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Naissance d’un concept


Philosophie de l’ostéopathie (1ère édition 1999)

Naissance et développement d’un concept

Philosophie de l'Ostéopathie de AT Still a fait l'objet d'une nouvelle édition (2003)

par  Pierre Tricot do mro(f) (1)
http://perso.wanadoo.fr/pierre.tricot/index.htm
Nous remercions particulièrement Pierre tricot de nous avoir autorisé à reproduire cet article.


SOMMAIRE


" Depuis que l'ostéopathie est devenue un fait établi, beaucoup de mes amis se sont souciés de me voir écrire un traité sur la science. Mais je n'étais pas du tout convaincu que le temps fût venu pour une telle présentation, et aujourd'hui encore, je me demande si ce n'est pas un peu prématuré. (2) L'ostéopathie est encore dans l'enfance, c'est une grande mer inconnue venant d'être découverte, dont nous ne connaissons aujourd'hui que l'étendue du rivage.
En voyant que certains, ayant tout juste effleuré la surface de la science, ont pris le stylo pour écrire des livres sur l'ostéopathie et, après avoir attentivement examiné leurs présentations, découvert qu'ils buvaient aux fontaines des vieilles écoles des drogues, tirant la science en arrière vers les systèmes mêmes dont je me suis séparé il y a tant d'années, et réalisant que des étudiants affamés étaient prêts à gober ce poison mental et tout le danger qu'il représente, je me suis convaincu de la nécessité d'écrire une littérature ostéopathique destinée à ceux qui désirent être informés.
Ce livre ne comporte aucune citation émanant d'auteurs médicaux et diverge de leurs opinions sur la plupart des questions importantes. Je ne m'attends pas à rencontrer leur approbation ; une telle chose serait non naturelle et impossible.
Mon objectif dans ce travail est d'enseigner les principes tels que je les comprends et non pas des règles. Je ne me propose pas d'instruire l'étudiant à taper ou tirer certains os, nerfs ou muscles en fonction de telle maladie, mais avec une connaissance du normal et de l'anormal, j'espère proposer un savoir précis applicable à toutes les maladies.
Ce travail a été rédigé progressivement au cours des années, dans les moments que j'ai pu distraire d'autres préoccupations pour m'y consacrer. J'ai compilé attentivement ces pensées dans un traité. Chaque principe ici présenté a été honnêtement testé et éprouvé par moi-même.
Ce livre a été écrit par moi, à ma façon, sans aucune ambition de belle écriture, mais pour donner au monde une introduction à une philosophie pouvant servir de guide dans le futur. " (3)

A.T. Still
Kirsksville, Missouri, 1er septembre 1899


En 1899 – il y a cent ans –, deux années après l’Autobiographie, Still publie son second livre, la Philosophie de l’Ostéopathie (Philosophy of Osteopathy).

Still a 71 ans et sa santé décline. D’anciens élèves commencent à publier des ouvrages. Ainsi, Elmer Barber a publié en 1898 Osteopathy Complete,(4) un premier livre traitant de la technique ostéopathique. Carl McConnel, publie en 1899 The Practice of Osteopathy : Designed for the use of Practitioners and Students of Osteopathy.(5) Still n’est pas du tout satisfait du livre de McConnel, regrettant que l’essentiel soit tiré des " anciens auteurs médicaux, " et le considérant comme " la faillite totale d’un ostéopathe. "(6)  Il lui reproche essentiellement de ne pas respecter le concept ostéopathique et d’aborder les problèmes de santé avec la démarche symptomatique typique du médecin. Dès lors, il se sent pressé par l’urgence de consigner l’essentiel ostéopathique. Philosophie de l’ostéopathie est donc le premier ouvrage écrit par Still avec cet objectif en tête.

Pour bien comprendre l’ouvrage, il nous semble important de rappeler quelle était la médecine et sa pratique dans le Middle West américain à l’époque de Still, d’évaluer quel était le niveau de connaissances du temps concernant les sciences de l’homme, et de présenter enfin certains éléments de l’histoire du collège de Kirksville et du développement de l’ostéopathie, jouant un rôle important dans l’état d’esprit de Still à cette époque.

Le contexte médical de l’époque

L’évocation du contexte médical de l’époque et du lieu nous permettra de comprendre son cheminement mais également sa sévérité vis à vis des médecins et des systèmes médicaux : dans les états pionniers, la pratique de la médecine n'est pas réglementée. Elle ne le sera que progressivement à partir des années 1870. Cette médecine est probablement plus proche des descriptions de Molière que de la médecine actuelle et, bien entendu, elle est le plus souvent impuissante. Il l'appellera lui-même médecine de l'à-peu-près, ou du viser-rater.(7)

À l’époque, la médecine s’apprenait auprès d’un praticien déjà en exercice, ce savoir pratique étant complété par la lecture des ouvrages de médecine que pouvait posséder le praticien. Ainsi, Still apprendra la médecine auprès de son père, pasteur méthodiste et médecin, au contact des indiens shawnee et de leurs pratiques.

