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Le sacrum déprimé

 

Revue Ostéopathie Thérapies Manuelles Mars 1990 n° 36

Howard A. LIPPINCOTT - D.O.
Year Book 1965
Traduit par J. M. MICHELIN

Article paru dans la revue Ostéopathie Thérapies Manuelles n° 36 - Mars 1990
www.atman.fr/
reproduit avec l'autorisation de M. Marc BOZZETTO, directeur de la Publication   

Affirmer un concept de lésion comme nouveau ou une technique comme originale laisse toujours planer un doute.
En effet, des milliers d'ostéopathes à l'esprit vif et observateur ont étudié la structure humaine dans son état normal et en lésion pendant 3/4 de siècle et ont imaginé un grand nombre de techniques différentes pour la correction des anomalies. Les os du bassin ont eu une part importante de recherche, aussi est-il présomptueux de croire que la reconnaissance de n'importe quelle lésion particulière, telle qu'un sacrum déprimé dans cette zone appartient à une seule personne. Le déplacement vers le bas du sacrum par rapport aux iliaques était considéré et traité par les premiers ostéopathes comme un iliaque « glissé en haut » d'un ou des deux côtés, mais il semble qu'il appartienne au Dr. SUTHERLAND la description des mécanismes et la pleine signification de cette lésion. II est de plus à l'origine de quelques techniques efficaces pour sa correction.

  • LE MOUVEMENT DU SACRUM (1)

Comme il est bien établi maintenant pour la profession ostéopathique, le mouvement normal de l'articulation sacro-iliaque est une rotation autour de l'axe transversal passant au niveau du second segment sacré. A l'angle interne des surfaces auriculaires en forme de L du sacrum et de l'ilium, on trouve une petite protubérance sur le sacrum qui s'ajuste dans une petite cavité sur l'iliaque.

Le Dr. SUTHERLAND plaçait à cet endroit le centre de rotation du sacrum entre les os iliaques et de ces derniers sur le sacrum servant de guides supplémentaires pour le mouvement, il y a généralement un rebord convexe sur la surface articulaire de l'iliaque qui s'ajuste dans un sillon sur le sacrum, mentionné dans la « Method of Anatomy » de GRANT comme une arête sinueuse et un sillon. Ainsi le mouvement physiologique du sacrum entre les iliaques, ou des iliaques sur le sacrum est supposé se faire sur un axe transverse qui passe à travers la protubérance du sacrum et la petite cavité de l'iliaque, et guide par les arêtes et les sillons mentionnés ci-dessus. Le mouvement est possible grâce à la flexibilité des ligaments sacro-iliaques et du cartilage hyalin entre les surfaces auriculaires du sacrum et des iliaques.

Schéma 1 : Physiologie articulaire Kapandji - Editions Maloine

Dans la terminologie de SUTHERLAND, l'extension respiratoire de la colonne vertébrale y compris le sacrum, désigne la flexion en arrière -c'est-à-dire post- flexion ou l'augmentation de la concavité postérieure, comme dans les courbures lombaire et cervicale, ou la diminution de la convexité postérieure de la courbure thoracique. Partant de là, une augmentation de la concavité postérieure au niveau de l'articulation lombo-sacrée, avec la base du sacrum dans une position antérieure et vers le bas et l'apex du sacrum en haut et postérieur est considérée constituer la position d'extension respiratoire du sacrum qui se produit pendant l'expiration. Le mouvement normal dans cette position se fait autour de l'axe transverse décrit plus haut et est limité principalement par la tension des ligaments sacro-épineux et sacro-tubéreux, qui, dans la position debout, s'opposent à une rotation excessive du sacrum due au poids dirigé vers le bas par l'intermédiaire de la colonne lombaire sur la base du sacrum. La lésion du sacrum, par effort articulaire ligamentaire, dans la position d'extension respiratoire se produit quand un facteur de stress oblige les structures à rester dans cette position et à résister au mouvement dans la direction opposée. Dans cette lésion, l'articulation reste dans ses limites physiologiques ou seulement très légèrement au-delà.
  • LE SACRUM DÉPRIMÉ : DESCRIPTION

