RETZLAFF E., MITCHELL E Jr. et UPLEDGER J. (1975,1987) étude histologique des sutures crâniennes montrant une possibilité de mouvement : abondance de collagène, fibres élastiques et vaisseaux sanguins.

  • NORTON J. (1992) : étude sur 24 patients : rythme de 3,7/min.

  • -KOSTOPOULOS D. et KERAMIDES G. (1992) : mesure significative, chez le cadavre, de l'allongement de la faux du cerveau quand on applique une traction sur l'os frontal.

  • PEYRALADE et CAPOROSSIporossi (1992) citent les recherches d'ostéopathes québécois objectivant graphiquement le mouvement du MRP.

  • LEWANDASKI (1996) : au New York College of Osteopathic Medicine, le département de biomécanique, de physiologie en bioingénierie et neurosciences poursuit de remarquables travaux à l'aide de marqueurs à infrarouge, appliqués sur les sutures. Les résultats sont étonnants avec des marqueurs placés sur le bregma et le lambda de sujets au repos et enregistrement sur des films en 3D. Ces recherches, en plus de révéler la malléabilité des os, permettent d'envisager un mouvement des sutures crâniennes.

  • PELLETIER R., WURM E., Montréal (1998) : un rythme de 4 à 12/min a été observé dans ce travail de fin d'étude.

  • SERRUS P (1998), INSA Toulouse : modélisation des sutures crâniennes avec le logiciel I-DEAS avec le concours de J.-P AMIGUES D0. MRO(F).

  • LALAUZE-POL R. (1998)[39] : le manque de liberté des sutures crâniennes est en relation avec des pathologies néonatales ; étude très significative au Vietnam sur 415 nouveau-nés.

 

  • La conception actuelle de l'irc

Conception actuelle de l'IRC. P. Tidière

Longtemps les ostéopathes ont cru que l'IRC était due à la motilité des cellules cérébrales. Certains même ont cru à l’équivalence du MRP et de l’IRC au point de dire « on sent le MRP, on compte l’IRC comme on parle de l’intensité et de sa qualité. ».  Il y a là une confusion regrettable car, comme l’a très bien fait remarquer Patrice TIDIERE « impulsion rythmique n’est pas MRP »[40] : 

«  Lorsque Magoun parle du MRP, il associe deux phénomènes physiologiques : le mouvement des sutures et l’impulsion rythmique qu’il lie à la motilité du cerveau » dont la source serait la contraction de la névroglie cérébrale et en particulier des astrocytes. 

On sait maintenant que cette explication est fausse et qu’il n’y a pas une mais plusieurs impulsions rythmiques : « En fait, il existe plusieurs types d'impulsion qui combinées donnent l'Impulsion Rythmique, ou Impulsion Rythmique générale , elle-même rythmée par les diaphragmes » :

  • l'impulsion rythmique motilité : d'origine cellulaire que l’on retrouve dans tous les types de structures du corps humain. On parlera alors d'IRFoie, d'IRFémur ou d'IRAorte... On peut la classer dans l’impulsion rythmique primaire.

  • l'impulsion rythmique organique : dont l'origine résulte des fonctions respiratoires, cardio-vasculaire, lymphatique ...et probablement de bien d'autres. « En induisant de manière rythmique des changements de pression consécutifs à l’alternance de l’inspiration et de l’expiration, la respiration thoracique participe à l’impulsion rythmique organique ». Elle est classée parmi l’impulsion rythmique secondaire.

  • l'impulsion rythmique virtuelle : résultat de facteurs résurgents des principes de la mécanique des fluides, comme l’onde d’Allen (ou 3è onde), d’une fréquence théorique de 7 cycles/min qui résulte de l’interférence des ondes cardiaque et pulmonaire ou comme l’onde de Janny, de 1.07 cycle/min, indépendante de l’onde cardiaque ou pulmonaire et dont on ignore l’origine.

l'IRC correspond à tout un ensemble d'ondes ou d'oscillations du corps : motilité d'origine cellulaire, mobilité secondaire à la respiration, à la fonction cardio-vasculaire, au mouvement de la lymphe, etc. et des ondes virtuelles. et l'IR générale est donc une résultante de tous ces rythmes du corps. « C’est cette impulsion que l’ostéopathe peut percevoir dans toutes les parties du corps ».

  • Définition de l'irc

Quelle définition peut-on donner de l’IRC ? Ecoutons P. TIDIERE :

« L'Impulsion Rythmique induit une fluctuation rythmée synchrone (forcément, puisque issue des Impulsion Rythmique Primaire et Secondaire) des fluides (dont le LCR, mais pas seulement) sous contrôle des fascias. L'Impulsion Rythmique (et non le MRP) produit, entre autre, la mobilité (et non la motilité) dans le système inter-relié du mécanisme crânio-sacré ainsi que le cycle rythmique de deux phases à travers le corps... Ce cycle est le témoin de la pulsation rythmique du corps et représente un échange métabolique dynamique dans chaque cellule, cellule elle même source de cette impulsion rythmée »[41].   

Voir à ce sujet l'excellent article de Patrice TIDIERE, DO MRO(F), Impulsions rythmiques n'est pas MRP, paru dans la revue Ostéo n° 51 de Janvier 2000.

Revue Ostéo n° 51 - janvier 2000

Dans ce concept, les particularités bio-mécaniques, physiologiques et anatomo-physiologiques de la sphère crânienne ainsi que la mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques, mettent l'IRCrânien à part quant à ses implications métaboliques et physiologiques dans l'ensemble du corps.  

