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Les ostéopathes ont engagé depuis de
nombreuses années un combat pour la reconnaissance de leur profession et
de la médecine ostéopathique. La profession, grâce à la loi du 4 mars
2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de
santé, est maintenant reconnue. Il nous reste à faire admettre la
médecine ostéopathique.
Deux
tendances coexistent dans le monde ostéopathique :
-
Ceux qui veulent une reconnaissance de
la médecine ostéopathique sur des bases scientifiques, c'est-à-dire
soumettre l’ostéopathie, ses concepts, ses techniques et sa
méthodologie aux méthodes scientifiques vers lesquelles la médecine se
dirige à savoir « la médecine fondée sur des preuves ». Pour
les tenants de cette conception, l’ostéopathie doit faire appel à la
science et seules les conceptions ostéopathiques dont les bases
scientifiques ont été démontrées doivent être enseignées et
pratiquées. Ce qui ne l’est pas doit être abandonné et notamment
l’ostéopathie dite crânienne, l’ostéopathie viscérale qui, à ce jour,
n’ont pas montré ni démontré leur efficacité.
-
Ceux qui conçoivent l’ostéopathie « autrement »
. Ceux-là pratiquent l’ostéopathie dans le champ crânien (l’ostéo
crânienne ou thérapie crânio-sacrée), l’ostéopathie viscérale,
l’ostéopathie émotionnelle, l’ostéopathie tissulaire… Ceux-là savent
qu’aucune preuve scientifique, telle que l’entend la science
actuellement, n’est possible parce que leur science est une science de
l’Être, de la Conscience, qui nécessite de la part du thérapeute une
Présence, une Attention et une Intention particulière et que vouloir
prouver une action sur la Conscience, sur l’Être relève de la
quadrature du cercle.
Ces deux conceptions s’opposent parfois,
les premiers traitant les seconds de charlatans, de gourous, de fous
dangereux, etc. n’admettant pas les conceptions des seconds qu’ils
traitent de pseudo-science. Ces derniers, où l’on rencontre
parfois des dérives surprenantes n’ayant plus rien à voir avec
l’ostéopathie, se retranchent dans leur silence, incompris, parfois
hautains, la plupart du temps persuadés du bien-fondé de leur approche.
Malheureusement, il faut bien reconnaître que toutes les études qui ont
été entreprises, aussi bien aux USA que dans d’autres pays, avant 1999,
concernant l’ostéopathie dans le champ crânien, que ce soit par Viola
Frymann, John Upledger ou d’autres moins célèbres, aussi intéressantes
soient-elles, n’ont aucune, je dis bien aucune valeur scientifique.
Il faut lire le rapport du
British Columbia Office of Health Technology Assessment
pour en être, hélas, convaincu :
« Ce compte-rendu
méthodique a montré qu’il n’y a pas assez de preuves scientifiques pour
recommander la thérapie crânio-sacrée à des patients, des praticiens ou
à des tiers pour toute condition clinique »
Comment donc sortir de l’impasse
actuelle ?
Car il existe bien des solutions :
-
Faut-il évaluer nos pratiques ?
Il faut forger nos propres outils d’évaluation et non pas se soumettre
aux critères médicaux classiques. D’autres techniques que
l’ostéopathie crânio-sacrée ont rencontré ce problème et l’ont résolu
à leur avantage :
« De
nombreux systèmes de mesures validées à partir de divers résultats sur
la santé existent pour constater les « résultats positifs sur
patients ». Des systèmes de médecine complémentaire complexes peuvent
être étudiés comme « gestalts » (intégration du tout) dans le but
d’évaluer de l’intérieur un cadre d’intervention ou d’essais. Les
affirmations que les méthodes scientifiques actuellement disponibles
ne conviennent pas pour évaluer les thérapies catégorisées à tour de
rôle comme « non-traditionnelles », « alternatives » ou
« complémentaires » ne sont pas valides »
-
Faut-il évaluer notre philosophie, nos conceptions ?
