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Son destin n'est pas si évident !


[Son destin n'est pas si évident !]
[Son destin semble évident]
[Une critique de King HH et Lay EM]
[Viola Frymann]
[Rapport du BCOHTA]
[Fiabilité et Ostéo crânienne]
[Lettre de S. Hartman et J. Norton]
[Le cas crânien]

Ostéopathie crânienne : Son destin n'est pas si évident !

Raymond Solano
Ostéopathe DO, Ex enseignant de 1980 à 1998 à IWGS et au CETHOM
Auteur des livres :

Lire la lettre de Raymond Solano (format PDF)

Nous remercions particulièrement Raymond Solano de nous avoir autorisé à publier cet article.

 


 
     
J’ai lu, comme beaucoup de mes confrères la traduction de la lettre de Steve E. Hartman sur le Site de l’Ostéopathie. En la découvrant, je me suis dit qu’elle était vraiment malvenue en ce moment où l’ostéopathie cherche ses marques et sa reconnaissance. Il est certain que si les responsables de la Haute Autorité de santé l’ont parcourue, et ils ont dû s’exécuter à l’évidence, on peut comprendre pourquoi, sur la proposition des derniers décrets relatifs à la formation, le législateur rejette catégoriquement l’enseignement relatif à l’approche crânio-sacrée, entre autre… (Art.3) Ce qui est fort dommageable pour l’ostéopathie et nos patients.

      De ce point de vue là, Mr Hartman doit être satisfait puisqu’il écrit : « l’art « crânien » devrait toutefois être supprimé de tous les programmes des écoles » et il poursuit : « les assurances devraient cesser de les rembourser ; et les patients devraient investir leur temps, leur argent, et leur santé dans des traitements fondés avec succès sur des modèles scientifiques biomédicaux de l’ère moderne ».

      Je lui laisse la responsabilité de ses écrits, car je ne partage pas la totalité de son discours. En donneur de leçon, il prend vraiment les patients qui sont majeurs et responsables pour de pauvres victimes exploitées qui se font abusées, semble-t-il, par des ostéopathes irresponsables et incompétents ! Ou alors, sous des aspects très honnêtes en apparence, basés sur un débat scientifique, serait-il à ce point jaloux du succès des ostéopathes empiriques ? En parlant de traitements fondés sur des modèles scientifiques exemplaires de l’ère moderne, on pourrait lui rétorquer que, là aussi, il y a du bon et du mauvais ! Un peu d’humilité serait de rigueur, car il faut que la médecine fondamentaliste et moderne balaye devant sa porte, malgré ses progrès incontestables, avant de critiquer les autres médecines alternatives.

      Je trouve qu’il est trop facile de vouloir détruire l’art cranio-sacré sur le seul constat d’expériences peu convaincantes, par manque de moyens modernes technologiques ou parce que la construction statistique n’a pas été correcte dans sa mise en place.

      Dans le développement critique de Hartman, il signale le peu de preuves objectives du mécanisme de respiration primaire (M.R.P.) et il en déduit que puisque les preuves sont peu probantes, le mécanisme respiratoire crânien n’existe pas et donc l’ostéopathie crânienne n’a pas lieu de poursuivre sa route ! Je comprends en partie son discours cartésien mais je reste perplexe sur sa finalité réelle.

      Je ne suis pas un chercheur, ni un scientifique expert dans les protocoles statistiques. Je laisse ces investigations de recherche aux spécialistes. Je suis un simple clinicien avant tout et j’applique depuis 1979, date de mon diplôme, l’ensemble des techniques ostéopathiques mises à notre disposition par nos maîtres. Je respecte également le concept ostéopathique, comme un médecin respecte l’art médical enseigné par leurs maîtres avec ses erreurs et ses manques ; c’est lui qui accompagne mon raisonnement thérapeutique. Il est basé principalement sur l’anatomie mais également sur plusieurs autres matières fondamentales indispensables à notre cheminement intellectuel.

      L’ostéopathie se pratique avant tout et se théorise par l’entraînement méticuleux et répété de la main au corps à la découverte des dysfonctions ; c’est Claude Bernard qui disait « il faut modifier la théorie pour l’adapter à la nature et non la nature pour l’adapter à la théorie » ; on pourrait dire de même au sujet de l’ostéopathie.

      Je suis en partie d’accord avec Hartman dans la difficulté de trouver des preuves basées sur le MRP, dont la traduction ne peut s’identifier que par l’écoute tissulaire. Or, effectuer une étude statistique du MRP avec plusieurs ostéopathes est déjà un exploit. Pour l’instant, nous n’avons pas découvert, malgré nos efforts, un appareil moderne fiable qui pourrait donner une véritable appréciation objective de ce mécanisme crânio-sacré, sans l’aide de l’écoute manuelle.

      La subjectivité et l’écoute palpatoire sont deux paramètres qui ne peuvent qu’interférer sur la conclusion d’une étude qui se veut scientifique pour prouver le bien-fondé de la relation crânio-sacrée. En fait, une étude de ce type est vouée à l’échec. Par expérience, je sais combien il est difficile de faire une bonne écoute tissulaire : il faut être ouvert à cette dernière, être en condition, ne pas avoir trop mangé, bu ou fumé, protéger ses mains comme un pianiste, ne pas être perturbé émotionnellement, éviter d’être en souci, et travailler dans le calme, presque en relaxation. Pensez-vous que tous les auteurs de ces expériences palpatoires réunissaient toutes ces conditions, le même jour et au même moment ?

