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Réflexions sur le diagnostic

Réflexions sur le diagnostic

Pascal JAVERLIAT, Ostéopathe DO mROF

Article paru dans la revue Apostill n° 14 Hiver 2004
reproduit avec l'autorisation de Laurent  STUBBE, Président de l'Académie d'Ostéopathie
www.academie-osteopathie.org

Nous remercions particulièrement l'auteur, Pascal JAVERLIAT et Laurent STUBBE, Président de l'Académie d'Ostéopathie de nous avoir donné l'autorisation de reproduire sur ce site "Réflexions sur le diagnostic". JL Boutin


      Les champs de réflexion, d'investigations et d'actions de l'ostéopathie, de la médecine et de la masso-kinésithérapie sont différents. La première porte sur le trouble fonctionnel et son traitement. La deuxième investit la pathologie et son traitement. La troisième explore les conséquences de la pathologie sur le mouvement humain afin de le restructurer.
      Un diagnostic, pour être propre à une profession, doit relever de son objet et de ses compétences spécifiques. Il faut accorder à ce mot ambigu et jusqu'à peu de temps encore, réservé, ce qui est spécifique à chaque profession à travers son exercice, ses valeurs et la pensée d'action qui la sous-tendent.
      Pour apporter des soins à un patient, il n'est pas besoin de poser au préalable un diagnostic. Seul un thérapeute, qui entreprend une action réfléchie et non un simple soin, peut et doit poser un diagnostic.
      L’acte de poser un diagnostic différencie, entre autres, le thérapeute du soignant.

  •  Le diagnostic ostéopathique

      Pour effectuer leur diagnostic, les ostéopathes utilisent une logique qui trouve sa justification dans le concept ostéopathique.
      La tripartition qui le caractérise ne consiste pas en trois sous-parties distinctes qui se juxtaposent pour former un tout, ni en trois étapes qui s'enchaîneraient selon une logique propre. Elle représente trois démarches qu'il faut mener de front tout au long du diagnostic.
      La présentation qui suit n'est donc pas la chronologie des séquences du diagnostic ostéopathique mais la présentation des démarches à mettre en oeuvre pour aboutir à la compréhension du trouble fonctionnel et ainsi déterminer le traitement approprié au patient.

  •  Le diagnostic palpatoire

(Michel Thomas le nomme diagnostic spécifique ostéopathique mais est-ce bien judicieux ? Une sous-partie d'un ensemble peut-elle porter le même nom que l'ensemble dont elle fait partie ? À voir.)

      La notion de diagnostic est sous-tendue en ostéopathie par une première démarche sensorielle : la perception palpatoire.
      Le diagnostic palpatoire est axé sur le concept ostéopathique, c'est-à-dire étymologiquement et sémantiquement sur l'analyse sensorielle du mouvement dès organes et des tissus du patient. L'origine du mot ostéopathie est grecque : osteon signifie le noyau du fruit, puis par extension l'os, donc la partie palpable du corps du patient et pathos, la relation, la sensation.
      Le diagnostic palpatoire traduit la perception qu'a le praticien du manque de mouvement d'une structure du l'organisme. Il détermine, dans la mesure du possible, les tissus responsables et l'orientation spatiale de cette restriction de mobilité.
     Il est sans parallèle avec le diagnostic positif que va établir un médecin qui examine un patient. En effet, le diagnostic positif est la synthèse sur un mode physiologique de l'ensemble des signes présentés par le patient. Or, ces signes ne sont le plus souvent que le reflet de la réaction de l'organisme au problème de santé et ils évoquent rarement l'origine anatomique du dérèglement.

  •  Le diagnostic étiopathique

      C'est un raisonnement de type « cause à effet ». Il correspond à la démarche qui conduit des données obtenues par l'anamnèse et par le diagnostic palpatoire vers le mécanisme qui a pu produire les signes présentés par le patient.
      Lors de l'anamnèse, l'ostéopathe s'intéressera moins aux modalités des symptômes qu'aux événements contemporains ou antérieurs à son apparition. Il sera par contre très attentif à tout ce qui aurait pu arriver sur les structures anatomiques impliquées dans la genèse du problème.
      Secondairement, par le même mécanisme, on peut remonter à la cause principale de tous les signes ou de tous les troubles fonctionnels. Cette seconde démarche est qualifiée d'étiopathique, car elle recherche la cause par la sensation. Elle analyse pour cela les différentes relations de la structure incriminée avec son entourage : système de soutien (ou lien mécanique), innervation (ou lien neurologique) et vascularisation (lien vasculaire).
      Le diagnostic étiopathique fait le lien entre l'anatomie (structure en restriction de mobilité), la physiologie (la fonction perturbée), et l'expression du trouble fonctionnel.

