|
Page 2 sur 2 Ces kinés qui font parler d'eux Jacques Lapoumeroulie  Philippe Goethals : Tu es masseur kinésithérapeute diplômé d'état depuis 1975. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Jacques Lapoumeroulie, MKDE et Ostéopathe DO : Dans une période de ma jeunesse plutôt turbulente ... la brutale hémiplégie qui a frappé ma maman, en pleine force de l'âge (39 ans) m'a fait découvrir la kinésithérapie. Ce dramatique événement a été un détonateur, la bouée qui m'a aidé à me sortir de la « merde » où je m'étais mis, et qui m'a aidé à me construire. « Il faut croire en l'Homme » dixit Jean Mourgues. Depuis, j'essaie toujours de redonner à cette profession ce qu'elle m'a apporté. Cela ne s'est pas fait sans difficultés, il m'a fallu patienter pour postuler à une place à l'école de LIMOGES, au motif que mes parents n'avaient pas les ressources financières nécessaires pour honorer le montant des études. L'obtention d'une place de « pion » m'a permis d'honorer les frais ; cette sélection par l'argent m'est toujours restée en travers de la gorge, mais a été une source de motivation supplémentaire pour devenir un étudiant modèle. Trente trois ans après, la question de l'accès aux études pour tous reste posée, et est toujours pour moi un engagement dans la Cité. P.G. : Tu as ensuite poursuivi ta formation avec l'obtention du diplôme d'ostéopathe ? J.L. : Installé rapidement en libéral dans une zone rurale où les coutumes, dogmes, croyances, et autres jeteurs de sorts étaient d'actualité, les rebouteux m'ont fait découvrir des techniques manuelles (ne souriez pas, les marabouts officient maintenant dans les villes, dans une société où le « scientisme » montre ses limites, les croyances perdurent). La formation « empirique » de Françoise Mézieres m'a éveillé au concept de globalité du corps, et m'a amené rapidement vers l'ostéopathie ; pratique qui nous permettait de postuler à une plus grande autonomie décisionnelle devant le patient. C'est à ce moment-là qu'une grande partie des décideurs de notre profession n'a pas saisi le virage important qu'il fallait prendre en abandonnant le terme de thérapie manuelle au profit de celui d'ostéopathie. J'ai toujours pensé que le M-K était le mieux armé pour postuler à l'exercice de l'ostéopathie, cela grâce à notre savoir pratique, mais qu'il était nécessaire de compléter nos connaissances en sciences médicales et humaines afin de parfaire, dans l'intérêt de la santé publique, notre capacité à postuler, à exercer en première intention. Nous venons de l'obtenir avec les compétences liées à ce titre; encore un effort et nous pourrons prétendre au titre de « medicus » qui, dans son étymologie ancienne, signifie médecin de la main. P.G. : Tu as fondé l'Ecole d'Osthéopathie de l'ONREK, dont tu as été le directeur. Que retiens-tu de cette expérience ? J.L. : Fantastique expérience que ce pari avec mon compère Y. Carroy et notre équipe, à une période où les fourches caudines de nos amis médecins ne nous faisaient aucun cadeau. Nous avons construit pierre par pierre, avec une incroyable volonté cette école, ayant toujours le souci d'optimiser l'enseignement et le devoir de respecter notre profession et de guider nos confrères qui nous faisaient confiance. Nous avons toujours eu conscience de nos limites, et nous nous sommes vite entourés de femmes et d'hommes, dont les compétences dans les domaines nécessaires pour cette formation étaient indispensables. Aujourd’hui les modalités des études pour obtenir le titre d’ostéopathe en tant que MK sont loin de nous convenir, nous souhaitons réfléchir à la mise en place d’un master d’”universitarisation” en ostéopathie. P.G. : Quel message adresserais-tu à la jeune génération de kinés ? J.L. : Avoir toujours envie d'optimiser notre profession, de la tirer vers le haut. Si nous avons des droits, nous avons aussi des devoirs envers elle. Notre génération a aidé à construire les fondements, à eux de continuer l'édification du bâtiment en affirmant la création d'une discipline propre, s'appuyant sur des éléments de sciences dites « dures » et celles dites « molles ». Il faut donner la possibilité à ceux qui le souhaitent d'aller vers un niveau de « physiotherapist » de Master 2 dans l'optique du LMD, masters de spécialités, masters de recherche etc., et se doter de véritables enseignants de niveau universitaire, tout en laissant une sortie professionnalisante pour ceux qui le désirent. Je leur dirais également de ne pas se faire piéger par l'apport… matériel de l'exercice libéral, qui « aveugle » et limite le goût de l'effort intellectuel, mécanisant l'individu, et limitant sa réflexion. P.G. : Que penses-tu du massage bien-être ? J.L. : Oui, mais avec une spécificité professionnelle, la tête, les mains et le cadre s'y attachant ! Non, au milieu d'un plateau technique de rééducation, d'appareils d'électrothérapie… il faut faire le choix d'être le plus professionnel possible afin d'optimiser le service. P.G. : Depuis que tu es élu à l'Ordre, l'organisation de tes activités a-t-elle changé ? J.L. : Comme d'habitude, il a fallu s'adapter, avec force et vigueur, tout heureux d'avoir l'honneur de servir, et de faire partie des bâtisseurs ; le travail ne manque pas, mais quel bonheur de collaborer avec des « personnalités » qui ont une expérience, et d'autres qui en ont la jeunesse et toutes les compétences s'y attachant, tous ont des qualités humaines exemplaires. Il m'a fallu faire des choix, j'ai donc abandonné un mandat électoral et la présidence d'un club de rugby. P.G. : En dehors de ton métier d'ostéopathe, quelles sont tes passions ? J.L. : « Le référentiel aléatoire bondissant » en est toujours un, j'ai toujours plaisir à aller partager les sensations que délivre ce sport qui nécessite abnégation et lumière, humilité et force, volonté et créativité, où « les joueurs et les déménageurs de piano » communient, et où la fraternité et la solidarité ont un sens ; ces qualités ne sont-elles pas nécessaires à l'exercice de notre profession ? L'autre, dans le domaine du possible, concerne les voyages, à la découverte de notre magnifique planète, et à celle de « l'autre », de cet étrange bipède, capable du …pire et du meilleur sur l'une et l'autre. P.G. : Quelle question aurais-tu aimé que l'on te pose ? J.L. : Je souhaiterais que l'on arrête de différencier la santé et le bien-être, comme si le bien-être était une addiction réservée à certains…. P.G. : Pourquoi faut-il se rendre au salon Mondial Rééducation Equip'Salles ? J.L. : Merci à toi Philippe de contribuer à donner cette image de professionnel sur un pan de notre activité ; ce salon est vraiment l'incontournable
|