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Praticien ou chercheur ?
Publié par JL Boutin, Webmestre   
31-05-2008
Index de l'article
Praticien ou chercheur ?
Résumé
Bibliographie

Ostéopathe : Praticien ou chercheur ?

Pour la création d’un corps de chercheur en ostéopathie : évaluer les compétences

Jean-François MARCHAND, Ostéopathe D.O.M.R.O.F

Tout semble les opposer et presque tout le monde accepte l’évidence : quelque soit la profession, un praticien ne peut être en même temps un chercheur sur sa propre pratique, et un chercheur sur une profession ne peut être un praticien de cette profession (pourquoi : peut-être à développer ?).

Cette démarche est dite opposée : pragmatique contre théorique, ou conduire une action et développer une pensée (en méthodologie).

Les contrastes et dilemmes qui émergent de ces interactions reviennent à poser la question identitaire du chercheur en ostéopathie. Mener une recherche, c’est accepter d’entrer dans un processus de création du savoir quantitatif ou qualitatif d’après des normes scientifiques. On peut distinguer selon Marc HEENS (Heens, 1999) : œuvre scientifique et production scientifique.

L’œuvre désigne une spécificité, une originalité dont la signification est globalement plus universelle, tandis que la production entre dans une globalité indistincte, reproductible, instrumentable et quantifiable. L’un des meilleurs exemples de production du savoir scientifique quantitatif, c’est le travail de notre brillant confrère, Mr Rafael Zegarra-Parodi DO MROF, Directeur du département de recherche du CEESO.

Si on ouvre le concept de création, apprendre suppose créer déjà du savoir pour soi et plus tard pour les autres. Ce terme, repris par R. DAMASIO, suppose l’affirmation suivante : apprendre, c’est réaliser une création singulière, spécifique à l’être unique qui apprend en fonction de ses propres paramètres et de sa structure interne (Damasio, 1995, # 44 p. 320).

Lors de sa formation, chaque étudiant ostéopathe apprend et évolue dans un modèle pédagogique avec ses représentations, sa perception et sa sensibilité. Il développe au cours de son cursus un paradigme personnalisé de son activité, à travers son expérience et l’intégration des connaissances acquises au cours de sa formation.

Tout praticien au cours de sa vie et de son expérience professionnelle, crée son savoir plus ou moins rigoureux, explicite et communicable.

Mais s’il y a création de savoir, est-il le fruit d’un travail individuel ou collectif ?

A travers les difficultés rencontrées, les avantages et inconvénients du terrain, les praticiens qui désirent se former à la recherche espèrent trouver dans la formation professionnelle initiale une préparation au statut de « praticien chercheur », comme une formation hybride, à la fois au métier et à la recherche sur le métier.

A ce titre, le praticien chercheur ostéopathe (PCO) se veut témoin, ou plus exactement « témoin des témoins », et son intention est de faire connaître « de l’intérieur » des acteurs et leur capacité d’innovation ordinaire, leur énergie pour dépasser et contourner les enfermements dont ils sont victimes sur leur terrain quotidien. Il propose à la communauté scientifique un autre accès au monde professionnel. Mais il veut aussi faire reconnaître le savoir issu de cette pratique de l’innovation ordinaire.

Ainsi, par son action, le praticien chercheur brouille les limites instituées, car il est investi d’un double statut, même s’il se présente en situation comme chercheur, il est connu dans ce monde comme praticien. Cette position est souvent qualifiée de « chercheur de l’intérieur » ; cette double polarisation peut être considérée comme un espace dialogique (E. MORIN, 1990, p.99).

En formant des praticiens dans le cadre d’un modèle scientifique/professionnel, on accentue l’écart entre la pratique professionnelle et le discours que l’on tient sur cette pratique. La conséquence, est que le praticien formé à cette école devient de moins en moins capable d’apprendre à partir de sa pratique, de diagnostiquer ses propres erreurs et de les corriger.

Tout professionnel, et tout étudiant doit se donner les moyens, à titre individuel, de corriger ses propres erreurs. Toute la profession se doit de s’organiser de manière à permettre aux professionnels, à titre collectif, de contrôler et d’analyser leur pratique pour améliorer et conserver un patrimoine d’expériences vécues. C’est uniquement dans cet objectif que la profession évoluera vers une progression de son art et non vers une régression.

Jean-François MARCHAND,  Ostéopathe D.O.M.R.O.F

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Dernière mise à jour : ( 02-06-2008 )
 
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