reproduit avec l'autorisation de M.
Marc Bozzetto, directeur
de la Publication de la revue OSTÉOPATHIE Thérapies Manuelles
La symphyse
pubienne est toujours vue, à juste titre d'ailleurs, comme une
articulation extrêmement solide et puissamment contenue. Soumise à
d'importantes forces de cisaillement, pendant la déambulation (marche,
course, sport), de séparation pendant l'accouchement, elle offre l'image
d'une unité fonctionnelle difficile à évaluer, difficile à corriger.
Elle n'est pourtant pas la seule dans ce cas! Si l'on considère le
sacrum et les sacro-iliaques, dont l'encastrement "coincé" au sens
étymologique du terne, une pièce entre les deux autres sous l'effet de
la pesanteur, on est surpris de constater que pour l'un on trouve normal
qu'un "examen-test-correction" dure parfois 20 min., la main engourdie
par le poids du patient, l'attention concentrée sur la moindre
fluctuation anormale du LCR, alors que pour l'autre, on n'hésite pas :
grands bras de levier fémoraux, contractions brutales de puissants
groupes musculaires comme les adducteurs ou les
pelvi-trochantériens...etc...
Si l'on se souvient de l'importance du bon équilibre et du bon
fonctionnement de la symphyse pubienne dans la dynamique du corps, si
l'on se souvient du nombre incroyable de dysfonctions pathologiques que
peut engendrer une seule lésion symphysaire, on est surpris du manque de
finesse des manœuvres courantes et surtout de leur manque de précision,
tant à l'évaluation lésionnelle, à la correction, qu'à l'évaluation
post-thérapeutique.
La technique que
je vais maintenant présenter permet :
un test
lésionnel aussi précis que n'importe duel test crânien
une évaluation
fonctionnelle pré et post traitement aussi précise que sur le crâne.
I –PRINCIPE (évaluation - test -
correction)
CESSER DE CROIRE QUE :
La symphyse pubienne est
une articulation difficile à traiter
La puissante cohésion rend
"dur" son toucher
La correction nécessite un
puissant bras de levier
SE SOUVENIR QUE :
Nous avons pensé la même
chose, voir pire, lorsque pour la toute première fois nous avons
posé nos mains sur un crâne!
RAPPEL : Normalement, lors du
mécanisme respiratoire primaire,
à l'inspir
:
Les deux branches
pubiennes plongent librement en bas et en arrière en
décomprimant la symphyse
à l'expir :
Les deux branches
pubiennes remontent en haut et en avant en comprimant la
symphyse
remarque
On ne s'intéresse pas aux
lésions pubiennes sans avoir auparavant rétabli le bon
fonctionnement des articulations sacra-iliaques
II - FICHE TECHNIQUE
A - TEST
Sujet
.
Décubitus dorsal, hanches fléchies à environ 45°, en
abduction à environ 45°, pieds écartés au maximum permis par la
largeur de la table reposant parallèlement à ses bords, le plus
près possible de l'extrémité de celle-ci.
Opérateur
Assis en bout de table, face au pubis du sujet
L'approche se fait bras tendus, mains au
contact l'une de l'autre par leurs faces dorsales, pouces I en
bas) à environ 90° de l'index.
Voir photo N°l
Les deux pouces utilisant l'élasticité
naturelle des tissus, vont saisir le bord inférieur de chacune des
branches pubiennes du sujet, de part et d'autre de la symphyse.
Les index se placent naturellement sur le bord supérieur du pubis,
de part et d'autre de la symphyse.
Maintenir la prise pubienne
ainsi réalisée en ramenant les coudes sur la table pour assurer un
fulcrum le plus confortable possible.
Voir photo
N° 2
Demander au sujet de
laisser retomber les cuisses vers le dedans, afin d'équilibrer
dans la détente ses propres tensions myo-fasciales.
Pendant le temps de la mise
en place, les majeurs sont venus se placer naturellement à côté
des index tandis que le bord cubital des deux derniers doigts de
chacune des mains reposent sur les adducteurs du sujet.
Prendre le temps d'assurer
une posture confortable avant d'engager la technique et de
contrôler que les tensions opérateur-sujet sont en bon équilibre.
Remarque
:
Dans cette position, le pubis est parfaitement
contrôlé. Mais une technique tactilement trop légère (bien qu'aussi
efficace) devant durer trop longtemps pourrait intriguer, incommoder,
voir dérouter le sujet. Aussi, une prise délicate mais ferme est-elle
conseillée (main de fer dans gant de velours!)
Si les bords du pubis sont
douloureux en dehors de toutes notions traumatiques récentes, penser à
recenser d'éventuels problèmes viscéraux (ex: douleur du bord
inférieur du pubis dans les versions utérines)
Test
Évaluer, sans intervenir, les
mouvements du MRP symphysaire. En général, la lésion s'affiche dans
le déroulement du MRP.
Puis, tester dynamiquement
chaque branche pubienne par rapport à l'autre en compression -
décompression et dans toutes les directions inscrites sur un plan
sagittal (en haut - en bas - en avant - en arrière en haut et en
avant – en haut et en arrière - en bas et en avant - en bas et en
arrière).
Retenir, pour une branche
pubienne par rapport à l'autre, la direction où réside la plus
grande disparité. Nommer la lésion.
B - CORRECTION
1 - Technique
N°1 : Type Sutherland
aggraver la lésion,
maintenir jusqu'au relâchement tissulaire, puis inverser paramètre
par paramètre les positions respectives des deux branches
pubiennes, à la vitesse tolérée par les tissus.
Consolidation : Maintenir
la position corrigée pendant quelques cycles du MRP, jusqu'au
relâchement tissulaire complet.
2 - Technique
N° 2
appliquer sur la symphyse
une légère compression décompression et maintenir le point neutre.
à partir du point neutre,
entraîner les deux branches pubiennes dans un véritable ballet
lemniscatoire, jusqu'à obtenir des portions gauches et droites du
lemniscus Cette technique ne nécessite pas de phase de
consolidation.
III -APRÈS CORRECTION
Le praticien conserve quelques
temps la position afin d'évaluer à nouveau le MRP symphysaire. Si la
technique a été correctement appliquée, le mouvement (décrit
ci-avant), est libre et symétrique.
Une sensation de plénitude ample est perçue par le praticien.
REMARQUE
Une symphyse pubienne peut
paraître "bien alignée" après une correction structurelle ilio-sacrée.
II ne faut pas alors négliger de vérifier sa mobilité à l'aide de
cette technique, bien souvent on retrouvera une disparité lésionnelle
qu'il conviendra alors de corriger.
Pour conclure, je voudrais insister sur le
fait qu'on ne se souvient jamais assez que plus une structure est dense,
plus sa force de défense est grande, et plus l'approche du praticien
doit être fine, précise et adéquate. Autant qu'il m'en souvienne, on ne
travaille pas une lésion intra-osseuse du sphénoïde en plaçant des
burins sur le frontal, la grande aile, la ptérygoïde, et en distribuant
des coups de marteaux!
Traitez la symphyse pubienne à l'aide de la pratique décrite dans cet
article, avec la même délicatesse que pour une suture crânienne, et vous
serez surpris de la facilité et de la rapidité avec laquelle les lésions
les plus anciennes cèdent et enregistrent définitivement la correction.
Même s'il a fallu dans les cas les plus rebelles, 3 ou 4 séances pour en
venir à bout, très souvent, une seule intervention suffit.
Michel CARTEAUX D.O.
Je remercie particulièrement l'auteur
pour son travail et Marc Bozzetto pour m'avoir donné l'autorisation de
publier cet article