      Mais de là, remettre en question l’ensemble des traitements crâniens est exagéré !

Le MRP, quand il est trouvé dans de bonnes conditions, apporte une appréciation ; mais un diagnostic cranio-sacré et ostéopathique s’établit sur plusieurs tests contradictoires palpatoires avec une large palette qui nous permet de l’affiner. De plus, les différentes techniques crâniennes mises en place par W. G Sutherland, son initiateur, sont fabuleuses pour ceux qui savent les employer à bon escient.

      Depuis 28 ans je fais du crânien et je pratique les techniques crânio-sacrées.  Je dois reconnaître, de façon empirique, que les résultats sont concrets et concluants dans des indications ostéopathiques précises et bien posées. Même si certains pensent uniquement aux effets du placebo, et même si dans toutes les médecines ce dernier est présent et admis par tous, on ne peut accepter qu’il résout tout et toute chose, à lui seul, dans la thérapie ostéopathique ! 

      Il ne faut pas oublier que l’ostéopathie s’intéresse principalement aux troubles fonctionnels : ce qui représente environ 90 % des troubles de divers patients, bébés et enfants « en perte d’équilibre ». Ces troubles réversibles, à la limite du pré pathologique, intéressent principalement notre discipline qui excelle dans ce domaine par rapport aux troubles organiques. Si l’ostéopathie traite le patient et non la maladie ; si elle traite l’entité de l’individu ; si elle recherche et « tente toujours de remonter à la cause, et même à la cause de la cause » (Hippocrate) qui peut se situer à distance de son symptôme, elle ne peut dissocier l’ensemble du corps de sa tête et du crâne ! Ce serait faire fi de cette structure fonction importante où se situe « le prince cerveau ».

      Devons- nous juger le crânien et la thérapie crânio-sacrée sur le seul fait que scientifiquement on n’a pas pu prouver sa réelle existence ? L’ostéopathie est jeune et depuis sa création, le 22 Juin 1874, elle a toujours été en butte avec le protectionnisme, le corporatisme et l’obscurantisme de ses adversaires. Au lieu de l’aider, raisonnablement, par une recherche pluridisciplinaire, tout a été fait, dans son histoire, pour l’anéantir ; tous les prétextes, même les plus sérieux ou les plus extravagants, sont mis en exergue avant même de lui donner, dans cette ère nouvelle de modernité et de découvertes, la possibilité de prouver scientifiquement sa validité.

      Qu’en fut-il de la médecine fondamentaliste dans ses balbutiements ? Qu’en est-il Mr Hartman de l’acuponcture et de l’homéopathie pratiquées par de nombreux médecins, vos confrères ? Heureusement que les patients, même sans objectivation scientifique, ont pu profiter et bénéficier de ces médecines empiriques !

      Dans votre lettre qui veut, à tout rompre, rechercher la vérité scientifique, vous ne laissez aucune chance à cet art extraordinaire qui ravit, en France, 20 millions de patients et une multitude de nouveau-nés et d’enfants pour le bien-être que cet « art » leur procure !

      Même si votre quête de vérité scientifique est honorable à certains égards, vous ne faites preuve d’aucune tolérance, d’aucune compassion, d’aucune magnanimité pour cette médecine manuelle en devenir ! C’est certainement normal et logique pour un chercheur ou un scientifique. Au lieu de critiquer gratuitement notre concept, il aurait été plus utile que vous nous proposiez un certain nombre de conseils à mûrir, d’observations constructives, de remarques positives et peut-être une voie de recherche à élaborer ensemble !   

      Je le regrette, car l’ostéopathie, cette grande dame qui n’a pas fini de surprendre, mérite beaucoup mieux, même si son concept vous surprend et vous interroge, ce qui est normal. Mais pensez-vous que cet art qui soulage l’humanité de certains maux réversibles pourrait perdurer autant de temps s’il n’était universellement reconnu et apprécié ?  On peut tromper une personne, on ne trompe pas constamment 20 millions de Français et plusieurs millions de patients en Europe et dans le monde qui font confiance à notre médecine manuelle, même si le MRP n’a pu être objectivement et scientifiquement prouvé ! Ou alors, en dehors des scientifiques, tous nos patients sont stupides au point de se laisser leurrer par nos pratiques ! Non, cette théorie ne tient pas la rhétorique ! Dans l’histoire de chacun de nos pays et de nos continents beaucoup trop d’avant-gardistes, ont été brûlés, torturés, condamnés, emprisonnés pour être des précurseurs d’idées nouvelles ou inventeurs de génie. Quel gâchis !

      Mr Hartman, vous pouvez dire et écrire tout ce qu’il vous plaira sur les techniques cranio-sacrées, vous ne pourrez pas m’empêcher de poursuivre dans cette voie. Si vous êtes persuadé du bien fondé de votre mission de vérité scientifique, moi je suis persuadé, comme beaucoup de mes confrères, et autant que vous, du bien fondé de cette pratique essentielle dans le concept de nos maîtres. Vous pensez que «  le destin de l’ostéopathie crânienne semble évident ! ». Là je pense sincèrement que vous vous trompez totalement et que cela n’est pas si évident ! Je vous donne rendez-vous dans quelques années pour le vérifier et pour en reparler amicalement devant un bon verre de vin français !

      Sans rancune !

      Permettez-moi de conclure sur cette citation qui me plaît à dire : «  Nous n’avons un aperçu exact du fond des choses qu’en suivant leur développement depuis le début »  Aristote.

 


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Créée le 8 janvier 2007 - Dernière modification :