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Naissance & Ostéopathie

Revue Énergie Santé n° 41

La naissance du point de vue de l'ostéopathe

par Pierre Tricot, ostéopathe DO MRO (F)
http://perso.wanadoo.fr/pierre.tricot/index.htm

Article paru dans la revue Revue Énergie Santé, n° 41 Été 1998

La naissance constitue souvent pour un être humain la première épreuve de sa vie. Nous sommes tous émerveillés par la venue au monde d'un petit d'homme. Pourtant, bien peu de gens connaissent son mécanisme ni les difficultés pouvant résulter d'une naissance difficile. Cet article évoque cet événement du point de vue de l'ostéopathe, montre combien cet événement peut avoir de conséquences pour la vie d'un enfant, et comment l'ostéopathie peut apporter une aide non négligeable.  

 
  • Le crâne de l'enfant à la naissance

     À ce moment de son développement, le crâne de l'enfant n'est pas ossifié. Le système nerveux central est contenu dans le sac membraneux constitué par les méninges qui assure une certaine solidité et protection pour le cerveau. Les os du crâne sont constitués de noyaux d'ossification et ils évoluent un peu comme des plaques non soudées entre elles et tenues par ce sac membraneux méningé.
      Cet agencement confère au crâne une grande souplesse lui permettant de se déformer et de s'accommoder au modelage subi lors de la naissance, mais si les contraintes mécaniques dépassent le seuil de solidité de l'ensemble membraneux, rien empêche des déformations importantes et parfois irréversibles, de se produire.
 

Figure 1: le crâne de l'enfant à la naissance

Les os du crâne sont constitués de deux parties essentielles, les os de la voûte et ceux de la base du crâne. Les os de la base sont formés d'os cartilagineux, très dense et solide ; ceux de la voûte, au contraire, sont constitués d'os membraneux, plus fins et se présentent comme des plaques séparées les unes des autres par de la membrane. Dans les premiers mois de la vie, la membrane séparant ces plaques osseuses peut être ressentie sous les doigts comme une zone beaucoup plus souple et plus enfoncée. À certains endroits du crâne, ces zones sont appelées fontanelles (voir fig. 1).  
La région de la base du crâne doit retenir plus particulièrement notre attention. Le crâne, au moment de la naissance, est retenu par le col de l'utérus de la mère qui se dilate. La base du crâne reçoit la poussée des forces de travail de l'utérus appliquée sur le corps de l'enfant. Or, à ce niveau, les forces sont transmises sur deux petits points, les articulations de la première vertèbre cervicale avec l'occiput (fig. 2).  
Il convient donc de regarder plus en détails comment est constitué l'occiput au moment de la naissance.

Figure 2 : contraintes mécaniques à la naissance

Figure 3 : l'os occipital à la naissance

À ce moment du développement normal de l'enfant, l'occipital est constitué de quatre parties, -les noyaux d'ossification, réunis entre eux par de la membrane. Ces quatre parties sont l'apophyse basilaire, les deux parties condylaires et l'écaille de l'occipital. II est à noter que ces quatre parties créent le pourtour du trou occipital, orifice servant de passage à la moelle épinière, au sortir du crâne, vers la colonne vertébrale (fig. 3).  
      Les deux parties condylaires, constituant la partie latérale du trou occipital, sont ainsi nommées parce qu'elles portent les condyles de l'occipital, articulations avec la première vertèbre cervicale. Notons encore qu'à proximité de ces noyaux d'ossification, passent des structures nerveuses pouvant être comprimées par la déformation de l'os lors d'une naissance traumatisante.  

