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L'ostéopathie structurelle


L'OSTÉOPATHIE STRUCTURELLE

Article de F. RICARD publié dans la revue OSTÉOPATHIE en 1986.


SOMMAIRE


INTRODUCTION

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L'ostéopathie de A. T. STILL était une ostéopathie structurelle, elle utilisait les THRUSTS : la notion de "techniques fonctionnelles" est récente.

Dans la plupart des autres pays (sauf quelques exceptions) l'ostéopathie est essentiellement structurelle.

Les techniques ostéopathiques structurelles et chiropratiques sont assez semblables car D.D PALMER a probablement été l'élève de STILL. La différence entre un ostéopathe et un chiropracteur réside surtout dans le fait que l'ostéopathe prend en compte les tissus mous (muscles, ligaments, fascias et viscères) et le crâne. A part ce fait, il existe actuellement une grande similitude entre ces deux disciplines car la chiropraxie a beaucoup évolué ces vingt dernières années.

Les techniques avec THRUST lorsqu'il est possible de les utiliser, sont les plus efficaces ; elles donnent les résultats les plus rapides, et elles sont sans danger si on les pratique correctement : Le thrust est une arme fantastique aussi bien dans les pathologies aiguës que dans les pathologies chroniques, son utilisation rend le plus souvent les anti-inflammatoires inutiles (il est possible de manipuler une hernie discale lorsque l'on sait comment le faire).

Les techniques structurelles sont plus difficiles à réaliser que les techniques fonctionnelles parce qu'elles sont plus ardues à apprendre et plus longues à maîtriser : la technique doit être douce, indolore, précise et spécifique.

Si l'ostéopathie en Grande-Bretagne, en Australie et dans d'autres pays du monde est STRUCTURELLE ce n'est pas sans raison, ce que confirme l'importance prise par la profession de chiropractor dans certains pays.

L'ostéopathie doit être démystifiée, elle est basée sur l'anatomie, la physiopathologie et la sémiologie : un diagnostic ostéopathique simple, doit déboucher sur un acte ostéopathique simple dont on peut mesurer exactement et immédiatement la valeur thérapeutique, c'est à dire l'amélioration clinique présentée par le patient.


LA DYSFONCTION SOMATIQUE 

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La dysfonction somatique vertébrale correspond à une disparité tridimensionnelle de mobilité d'un élément conjonctif quel qu'il soit. Elle se caractérise par une RESTRICTION de mobilité souvent douloureuse dans un ou plusieurs des paramètres physiologiques de mouvements.

Elle est en relation avec deux types de propriocepteurs :

  • · les RÉCEPTEURS SENSITIFS CAPSULO-LIGAMENTAIRES.
  • · les FUSEAUX NEUROMUSCULAIRES.

Elle est également en relation avec les centres médullaires.

RÔLES DES PROPRIOCEPTEURS

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A – RÔLE DES PROPRIOCEPTEURS CAPSULO-LIGAMENTAIRES

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Tout mouvement intempestif ou bien mal contrôlé peut étirer de façon anormale le système capsulo-ligamentaire et être à l'origine :

  • · de douleurs.
  • · d'une désorganisation du système nerveux central.
  • · de troubles trophiques d'origine neuro-vasculaire (sympathique) dans le même métamère.
  • · de spasmes musculaires car les excitations nociceptives augmentent la décharge des motoneurones gamma dans le métamère.

B – RÔLE DES FUSEAUX NEUROMUSCULAIRES

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Physiologiquement, les fibres musculaires extra et intra-fusales se contractent en parallèle : en cas de dysfonction somatique les fibres intra-fusales restent contractées alors que les fibres extrafusales sont dans un état de détente relative, ce qui empêche la relaxation des fuseaux neuromusculaires.

Dans le segment en lésion, l'activité gamma est excessive sur un muscle ou bien sur un groupe de muscles parce que les motoneurones gamma déchargent en permanence et gardent les fibres intra-fusales dans un état de raccourcissement chronique.

  • le MYOTOME: chaînes lésionnelles neuromusculaires par installation d'un schéma agonistes-antagonistes de type HYPERTONIE - HYPOTONIE musculaire se rapportant aux zones de FIXATION ARTICULAIRE (HYPOMOBILITÉ) et d'HYPERMOBILITÉ COMPENSATRICE, source de symptômes.
    REMARQUE: Les zones de fixations articulaires sont mieux traitées par les techniques avec thrust alors que les zones d'hypermobilité sont à traiter par des techniques fonctionnelles .
  • le DERMATOME : douleurs cutanées, dermalgies réflexes.
  • le SCLEROTOME : douleurs ligamentaires ou douleurs périostées.
  • L'ENTEROTOME : dysfonctions neurovégétatives viscérales.

Il existe donc une NOTION DE DYSFONCTION NEUROLOGIQUE OSTÉOPATHIQUE MAJEURE qui est à traiter en priorité.