Dans les années 1860, désirant parfaire sa formation médicale, il tentera d’intégrer un enseignement plus formel : " ...Plus tard, il dira qu'en intégrant le Kansas City School of Physicians and Surgeons, immédiatement après la guerre de Sécession, il fut dégoûté par les enseignements et n'alla pas jusqu'au diplôme. Si ce n'est la possession d'un diplôme formel à accrocher au mur du cabinet, un diplôme d'école médicale ne signifiait évidemment pas grand chose dans les années 1860. Les exigences requises pour intégrer ces écoles essentiellement commerciales, dirigées par des médecins, étaient minimes. Il suffisait habituellement de pouvoir payer les frais de scolarité. L'étudiant devait assister à un cycle de conférences étalées sur deux ans, de novembre à février, la seconde année présentant les mêmes matériaux que la première, sans aucune pratique clinique. De plus, beaucoup d'étudiants étant illettrés, l'examen final se réduisait à une simple interrogation orale." (8)

Son intérêt pour la mécanique le conduira à rapprocher ses trouvailles de l'organisation de la structure humaine et à se plonger dans l'anatomie, qu'il étudiera sur les squelettes indiens. Il sera ainsi révolutionnaire en émettant l'idée d'une relation entre l'anatomie et la fonction. Cette étude, lui fournissant un support réel de connaissance, lui permettra également de sortir de l'empirisme médical de l'époque. En combinant une connaissance anatomique et physiologique à la logique d’un raisonnement, il fut pionnier dans l’approche scientifique de la maladie et de la médecine.

Les connaissances médicales du temps de Still

L’évaluation des connaissances médicales du temps est également indispensable pour comprendre les propos que Still tient dans Philosophie de l’Ostéopathie. Nous sommes en 1899. Ignace Semmelweis (1818-1865), obstétricien hongrois a découvert l’origine infectieuse de la fièvre puerpérale et préconise l’asepsie, mais il est combattu par les médecins de l’époque et ses travaux ne sont pas diffusés. En France, Claude Bernard (1813-1878) vient de jeter les bases de la médecine expérimentale, fondement de la médecine actuelle. Louis Pasteur (1822-1895) et ses travaux commencent seulement à être reconnus. En Angleterre, Joseph Lister (1827-1912) lutte pour imposer la notion d’asepsie. En Allemagne, Robert Koch (1823-1910) découvre le bacille de la tuberculose (1882), aboutissant à la découverte de la tuberculine.

Toutes ces recherches qui constituent le point de départ de la médecine scientifique moderne, ne sont peut-être pas encore connues de Still, ou bien la méfiance qu’il a développée à l’égard de tout ce qui est médical le rend très circonspect à leur égard. Il raisonne donc à partir de son niveau de connaissance en anatomie et en physiologie et formule des hypothèses par rapport à ce qu’il observe ou aux résultats qu’il obtient. Dans beaucoup de cas, nos connaissances d’aujourd’hui sont venues invalider ces hypothèses, apportant d’autres explications. Pourtant, le bon sens, la faculté d’observer, l’aptitude à résoudre les difficultés et les résultats obtenus nous obligent à admettre que malgré cela, l’ostéopathie demeure une approche véridique et efficace, même si Still nous déroute souvent.

suite...


NOTES

  1. Texte paru dans la revue de l’Académie d’Ostéopathie de France, Apostill n°3, Mars 1999, pp. 4-9. retour
  2. Nous sommes en 1899 (N.d.T.). retour
  3. Extrait de la préface écrite par A. T. Still pour Philosophie de l’Ostéopathie. retour
  4. Elmer Barber : Osteopathy Complete (Ostéopathie complète). retour
  5. Carl McConnel : The Practice of Osteopathy : Designed for the use of Practitioners and Students of Osteopathy. (La pratique de l’ostéopathie, destiné à l’usage des praticiens et étudiants en ostéopathie). Chicago: W. B. Conkey, 1899. retour
  6. Lettre de Still, à Me H. Orshel, Livingston, Montana, 2 janvier 1900. Fragment appartenant à Me M. E. Still, A. T. Still Memorial Library, KCOM. in C. Trowbridge, A. T. Still, 1828-1917, Thomas Jefferson University Press, Kirksville, Mo, 1992, p. 187. retour
  7. " Par conséquent, un traité essayant de dire aux gens comment traiter la maladie à l'aide de nos méthodes serait pire qu'inutile pour toute personne n'ayant pas été entraînée en anatomie. C'est de la philosophie de l'ostéopathie dont l'opérateur a besoin. Par conséquent, il est indispensable que vous connaissiez cette philosophie sinon, vous échouerez sévèrement et n'irez pas plus loin que le charlatanisme du ‘viser  –  rater.’ " Autobiographie, p. 144.  retour
  8. Carol Trowbridge : A. T. Still, 1828-1917, The Thomas Jefferson University Press, Kirksville, Mo, 1992, p. 96.  retour

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