Le sacrum déprimé, le Dr. SUTHERLAND l'appelle aussi «Affaissement sacré» est une lésion dans laquelle la force traumatique de production est assez grande et la résistance à cette force assez faible pour permettre au sacrum d'être déplacé vers le bas à partir de sa position normale par rapport aux iliaques. Quand la force dirigée vers le bas sur la base sacrée oblige le sacrum à pivoter vers l'avant au-delà de sa course physiologique, les ligaments sacro-tubéreux et sacro-épineux créent un point fixe qui est l'apex. Ceci, alors, devient l'axe sur lequel le sacrum pivote vers l'avant et vers le bas par rapport aux iliaques et tout le sacrum sauf l'apex est déprimé, faillant l'axe transverse normal.
En conséquence, avec une rotation antérieure à la limite extrême de ses possibilités, le sacrum sera en relation non-physiologique avec les iliaques. La petite protubérance sera sortie de sa cavité, le sillon ne s'ajustera pas à l'arête et aucune des irrégularités des surfaces articulaires ne s'engrènera correctement avec les parties correspondantes sur les surfaces iliaques. Aussi les ligaments de l'articulation seront soumis à un effort sévère. Ceci constitue un déplacement vers le bas du sacrum entre les iliaques.
La force traumatique responsable de cette lésion peut provenir d'un effort de soulèvement de quelque chose de lourd, généralement en position penchée en avant et souvent accompagnée d'une secousse contre le poids ou la résistance. Une somme relativement modérée de force suffit dans quelques cas, s'il se produit au même moment un effort d'expiration, tel qu'un grognement ou une toux. Une autre cause relativement fréquente est la chute sur les fesses ou sur les pieds, le poids et l'inertie de la partie supérieure du corps atterrissent sur la base du sacrum. Le mécanisme de la transmission de la force est évident. Le Dr. SUTHERLAND insiste sur une production assez fréquente de cette lésion durant un travail où les ligaments sont relâchés et le bassin détendu. Un degré sévère de déplacement du sacrum vers le bas peut se produire par les efforts expiratoires d'expulsion de la mère tandis qu'elle pousse vers le bas avec ses genoux ou ses pieds contre une résistance pendant l'accouchement.

  • CONSÉQUENCES

Les conséquences du sacrum déprimé sont souvent très importantes, comme l'a déclaré le Dr. SUTHERLAND et comme on peut le constater en pratique courante. La position non-physiologique du sacrum entre les iliaques, alors qu'il n'est pas toujours aussi douloureux qu'on pourrait penser, gêne la vascularisation et les fascias avec des effets circulatoires, lymphatiques, viscéraux. La conséquence la plus sérieuse du sacrum déprimé est une névrose ou même une psychose.
Le Dr. SUTHERLAND a montré ce rapport de cause à effet dans les cas après accouchement, en raison de la tension modifiée des membranes durales dans leur rapport avec la base du crâne et la dure-mère crânienne. Pour lui, il existe une membrane de tension réciproque composée de la dure-mère intracrânienne avec ses prolongements, la faux du cerveau et la tente du cervelet, continuant vers le bas à travers le canal vertébral en tant que dure-mère vertébrale jusqu'au sacrum. Cette membrane de tension réciproque a des insertions solides dans le crâne, autour du grand trou, à la première et deuxième vertèbre cervicale et ensuite au sacrum, sans aucune insertion directe et ferme à l'os ou la deuxième cervicale et le sacrum. Ces membranes jouent un rôle important dans le fonctionnement du crâne, du liquide céphalorachidien et du système nerveux central.
Le déplacement vers le bas du sacrum, spécialement sa base, avec une angulation marquée de l'articulation lombo-sacrée, modifie la tension de la membrane, qui transmet cette contrainte au crâne, au système nerveux central et au liquide céphalo-rachidien. La guérison d'une névrose ou même d'une psychose survenue après un accouchement est le résultat le plus spectaculaire qui suit la correction de cette lésion, en plus des autres aspects pathologiques qui disparaissent eux aussi.