Réfléchissons à nos concepts de base en regard de tout ce que
nous apporte actuellement la recherche : la plupart des assertions
contenues dans l’explication du Mécanisme Respiratoire Primaire sont
erronées. Revoyons de fond en comble notre philosophie, non pas pour
abandonner nos principes, mais pour les évaluer, les clarifier, les
expliciter, leur donner vie à la lumière de la Conscience, de l’Être.
-
Faut-il évaluer notre méthodologie ?
Créons notre propre nomenclature des actes ostéopathiques : les actes
utiles au sens d’un service ostéopathiquement reconnu. Evaluons nos
pratiques actuelles. Créons le bilan ostéopathique pour nous permettre
d’effectuer le diagnostic ostéopathique.
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Faut-il évaluer les praticiens ostéopathes actuels ?
Créons un organisme de Formation Ostéopathique Continue (FOC) qui
permettra à tous les ostéopathes qui pratiquent actuellement de
vérifier leur connaissance par leurs pairs et de se mettre à niveau
pour certains. Car la reconnaissance des ostéopathes amènera
nécessairement ces derniers à s’auto-évaluer. Et que nous devons
nous-même nous préparer à ces nouvelles pratiques. Rappelons ce qu’a
dit M. Alain Coulomb, directeur général de l'ANAES au sujet de
l'auto-évaluation des médecins (ce qui peut être valable également
pour les ostéopathes) : "ils (les médecins) mesureront leur niveau de
performance médicale en se posant trois questions. Connaissent-ils et
utilisent-ils les recommandations de pratique clinique de leur
spécialité? Évaluent-ils leurs pratiques professionnelles?
Utilisent-ils des indicateurs permettant de s'assurer de la qualité du
service médical rendu? Ces indicateurs n'existent pas encore,
j'attends des médecins qu'ils s'impliquent pour les définir"...
interview de A. Coulomb dans le Quotidien du médecin.
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Faut-il évaluer le rôle et la place des ostéopathes dans la société ?
Il s’agit de définir le rôle des ostéopathes dans la prévention des
maladies et la place de l'ostéopathie dans les entreprises. Cela
ne pourra se faire que si :
-
La
formation des ostéopathes
est digne du rôle qu’ils veulent avoir : devront-ils continuer leur
formation dans des établissements privés, indépendamment des autres
professions de santé ou doivent-ils intégrer le plus rapidement
possible la première année commune à toutes les professions de santé
qui va être mise en place dans les deux ou trois années à venir ?
-
Le
corps enseignant ostéopathique
est de niveau universitaire. Il est indispensable que le corps
enseignant des collèges et écoles ostéopathiques soient lui-même
former dans un cadre universitaire.
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Un
numerus clausus est instauré
par la définition des règles et critères déontologiques
d’installation et de quota nécessaire : combien faut-il former
d’ostéopathes pour que toute la population puisse avoir recours à
l’ostéopathie ? Combien doit-il y avoir d’ostéopathes dans la
population pour remplir ce rôle ? Quel nombre de population faut-il
pour la création d’un cabinet d’ostéopathe ? 30 000 personnes ?
plus ? moins ?
Face au défi scientifique posé à
l’ostéopathie, il est indispensable que l’ensemble de la profession se
mobilise : le challenge est important et il en va de notre survie
professionnelle. Il n’est plus question, dans cette affaire, de
corporatisme mais bel et bien de notre avenir : il faut mettre nos
divergences de côté et nous réunir autour d’une structure. Celle-ci
existe déjà. ? C’est l’Académie
d’Ostéopathie. Elle seule a la
possibilité de mobiliser les professionnels ; elle seule a l’autorité
suffisante pour envisager les études nécessaires à la profession ; elle
seule est loin des remous actuels et des corporatismes ostéopathiques.
Comprendra-t-elle l’appel ? Saura-t-elle relever le défi qui se pose à
la profession ?
L’avenir seul nous le dira. Il en va de
l’ostéopathie, tout simplement.
Jean-Louis BOUTIN |