Revue Ostéo n° 46 - décembre 1997

  • travaux de norton

En 1991, James M. NORTON DO publie dans le JAOA[42] une étude sur l’IRC : « Un modèle de pression des tissus a été développé pour fournir une base physiologique possible de la manifestation de l'impulsion rythmique crânienne ou IRC. Le modèle suppose que la sensation décrite comme étant l'IRC est liée à l'activation de mécano-récepteurs cutanés à adaptation lente, que les forces agissant sur ces mécano-récepteurs sont les pressions des tissus à la fois de l'examinateur et du sujet, et que les sources de modification de ces pressions tissulaires sont dues à la combinaison des rythmes respiratoires et cardiovasculaires  à la fois de l'examinateur et du sujet. 

Ce modèle de pression des tissus utilise des relations bien connues entre les pressions vasculaires, les pressions tissulaires et les rythmes cardiovasculaires et respiratoires. Le modèle génère des impulsions rythmiques avec des fréquences et des profils similaires à ceux décrits pour l'IRC, et on a trouvé une corrélation significative entre les fréquences calculée à partir du modèle et des valeurs connues de l'IRC obtenues par palpation. Ces comparaisons suggèrent que l'IRC pourrait se produire dans les tissus mous et représente une interaction complexe entre au moins quatre rythmes physiologiques différents ».

En 1997, la revue Ostéo[43] publie un article du même auteur reprenant l’étude faite précédemment « afin de tester ce modèle interactif pour l'IRC, des méthodes furent développées pour documenter et analyser la mesure des cycles IRC chez des sujets humains en bonne santé. La durée des cycles IRC s'avéra plus longue, et les fréquences plus faibles, que ce qu'il était auparavant signalé dans la littérature. La durée des cycles, donnée par un examinateur pour un sujet pendant de multiples séances de mesures, montrait une variabilité insignifiante, tandis que des différences significatives existaient lorsque différents examinateurs pratiquaient ce même examen. Une corrélation significative a été trouvée entre la durée des cycles crânio-sacrés, donnés séparément par des examinateurs individuels, mais d'autres personnes contrôlant les mêmes sujets n'étaient pas d'accord sur les résultats.

Les résultats et les affirmations de l'interrelation de la pression dans tous les tissus corporels ne confirment pas le concept de l'interaction crânio-sacré. »  


NOTES

[35] Cette précision importante a été donnée par le Dr Michael Burrano, DO, président du Sutherland Teaching Fundation dans le Revue Midline, revue de la Société Sutherland du Canada, volume 2 numéro 1, automne 2000, p. 23.
[36]
MAGOUN, Recherches dans le domaine du concept crânien, Traduit pour la Société Générale d'Électrécité et de Mécanique par M. L. RANVIER, Atman 2 (année ?)
[37]
DUCOUX Bruno, De l’ostéopathie dite crânienne, ApoStill n° 6, mars 2000, ISSN : 1292-7848, p. 67.
[38]
Publié dans la revue Atman n° 1, 1984.
[39]
Association VOIE. Voir ApoStill n° 2, fév. 1999, p. 52.
[40]
TIDIERE Patrice, DO MRO(F), Impulsions rythmiques n'est pas MRP, Ostéo, la revue des ostéopathes, n° 51 de Janvier 2000, p. 16-19. Voir également TIDIERE Patrice, « Jactatio capitis nocturna ». ApoStill, le Journal de l’Académie d’ostéopathie, 2001, n° 8, 6-18.
[41]
TIDIERE Patrice, DO MRO(F), Impulsions rythmiques n'est pas MRP, Ostéo, la revue des ostéopathes, n° 51 de Janvier 2000, p.18.
[42]
A tissue pressure model for the perception of the cranial rhythmic impulse. JAOA 91(10):975-994, 1991. http://faculty.une.edu/com/jnorton/craniallinks.html
[43]
NORTON James M. DO, Documentation sur l'impulsion rythmique du crâne traduction de Robert PERRONNEAUD FÉRRÉ DO MRO(F) OSTÉO, la revue des Ostéopathes n° 46 - décembre 1997.


Impulsion Rythmique n'est pas MRP ] Documentation sur l'IRC ] Travaux de J. M. Norton ]
Le Mécanisme Respiratoire Primaire ] Le Liquide Céphalo-Rachidien ] Le mouvement des os du crâne ] Le mouvement du sacrum ] [ L'Impulsion Rythmique Crânienne ] Onde de T.- H.- M. ] D'autres travaux dans le champ crânien ] Une revue de la littérature ] Etude critique de la physiologie ... ] CONCLUSION ]
Définition de l'ostéopathie ] Les grandes dates de l'ostéopathie ] A.T.  STILL ] Les Principes ostéopathiques ] W. G. Sutherland ] L'ostéopathie dans le champ crânien ] Livres  crâniens ] Sites  crâniens ] Remise en cause du concept crânien ]
Plan du site ] Indépendance et liberté ] Ostéopathes en maternité ] Pour les professionnels ] L'ostéopathie sur l'Internet ] Les sources d'information ] La formation des ostéopathes ] Les principes ostéopathiques ] La Thérapeutique ostéopathique ] Ostéo-pratique ] Informations légales ]

© Jean-Louis Boutin et le Site de l'Ostéopathie


Dernière modification :