  • MÉCANISME DE PRODUCTION

L'histoire du traumatisme est importante dans le diagnostic de la lésion. Le patient peut s'être penché en avant et avoir soulevé quelque chose contre résistance ou avoir reçu par surprise un poids lourd sur le dos. Il peut être tombé brutalement sur les pieds ou sur les fesses avec un poids surimposé ou une vitesse suffisante pour entraîner le sacrum en bas entre les iliaques.
Dans ce cas, il faut tenir compte de l'éventualité d'une compression avec fracture ou blessure du disque. Spécialement, si la colonne était droite et dans l'alignement de la direction de la force ; le poids et la vitesse acquise de la tête peuvent forcer les condyles de l'occiput dans la convergence des surfaces articulaires de l'atlas, provoquant un effet de compression interosseux des parties condylaires. Les forces traumatiques responsables du sacrum déprimé sont suffisamment puissantes pour se méfier d'une pareille lésion associée.
Le cas d'un pas manqué par inadvertance avec chute brutale sur un pied, avec le poids principalement d'un seul côté du sacrum, ou un effort sévère sur un seul côté, peuvent causer un sacrum déprimé unilatéralement. Quand l'ensemble des symptômes suit l'accouchement, un examen du sacrum est indispensable. L'histoire des mécanismes de production de la lésion est une aide précieuse pour le diagnostic.

  • SIGNES CLINIQUES

A la palpation, le sacrum se trouve placé profondément entre les iliaques, seul l'apex est proéminent postérieurement. Ceci ressemble à la position de la simple lésion d'extension respiratoire, rotation antérieure sur son axe transverse, sauf que les second et troisième segments sacrés ont pivoté vers l'avant et vers le bas parce que l'axe de rotation passe dans ce cas par l'apex. Les rebords postérieurs des iliaques sont rapprochés. Le mouvement du sacrum est généralement restreint, le peu restant se limitant à une petite quantité de rotation antérieure. Les ligaments sacro-épineux, palpés de l'un ou l'autre côté de l'apex sacré sont tendus et sensibles.

  • TECHNIQUES DE CORRECTION

Différentes techniques ont été montrées à des réunions professionnelles, probablement destinées à corriger une lésion du sacrum déprimé. Dans un premier cas, le patient en décubitus, l'opérateur balançait le patient de chaque côté dans toute la longueur de son corps et cassait le rythme par des secousses soudaines vers le bas en tirant les chevilles.
Une autre méthode était de suspendre le patient par les genoux pliés sur les épaules du praticien qui donnait une secousse soudaine pour agir par le poids du patient.
Apparemment, l'objectif de ces techniques était de tirer les iliaques en direction caudale par rapport au sacrum.
Elles pourront peut-être avoir eu cet effet, mais les articulations non concernées auront à souffrir d'un effort important avant que la fixation aux sacro-iliaques ait eu une chance d'être brisée. II est possible qu'une période de traction dans un lit d'hôpital réussisse à tendre les ligaments et éventuellement parvienne à corriger une lésion sacro-iliaque dans certains cas plutôt qu'à essayer de relâcher les muscles comme il est demandé de procéder. On peut dire en tout cas qu'aucune de ces méthodes n'est «douce, faible et scientifique» suivant les critères du Dr. STILL pour une bonne technique.

  • LES TECHNIQUES DE SUTHERLAND

La démarche spécifique que le Dr. SUTHERLAND a démontré d'abord pour le sacrum traumatique antérieur, comme on l'appelait à ce moment là, est réalisée avec le patient assis en travers de la table, ses bras reposant sur les épaules de l'opérateur qui est assis sur un tabouret face à lui. Les pouces de l'opérateur sont sur les crêtes iliaques et leur sont parallèles, leurs extrémités au niveau du bord externe du muscle carré des courbes. Balançant doucement le patient d'un côté et de l'autre, ils suivent leur chemin vers l'intérieur, le bas et l'avant contre les muscles iliaques.
Les tissus devant les ailerons sacrés sont comprimés lorsque le patient s'effondre vers l'avant et que la colonne lombaire adopte une convexité vers l'arrière. On demande au patient d'expirer et de retenir son souffle, tandis que les éminences thénars du praticien maintiennent les crêtes iliaques extérieurement pour ouvrir le bassin postérieurement. Lorsque le patient inspire et soulève les épaules, les pouces se soulèvent et accompagnent le sacrum dans sa position de flexion respiratoire assistant le mouvement naturel dans cette direction qui se produit pendant le temps d'inspiration.
Le Dr. SUTHERLAND explique encore que si l'on ne peut obtenir une relaxation suffisante des muscles abdominaux externes pour permettre aux pouces d'entrer assez profondément dans le bassin, on peut les diriger vers l'intérieur à partir des crêtes iliaques antérieures afin de comprimer les tissus de la paroi abdominale en avant des muscles du psoas en poussant ces muscles vers l'arrière avec les vertèbres lombaires pour élever et pousser vers l'arrière la base du sacrum. Il faut affirmer que le travail de l'opérateur n'est pas de corriger la lésion en forçant, mais de guider et d'aider les forces inhérentes dans leur effort à monter le sacrum de sa position de lésion à son rapport normal. La force motrice est formée par la coopération volontaire et involontaire du patient.