  •  Le diagnostic d'exclusion

      Au décours de son examen et de son traitement, l'ostéopathe peut mettre en évidence des affections qui débordent de sa pratique. Pour cela, il emprunte un certain nombre de procédures de l'examen clinique codifié classique (anamnèse, inspection, percussion, palpation, auscultation, généralement pratiquées dans cet ordre). Par contre, il ne procède pas à une réflexion nosologique. Il n'est pas compétent pour déterminer l'entité morbide médicale. Sa démarche consiste à rechercher et/ou mettre en évidence les signes cliniques d'alerte.
      Il s'agit des manifestations qui ne sont pas justiciables d'un traitement ostéopathique utilisé seul :

  •  Les affections nécessitant un traitement médical ou chirurgical d'urgence. Ces affections, dans lesquelles le pronostic vital ou le pronostic fonctionnel sont engagés, sont du domaine avant toute chose de la réanimation, de la médecine d'urgence, de la chirurgie ou de l'obstétrique. Cela ne veut pas dire que dans ces affections, l'ostéopathie n'a aucune action, aucune place ou est inefficace. Cela veut dire que l'ostéopathie ne peut être entreprise seule, sans traitement médical, chirurgical, obstétrique ou de réanimation préalable ou contemporain.

  •  Les affections qui ne répondent pas à un traitement ostéopathique seul.

  •  Les affections où les autres thérapies sont reconnues beaucoup plus efficaces que l'ostéopathie.

  •  Les affections dans lesquelles l'ostéopathie n'a pas d'action manifeste.

      Les diagnostics d'exclusion recouvrent donc les affections dans lesquelles l'ostéopathie ne doit pas être une thérapie alternative mais une thérapie complémentaire.
      En conclusion, l'ostéopathe oriente sa recherche diagnostique vers les structures anatomiques dont la restriction de mobilité est à l'origine du trouble fonctionnel, et sur les compensations que l'organisme suscite. L'identification de la cause définit le travail thérapeutique. Il est nécessaire d'avoir le diagnostic pour pouvoir commencer le traitement. La démarche diagnostique est donc forcément obligatoire et préalable à la démarche thérapeutique.

  •  Le diagnostic médical

      Pour poser leur diagnostic, les médecins utilisent une certaine forme de raisonnement qui, depuis Aristote, est appelé « raisonnement logique ». Il peut se résumer à l'équation suivante : thèse + antithèse = synthèse.
      En médecine classique, cette tripartition s'appuie sur les trois points
:

  •  diagnostic positif (thèse) ;

  •  diagnostic différentiel (antithèse) ;

  •  diagnostic étiologique (synthèse).

      Le diagnostic médical est sous-tendu par une réflexion dans un cadre nosologique.

  •  Le diagnostic positif

      Il repose sur l'ensemble des éléments objectifs qui permettent d'identifier une entité morbide. Il est évoqué à partir d'informations sur le patient, au moyen d'un interrogatoire, d'un examen clinique codifié classique et d'examens para-cliniques. Le plus souvent plusieurs entités sont évoquées, avec un ordre de probabilité. Le diagnostic positif recouvre l'entité morbide de probabilité maximum. Un tel diagnostic, basé sur les symptômes présentés par le patient est un diagnostic pathologique.

  •  Le diagnostic différentiel

      Il procède en deux étapes :

  1. Mise en oeuvre des connaissances acquises par le diagnostic positif. Une classification des données de l'examen est faite pour affiner le diagnostic positif. Cette phase est un passage au crible, une classification objective des divers possibles.

  2. Mise en oeuvre d'un processus qui va conduire à privilégier ou à rejeter chaque hypothèse possible. Elle peut nécessiter la prescription d'examens ou investigations complémentaires qui vont permettre d'arriver à une affirmation relative d'une de ces hypothèses sur les autres.

