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Page 3 sur 8 Quand le mental décide du chemin Me voilà jeune médecin, danseur, n’ayant pu m’inscrire au D.U de l’Hôtel Dieu, je débarque à Bobigny dans l’idée d’apprendre les manipulations. La salle préfabriquée est comble, deux ostéopathes belges non-médecins, Duby et Burnotte, présentent avec brio anatomie et biomécanique du bassin, je dois bien l’avouer, je suis un peu largué. Ça va vite. Dans cette salle surpeuplée on entendrait une mouche voler tant nous sommes captivés par le cours. Jamais en médecine je n’avais entendu un tel discours. Voilà une anatomie non pas de l’homme disséqué mais de l’homme vivant ! Après la pose, le plus difficile nous attend, quasi à poil dans le couloir où sont dressées des tables de massage pour l’étape pratique. Ainsi nous nous retrouvons, inconnus deux heures auparavant, en tenue minimum, dans un lieu incongru par lequel défile la faculté, à nous toucher l’un l’autre au-delà de la peau, des maigreurs, des rondeurs et bizarreries de chacun et chacune, pour sentir le mouvement, de quoi ? De la sacro-iliaque ! et ce avec attention, douceur et précision. Un certain malaise s’installe pour au final atteindre son paroxysme : je le sais, la sacro-iliaque ne bouge pas, et il est hors de question de la sentir bouger. Il me faudrait sentir une anatomie dont je ne sais exactement ce qu’elle est, où elle est, et comment elle fonctionne. Comment être sûr de ce que je sens, tout cela ne procède-t-il pas d’une grande arnaque, celle de l’autosuggestion ? Peut-être est-il plus simple de ne rien sentir, toujours est-il que je ne sens rien. Cela prendra bien du temps avant de lâcher prise pour sentir l’impossible : la sacro-iliaque bouger. Quand il sera l’heure d’apprendre le viscéral ou le crânien, les mêmes certitudes auront les mêmes effets. Le mental décidera des possibles du senti. C’est contre des idées préconçues, acquises pour certaines pendant mes études médicales, pour d’autres d’ordre philosophique, culturel ou religieux que j’allais devoir me battre pour ouvrir les portes des perceptions tactiles. Nous ne sommes pas libres dans nos expériences mais le plus souvent soumis à l’étroitesse des informations stockées en notre cerveau, notre mental décide des possibles et du chemin de nos mains.
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