C – EXPLICATION NEUROPHYSIOLOGIQUE DE LA FIXATION ARTICULAIRE DANS LE TEMPS AU NIVEAU VERTÉBRAL

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Lors du rapprochement brusque des insertions musculaires, les fuseaux neuromusculaires sont relâchés; aussi, le système nerveux central ne recevant plus d'informations proprioceptives des fuseaux neuromusculaires va augmenter la décharge des motoneurones gamma jusqu'à ce que les fuseaux neuro-musculaires envoient à nouveau des signaux.
La gravité sous l'influence des muscles antagonistes et des centres labyrinthiques tend à redonner sa longueur initiale au muscle stressé, ce qui augmente encore plus la décharge des fuseaux neuromusculaires étirés : ceux-ci vont alors décharger en permanence car ils refuseront de se laisser étirer, ils résistent à tout allongement .
CONCLUSION :

La raison de la fixation dans le temps de la lésion ostéopathique vertébrale est le spasme musculaire, plus particulièrement au niveau des petits muscles mono-articulaires du rachis (transversaire-épineux), puis la fibrose tissulaire s'installe.

La CAPSULE des facettes articulaires postérieures, ainsi que les ligaments qui les renforcent vont tendre à se rétracter, à s'épaissir, car ils ne sont plus sollicités par le mouvement physiologique d'ouverture et fermeture de la facette ++ : seul le thrust peut alors ouvrir la facette articulaire.


LA LÉSION NEUROVASCULAIRE OU "LOI DE L'ARTÈRE'' DE STILL

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Une autre conséquence importante de la dysfonction somatique est la LÉSION CIRCULATOIRE. Pour comprendre cela il est nécessaire de faire quelques rappels anatomo-physiologiques.
  • La moelle épinière, les éléments anatomiques (racine nerveuse entre autre) situés dans le trou de conjugaison sont richement vascularisés par un système artériel et artériolaire soumis à la vasomotricité orthosympathique.
  • Les ligaments et les muscles mono-articulaires également. Le NERF SINUS VERTÉBRAL de LUSCHKA contient des fibres SENSITIVES mais aussi SYMPATHIQUES, il est responsable de l'innervation des éléments suivants :
  • Ligament commun vertébral postérieur.
  • Dure-mère spinale.
  • Partie périphérique du disque inter-vertébral
  • Capsules et articulations inter-apophysaires postérieures.

Ses fibres orthosympathiques font synapses au niveau du ganglion latérovertébral sympathique adjacent et possèdent essentiellement une vocation neuro-vasculaire.


MÉCANISME D'ACTION DES MANIPULATIONS AVEC THRUST

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Les propriocepteurs capsulo-ligamentaires envoient des efférences qui stimulent les ganglions latérovertébraux et les centres médullaires : lorsque les ligaments et les capsules sont étirés par un mouvement du tronc, un message part en direction de la moëlle épinière, qui en retour augmente le débit sanguin local.

La dysfonction somatique vertébrale va donc engendrer une dysfonction neuro-vasculaire par l'intermédiaire :

  • · Des centres médullaires neurovégétatifs.
  • · De l'irritation des filets sympathiques péri-artériels.
  • · De l'absence de stimulation réflexe liée à l'absence de mouvement de la facette articulaire.

Cette dysfonction neuro-vasculaire va provoquer un angio-spasme et une congestion circulatoire locale, ainsi que périphérique dans l'ensemble du métamère.

Il y aura alors perturbation des éléments anatomiques situés dans le même territoire vasculaire (angiotome) et production de douleurs de type ischémique s'accompagnant de modifications tissulaires à long terme.

Lorsque l'on porte un thrust sur une vertèbre on ne cherche en aucun cas à "remettre quelque chose en place" : les objectifs sont triples.

  1. Provoquer un réflexe afférent afin de supprimer l'hypertonie musculaire et l'hyperactivité gamma des muscles mono-articulaires : le thrust a pour principe d'ouvrir la facette articulaire, donc d'étirer la capsule articulaire, ce qui stimule les récepteurs de GOLGI. En retour les centres médullaires vont inhiber le tonus des muscles mono-articulaires, restaurant ainsi la mobilité.
  2. Le thrust agit aussi comme un "régularisateur de la circulation locale", il agit de façon réflexe car il tend à normaliser la facilitation nerveuse et le tonus vasomoteur (effet anti-inflammatoire du thrust)..
  3. Le thrust en supprimant d'une part les adhérences au niveau des facettes articulaires et en libérant les formations méniscoïdes synoviales tend à restaurer le jeu articulaire physiologique car il peut être exercé dans différents paramètres :
  • Compression/traction (possibilités de décoaptation axiale.
  • Flexion/extension (lésion de flexion ou d'extension).
  • Rotation postéro-antérieure (lésion de postériorité) ou antéro-postérieure (lésion d'antériorité).
  • Glissement latéral droit ou gauche (lésion de latéroflexion ou de latéralité).

Il permet donc d'agir de façon spécifique sur n'importe lequel des paramètres lésionnels de la dysfonction somatique.


PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TECHNIQUES STRUCTURELLES AVEC THRUST

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Elles ne doivent en aucun cas être faites hors des limites physiologiques des amplitudes de mouvements : dans les techniques ostéopathique avec thrust, il est possible d'obtenir l'écartement des facettes articulaires dans le milieu des amplitudes articulaires.

Il existe une différence fondamentale entre une technique de thrust réalisée par un ostéopathe et celle réalisée par un autre professionnel de santé. La manipulation effectuée par ce dernier s'effectue avec une mise en tension forcée de l'articulation préalable au thrust, celle-ci est presque faite au-delà des limites physiologiques articulaires, c'est quasiment un acte orthopédique ce qui explique d'ailleurs les réactions douloureuses et l'aggravation des signes cliniques après ce type de manipulation.

La manipulation réalisée par un ostéopathe est douce, l'utilisation des paramètres mineurs de mouvements (compression/traction, glissement antérieur ou postérieur, glissement latéral) permet de construire un bras de levier beaucoup plus efficace dans le milieu des amplitudes articulaires ; ceci minimise les tensions dans les tissus mous adjacents (on utilise en fait les mêmes paramètres que pour une technique fonctionnelle).

L'impératif ostéopathique sera multiple :

  1. Obtenir la position articulaire idéale permettant d'utiliser la force minimum pour la réduction de la lésion.
  2. Obtenir une mise en tension articulaire située au milieu des amplitudes articulaires pour ne risquer en aucun cas d'endommager les structures articulaires et ne pas provoquer de douleurs.
  3. Obtenir un maximum de tension dans l'articulation avec un minimum de tension au niveau des tissus mous afin de ne pas provoquer d'inconfort lors de la mise en tension et de ne pas risquer de réactions douloureuses post-manipulatives (le pire que l'on puisse faire à quelqu'un c'est de lui porter un thrust alors que l'on est sur la barrière motrice).

La technique devient alors indolore et sans réactions secondaires, si l'on respecte es contres indications : elle devient douce pour le patient. Lors d'un thrust le dialogue doit s'instaurer avec les tissus du patient de la même façon que dans une technique fonctionnelle.

La mise en tension réductrice doit respecter les axes de mouvements et les plans articulaires : le thrust doit être bref, de courte amplitude pour ne pas provoquer de traumatisme (il faut d'ailleurs avoir à l'esprit plus la notion de mettre une tension dans l'articulation que l'idée de réaliser un mouvement articulaire) et très rapide pour surprendre les défenses musculaires.


LES TECHNIQUES STRUCTURELLES

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Classiquement, en ostéopathie, on décrit 3 types de techniques : indirectes, semi-directes et directes : ·
  • Indirectes.
  • Directes.
  • Semi-directes.

1. LES TECHNIQUES INDIRECTES

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Dans ce type de technique la mise en tension et le thrust sont réalisés uniquement à l'aide des bras de levier supérieur et inférieur. La réduction du slack (mise en pré-tension) est permise par combinaison des paramètres majeurs de mouvements (flexion/ extension, latéroflexion, contre rotation), mais aussi et surtout par l'utilisation des paramètres mineurs de mouvement (glissements antéro-postérieurs et latéraux, compression/traction)..

2. LES TECHNIQUES DIRECTES

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On utilise une mise en tension réductrice de courte amplitude et de haute vélocité.

On utilise une prise de contact directement sur l'articulation à manipuler. Le slack est réduit uniquement à l'aide des contacts directs sans utilisation de grand bras de levier. Le thrust doit être le plus rapide possible ceci peut être réalisé de 3 façons. 

  •  impulsion 
  •  body drop 
  •  toggle-recoil.

Ce type de thrust possède un haut pouvoir réflexogène, et il est très utile lorsque la torsion est indésirable dans les tissus, ou encore rendue impossible à faire à cause de la douleur ou bien de la dégénérescence des structures anatomiques.

3. LES TECHNIQUES SEMI-DIRECTES

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C'est une combinaison des deux catégories précédentes de techniques. Elles sont plus sélectives que les techniques indirectes et permettent les avantages donnés par l'utilisation des bras de levier. On utilise un contact direct sur l'articulation à libérer, on réduit le slack, puis on organise les bras de levier avec Le thrust est porté par une impulsion directe sur l'articulation associée à une augmentation de la mise en tension par les bras de levier .

 CONCLUSION

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Dans la thérapie ostéopathique on doit utiliser aussi bien les techniques de tissus mous (stretching, muscle energy, strain et counter strain) que les techniques structurelles ou fonctionnelles. Cependant il faut se rappeler que l'ostéopathie est basée sur le diagnostic posé : si l'on est capable de comprendre quel est le tissu endommagé responsable des symptômes, on peut alors utiliser le véhicule thérapeutique approprié, chaque technique ne possède une action spécifique que sur un tissu spécifique.
Le thrust est donc bien la base de notre art.

 F. RICARD 

Article reproduit avec l'autorisation de F. Ricard


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