      Au centre, la moelle épinière passe dans le trou occipital. De chaque côté des parties condylaires, au niveau de leur partie postérieure, se trouve un orifice ménagé entre la partie condylaire et l’os temporal, le trou déchiré postérieur. Par cet orifice passent trois nerfs crâniens très importants, le nerf glosso-pharyngien IX ème  nerf crânien), contrôlant une partie de la phonation et de la déglutition, le pneumogastrique (Xème nerf crânien), constituant 90 % du système parasympathique et participant au contrôle du fonctionnement des systèmes cardiaque, respiratoire et digestif; enfin, le spinal (XIème nerf crânien), contrôlant une partie de la musculature de la nuque et des épaules (fig. 3). D'autres nerfs, passant plus en avant, au niveau de l'apophyse basilaire (articulation de l'occiput et du sphénoïde) peuvent, eux aussi, se trouver lésés lors de traumatismes importants, si l'articulation sphéno-basilaire est anormalement contrainte. Il s'agit des nerfs moteurs de l’œil. L'atteinte de l'un de ces nerfs peut déterminer l’apparition d'un strabisme.
      Dernière remarque, enfin. Le trou déchiré postérieur sert de plissage à des structures vasculaires veineuses. Par ces structures, passe 95 % du sang veineux issu du crâne, ce qui correspond à l’essentiel du drainage veineux crânien. Nous savons combien les flux de circulation sont importants pour la vie des tissus et en particulier du tissu nerveux, capital pour le développement psychomoteur de l'enfant. Nous pouvons donc déduire facilement que l'intégrité des structures de la base du crâne est indispensable à la bonne vie et le bon développement du système nerveux central.  


  • Le mécanisme de la naissance
Analysons brièvement ce qui se passe pour le crâne de l'enfant au moment où il descend dans le bassin de la mère et rencontre la barrière du col de l'utérus.

Figure 5 : la présentation de l'enfant

Le crâne de l'enfant, cherchant le plus grand diamètre possible pour passer plus facilement, descend, la tête de l'enfant parallèle à la face antérieure du bassin (fig. 4). À ce moment déjà, le crâne peut se trouver gêné et modelé par la proéminence du sacrum ou du pubis de la mère (fig. 5).
Le crâne, poussé par les contractions utérines, continue à descendre et tourne pour présenter la partie postérieure face au col de l'utérus (il s'agit ici d'une naissance normale). II rencontre toujours la résistance du col de l'utérus et les forces qui s’exercent à ce moment sur la base du crâne  peuvent être considérables. Cette rotation de la tête de l'enfant sous forte pression produit, dans les tissus, une empreinte mécanique qui restera perceptible.
Puis, le travail se continuant, le col de l'utérus s'ouvre et peut laisser passer la tête de l'enfant pour son dégagement (fig. 5 et 6) .
Les contraintes mécaniques subies par le crâne de l'enfant ne sont pas forcément préjudiciables, notamment si l'accouchement n'est pas trop long, les contractions et la résistance des tissus de la mère pas trop forts. Il assure, dans ce cas, un modelage du crâne de l'enfant, qui peut tout à fait supporter cela, sans préjudices.
Figure 6 : naissance normale, période de dégagement

Les ostéopathes ont même mis l'accent sur l'importance de ce modelage du crâne de l'enfant pour la mise en route des mouvements du système crânien. Ils ont découvert cela en analysant les mouvements crâniens d'enfants nés normalement et en les comparant à ceux d'enfants nés par césarienne. Ils ont ainsi mis en évidence que le mouvement du crâne de l'enfant né par césarienne n'est pas similaire. Il est moins ample, moins marqué, parfois mal défini au niveau des os du crâne. Le crâne non modelé par la naissance présente donc aussi des anomalies de fonctionnement qui ont un retentissement sur la physiologie de l'organisme de l'enfant. Voilà qui va à l'encontre de l'idée de faire naître tous les enfants par césarienne pour leur éviter des difficultés crâniennes.  

  • Qu'est-ce que la naissance normale ?

      Bien que cela paraisse simpliste, on pourrait dire qu'une naissance normale est une naissance s'effectuant sans traumatisme ni pour l'enfant ni pour la mère.
      La naissance est un processus normal de la vie et il ne faut pas la considérer comme un événement automatiquement source de problèmes. En ce sens, la médicalisation systématique de l'accouchement, même si elle a des effets bénéfiques en cas d'apparition de difficultés, a conduit à classer le processus de la naissance dans le domaine du pathologique, ce qui est totalement faux.
      On peut même affirmer que la médicalisation de l’accouchement et les pratiques illogiques auxquelles elle aboutit est, sans doute en elle-même, source de difficultés qui n'apparaîtraient pas si on laissait les processus normaux s'exprimer spontanément. Il en est ainsi de procédés tels que la péridurale, le déclenchement systématique d'un accouchement à un moment décidé par l'accoucheur, ou l'injection de produits destinés à arrêter un travail commencé, parce que l'accoucheur n'est pas prêt... C'est en analysant les éléments en présence que nous pourrons évaluer les conditions optima d'un accouchement.

