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Les recherches sérieuses dans
le domaine de l’ostéopathie sont difficiles à effectuer. Pour le peu
d’étude existant, les interpréter reste
actuellement difficile comme l’ont démontré les
critiques suscitées par l’article de Ernst et Canter
[1].
Je pense que trois raisons
principales expliquent le manque d’études pouvant clairement indiquer
une efficacité de l’ostéopathie :
-
Le
nombre limité de publication dans notre domaine.
-
La
difficulté d’accès à ce qui est déjà connu.
-
Le
manque de ressources pour effectuer de la recherche de qualité.
En 1998, il existait
seulement 18 études cliniques randomisées publiées en ostéopathie contre
554 en acuponcture et 643 en technique de relaxation
[2]. Actuellement, l’ostéopathie n’est
mentionnée que dans deux études dans la base de
données Cochrane [3,4]
alors qu’elle comporte 4'539 revues systématiques de la littérature dont
55 sur l’acuponcture et 7 sur l’homéopathie. Les deux affections
étudiées concernent l’asthme et les dysménorrhées alors que ce ne sont
de loin pas les motifs les plus fréquents en ostéopathie. Les études non
publiées sont difficilement accessibles et constituent
une large majorité de la recherche dans notre domaine. Malheureusement
elles ne répondent que rarement aux exigences de publication telle que
ceux du « CONSORT statement » [5]. Ceci
relève l’importance d’également utiliser d’autres bases de données lors
des revues systématiques de la littérature [6,7]
dans notre domaine et d’avoir un sens critique pour les interpréter.
Deux explications permettent
de comprendre la difficulté d’accéder aux résultats des recherches en
ostéopathie. La première est la difficulté des auteurs à être
suffisamment qualifiés pour publier dans une revue biomédicale
permettant ainsi un accès facilité à l’aide des moteurs de recherche
habituels. La deuxième est probablement la frontière linguistique ne
permettant pas aux auteurs d’accéder aux résultats publiés dans d’autres
langues et ne permettant pas de concentrer toutes les études sur une
base de données centralisée [7]. Pour cela,
il serait indispensable que toute recherche effectuée en ostéopathie
comporte au moins le résumé en anglais. En comparaison, dans le domaine
médical, le nombre d’articles publiés
augmente de 8’142 articles chaque année depuis 30 ans. En 2000, 468’191
articles ont vu le jour dont 90% étaient en anglais (59% en 1970)
[8]. Durant le siècle passé, l’anglais est
progressivement devenu la langue de référence des publications au
détriment des langues locales [8-11]. Le
fait d’exclure les études qui ne sont pas en anglais des revues de la
littérature influencerait peu les résultats sauf dans les médecines
complémentaires [12]. Ceci relève donc
l’importance actuelle de tenir compte de l’ensemble des études, toutes
langues confondues, en ostéopathie lorsqu’on réalise une revue de la
littérature.
L’absence de preuve n’est pas
la preuve de l’absence. Le manque de ressources humaine et financière ne
nous permet pas actuellement de répondre aux préoccupations de la santé
publique. En sachant qu’actuellement l’industrie investit en moyenne 1.2
milliards de dollars pour développer un produit
biotechnologique [13], on comprend
facilement le déséquilibre entre le nombre et la qualité des études dans
ces domaines comparé à ceux des domaines sans exploitation commerciale
possible. Il est donc aujourd’hui raisonnable et justifié que nous
manquons d’évidence. Il est également probable qu’avec des ressources
similaires à ceux utilisées pour développer un seul produit
biotechnologique, l’ostéopathie pourrait facilement se développer et
donner les évidences nécessaires pour être reconnue dans le domaine
médical. |