  •  Le diagnostic étiologique

      C'est une démarche de médecine préventive ou de santé publique qui vise à rechercher une cause matérielle objective à l'affection dont souffre le patient, pour prévenir la récidive ou la diffusion à d'autres personnes. Cette troisième réflexion se développe à distance des deux phases précédentes, car elle nécessite l'obtention des résultats des examens ou des investigations complémentaires. L'étiologie n'est pas toujours formellement déterminée et la pathologie est alors classée comme « idiopathique ».
     
Le médecin oriente donc sa recherche diagnostique vers les mécanismes physiologiques de décompensation de l'organisme. Son diagnostic va du positif au différentiel et vers l'étiologie. Il recherche l'entité morbide médicale.

  •  Le diagnostic kinésithérapique

      Le décret n° 98-879 du 8 octobre 1996, relatif aux actes professionnels et à l'exercice de la profession de masseur kinésithérapeute, consacre le diagnostic kinésithérapique. [1]
     
L'Association française pour la recherche et l'évaluation en kinésithérapie (AFREK) le définit comme un processus d'analyse des déficiences et des incapacités observées et/ou mesurées. C'est un pronostic fonctionnel dont les déductions permettent
:

  •  D'établir un programme de traitement en fonction des besoins constatés.

  •  De choisir les actes de kinésithérapie à mettre en place.

      Le diagnostic kinésithérapique s'appuie sur la tripartition des bilans, structurel, fonctionnel et situationnel, pour ordonner la démarche thérapeutique.
     
Le bilan structurel se fait sur l'analyse des données fournies par le diagnostic médical. Il détermine si la pathologie dont le patient est atteint est en phase subaiguë, aiguë, stabilisée séquellaire, chronique, évolutive...
      Le bilan fonctionnel utilise un ensemble de tests qui permettent de déterminer l'incidence de la pathologie sur l'appareil locomoteur, à travers ses diverses fonctions le mouvement, l'équilibre, la coordination, la stabilité...
      Le bilan situationnel requiert de demander l'avis du patient car ses attentes et sa participation au programme thérapeutique priment les autres considérations. Il intègre les caractéristiques psychologiques, sociales, économiques et culturelles de la personnalité. Le mouvement est alors considéré comme un processus cognitif de perception de soi et du monde extérieur.
      Le diagnostic kinésithérapique est une résolution de problèmes en évolution constante. Il ne cesse de se modifier en fonction des progrès accomplis. Il représente une procédure évolutive qui permet de former un régime de traitement et de pronostic de récupération.
      Il n'est donc pas le point de départ de la décision thérapeutique mais le modulateur de l'action thérapeutique. Cette modulation prend en compte :

  • - La pathologie initiale déterminée par le diagnostic médical.

  • - Les objectifs réalisables par la masso-kinésithérapie, dans le cadre d'une telle pathologie.

  • - L'investissement et l'adhésion du patient aux options proposées.

 Références

  • Thomas, M. 1992. Réflexions sur le diagnostic. France : Académie d'Ostéopathie de France.

  • Dictionnaire médical Masson.

  • Gedda, M., Tardivat, M. 1999.  «  Du diagnostic masso-kinésithérapique - mystifications ou vérités ? » Kinésithérapie scientifique n° 389, p. 22-30.

  • Viel, E. 1999. « Le diagnostic kinésithérapique : vous savez le faire alors sachez le faire. » Kinésithérapie scientifique n° 389, p. 4-8.

  • Bridon, F, Surmont, C. 1999. « Le diagnostic kinésithérapique : problématique de formation et perspective. » Kinésithérapie scientifique n° 389, p. 13-18.

1. - . Le Premier ministre, sur le rapport du ministre du Travail et des Affaires sociales, vu le code de la Santé publique, notamment les articles L372, L487 et L510-10, vu l'avis de l'Académie nationale de médecine, le Conseil d'Etat (section sociale) entendu, décrète :
... article 2 : dans l'exercice de son activité, le masseur kinésithérapeute tient compte des caractéristiques psychologiques, sociales, économiques et culturelles de la personnalité de chaque patient, a tous les âges de la vie. Dans le cadre de la prescription médicale, il établit un diagnostic kinésithérapique et choisit les actes et techniques qui lui paraissent appropries.

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© Jean-Louis Boutin et le Site de l'Ostéopathie


Créée le 29 septembre 2004 - Dernière modification :