Schéma 2 - Physiologie Articulaire de Kapandji - Editions Maloine

Une méthode plus simple et plus facile à appliquer qui est souvent efficace dans l'ajustement du sacrum déprimé était appelée par le Dr. SUTHERLAND la technique sacrée « naturel le ». Le patient est assis en travers de la table et l'opérateur maintient les iliaques en arrière, soit par la crête, soit par une pression vers l'arrière sur les genoux ou sur les chevilles - avec les genoux tendus.- Le patient s'effondre vers l'avant jusqu'à ce que les iliaques commencent à participer au mouvement ; puis il retient son souffle en expiration complète jusqu'à ce qu'il soit obligé d'inspirer. Quand il inspire, il soulève les épaules et l'opérateur maintient les iliaques fermées en avant pendant que la base sacrée bouge vers le haut et vers l'arrière.

Quand le sacrum est déplacé vers le bas, d'un ou des deux côtés, la lésion peut aussi être corrigée avec le patient assis et le praticien derrière lui, maintenant les iliaques vers la table pour les empêcher de se soulever. Le patient se penche légèrement du côté en lésion et s'appuie sur son bras, le coude tendu. Puis il avance lentement l'autre main devant lui vers la main qui repose sur la table, continuant jusqu'à ce que l'opérateur sente les iliaques tirer vers le haut malgré la résistance. On maintient cette position pendant que les poumons sont vidés en expiration. Lorsque le patient est obligé d'inspirer, il inhale profondément et étire ses bras au-dessus de la tête pour les faire passer de l'autre côté pendant que l'opérateur résiste au mouvement d'ascension des iliaques du côté de la lésion alors que le sacrum s'élève. Le même processus peut être répété de l'autre côté en cas de lésion bilatérale.
Une variante d'une technique iliaque du Dr. Charles OWENS est utile dans le cas où la rigidité de l'articulation lésée demande un degré de désengagement. Le patient est couché sur le côté opposé à la lésion, une jambe étendue et l'autre cuisse ramenée devant lui presque à angle droit, le pied restant sur la table. Le praticien, placé derrière, va passer une main entre les cuisses du patient de telle sorte que la cuisse loin de la table repose sur son avant-bras pendant que sa main est placée sous l'épine iliaque antéro-supérieure ; le talon de l'autre main au milieu de la partie postérieure de la crête, ou plutôt au contact de l'épine iliaque postéro-supérieure. Dans cette position, le poids du genou, par l'intermédiaire de l'appui de l'avant-bras sur la cuisse, produit une élévation de l'acétabule et les deux mains de l'opérateur soulèvent l'iliaque. Ainsi le sacrum se trouve suspendu à l'iliaque. Le patient expire à fond et retient son souffle pendant que l'opérateur fait tourner l'iliaque vers l'arrière, jusqu'au point d'équilibre des tensions.
Lorsque le patient est obligé d'inspirer en faisant pivoter le sacrum vers l'arrière sur son axe transverse, l'opérateur fait une rotation de l'iliaque vers l'avant, en le tirant en même temps caudalement.

  • CONCLUSION

Avec plusieurs techniques en notre possession, nous pouvons choisir celle qui est la mieux adaptée au cas présent et recommencer avec une autre si cela s'avère nécessaire. Ceci est primordial car le soulagement apporté par la correction d'un sacrum déprimé est à la fois considérable et satisfaisant.


1 - Les sous-titres sont du Webmestre  retour

Je remercie particulièrement  Marc Bozzetto de m'avoir donné l'autorisation de publier cet article.


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