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Page 4 sur 8 Les mains Dans l’apprentissage, mes mains furent agissantes, au début armées de doigts crochus qui appuient toujours trop, pour être sûres d’être au bon endroit, sur le bon relief, à la bonne profondeur, à développer trop de force pour mobiliser les articulations dans des amplitudes trop grandes, imperméables aux réactions de défense, au malaise, à la douleur engendrée ou réveillée chez la personne touchée. Des mains agissantes, toujours trop. Puis ces mains devinrent celles d’un artisan habile, mais restèrent dans l’action, persuadées que de leur activité dépendaient diagnostic et traitement, à contraindre, à induire, étirer, décorder, thruster.. Pourtant dans l’acte fondateur de l’ostéopathie ce jour de l’année 1874 où Still dans une rue de Macon rencontre avec un ami une femme et ses trois enfants, souffrant de dysenterie, il n’est guère question de mains agissantes. Still pris de compassion, prend l’enfant le plus malade dans ses bras. Il est aussitôt frappé par l’inégalité de distribution de la chaleur et de la « vitalité » qui existait entre le dos de l’enfant et son ventre, alors il dirige et balance « l’énergie » entre ses mains des zones chaudes vers les zones froides. Peu d’action : ici les mains sont émettrices. Quand Rollin Becker parle des tissus qui commencent à bouger dans la direction qu’ils choisissent, quelle qu’elle soit; des tissus qui partent, repartent, en avant, en arrière, en profondeur, et des mains qui les suivent, la place attribuée à la main change, son rôle aussi et avec eux comme à chaque fois, comme pour les mains agissantes ou émettrices, change l’idée que l’on se fait de l’acte ostéopathique, de la physiologie humaine, de la maladie. Ici les mains sont réceptrices, elles écoutent. Quant Pierre Tricot part de l’idée que la structure tissulaire du patient est faite de consciences, il lui devient logique de s’adresser à elle comme à des consciences, c’est-à-dire de tenter de leur parler, et la main devient interface, ouvert sur un dialogue silencieux entre touchant et touché. On pourrait parler ici de main interrogatrice. Mais n’existerait-il pas une main idéale, une main neutre qui laisserait toute la place à l’expression du touché dans toutes ses dimensions, physique, émotionnelle et mentale, une main qui au-delà des principes de la physique moderne, interfèrerait le moins possible avec l’objet de ses observations ? Une main neutre à la rencontre du plus intime de l’être. Tout laisse à penser que Still, Sutherland, les grands maîtres de l’ostéopathie ont cette diversité du toucher à leur disposition. En ce qui nous concerne, quelle est notre main d’ostéopathe ? Au fil d’une journée de travail, d’un patient à l’autre, selon notre humeur, celle du patient, utilisons-nous toutes les palettes du toucher, passons-nous d’une main active à émettrice, réceptrice, interrogative ou neutre ? Ou restons-nous égal à nous même ancrés dans une même pratique, dans une consultation calibrée, univoque plus propice à l’évaluation ?
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