  • Les éléments mécaniques

Ils ont été déjà décrits brièvement. Il s'agit du crâne de l'enfant et du bassin de la mère. Les meilleures conditions sont réunies lorsque l'enfant est à terme, car le développement du crâne est alors optimum, offrant le meilleur compromis souplesse/solidité. - L'enfant ne doit pas être trop gros, car cela aggrave le conflit entre le crâne et le bassin de la mère.

Figure 7 : Le crâne de l'enfant bute sur le bassin étroit

  • Le bassin de la mère doit être équilibré, sans blocage au niveau des articulations essentielles telles que les sacro-iliaques ou le pubis. Ces blocages introduisent des zones dures qui ne permettent pas au bassin de s'adapter aux contraintes mécaniques du moment. La souplesse des tissus mous est également importante, afin qu'ils n'offrent pas de résistance trop grande (fig. 7).

  • L'inertie des tissus est un des éléments les plus importants sur le plan mécanique, au moment de la naissance. On peut exprimer cela en disant que les tissus du corps peuvent accepter de grandes contraintes mécaniques, mais ont besoin de temps pour le faire. Nous pouvons mieux comprendre l'inertie en prenant l'exemple d'un bateau au repos, sur l'eau, que l'on désire faire avancer, en disposant pour cela d'une certaine quantité d'énergie. Nous pouvons diluer, transmettre cette énergie de deux manières :

    • la première consiste â la transmettre dans un temps très court, ce qui donnera une force intense mais brève. Le bateau avancera peu, car son temps d'inertie dans l'eau n'étant pas respecté, il se comportera comme un ensemble fixe, la plus grande partie de l'énergie transmise sera renvoyée et l'opérateur se fera mal!

    • la seconde consiste à diluer l'énergie dans un temps long. La force sera peu intense, mais persistante. Le bateau avancera docilement.

    Nous avons tous expérimenté qu'il est plus difficile de déplacer la main lorsqu'elle est plongée dans l'eau. Si nous plongeons notre main dans la baignoire et essayons de la déplacer rapidement, nous constaterons que la résistance au déplacement dans l'eau est beaucoup plus importante. La résistance qu'offre l'eau au mouvement de la main est le témoignage de ce temps d'inertie plus long dans l'eau.
    Le corps humain est un milieu hydrique. Les tissus du corps sont constitués d'au moins 65 % d'eau. Leur temps de réponse face à une sollicitation extérieure est relativement long. Ils présentent une grande inertie au mouvement.
    Le temps d'inertie dépend également des structures que l'on considère. Ainsi, l'os est nettement plus dense que le muscle, et demandera donc, pour se déformer, beaucoup plus de temps.
    Au moment de l'accouchement, le même type de situation se présente. L'enfant doit créer son passage à travers des tissus qui résistent à son avancement. L'idéal correspond à des forces de poussée assez intenses pour faire progresser l'enfant mais laissant le temps aux tissus du bassin maternel et du crâne de l'enfant de s'adapter aux déformations.
    l,a préparation de l'accouchement, durant la grossesse, tant sur le plan psychologique que sur le plan mécanique, a une grande importance. C'est en effet à ce moment que l'organisme de la mère peut être préparé pour lever les tensions et barrières mécaniques essentielles.

  • La présentation de l'enfant est également très importante, car elle conditionne le déroulement mécanique facile ou non des différentes phases de l'accouchement.
    Certaines présentations sont systématiquement sources de difficultés. Il s'agit là, bien sûr, de problèmes techniques et nous ne pouvons que les évoquer, sans les décrire.

  • L'utilisation de forceps, ventouses et autres appareillages, bien que pouvant se révéler indispensable, peut contribuer à créer ou aggraver des déformations crâniennes chez l'enfant (fig. 8).

Figure 8 : L'utilisation des forceps


Nous remercions Pierre Tricot pour cet article

Reproduit avec l'autorisation de la rédaction de la revue Énergie Santé


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