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Page 5 sur 7 1. Histoire... 1. - « Histoire d’un doute » Engageons directement le débat. À toutes les questions posées en préambule, je propose une réponse certainement étonnante : la pilule. Le retentissement d'une longue période d'emploi de la pilule contraceptive sur la fécondité peut se concevoir aisément, mais avec les autres signes et les autres dérèglements que constituent les grossesses difficiles, les accouchements prématurés et les crânes déformés, quelle relation peut-il bien y avoir ? Lors de certaines conférences auxquelles j'ai participé, en évoquant cette cascade d'événements, je m'attendais à rencontrer de grandes réticences de la part des personnels médicaux présents, notamment des gynécologues et des obstétriciens. Pourtant, ce sont eux qui ont été d'emblée les plus concernés et les plus intéressés. Je ne désire pas particulièrement déclencher de polémique, mais essentiellement faire part de mon expérience, afin de donner la possibilité aux femmes qui le désirent, de vivre des grossesses harmonieuses et sereines, pour nous faire de beaux bébés bien ronds, joufflus, joyeux et symétriques. Ce qui est dans le programme normal, initialement prévu par la nature mais, il semblerait qu'à force de jouer les interventionnistes et les apprentis sorciers, nous soyons en train de nous éloigner de ce programme initial. Pour illustrer ce chemin, il me semble nécessaire de raconter quelques étapes intermédiaires qui m'ont mis sur la voie, ou plutôt qui m'ont mené le long d'un petit sentier tortueux qui a fini par aboutir à une théorie plausible. Mes premières impressions, mes premiers doutes, concernant l'hormonothérapie synthétique et la modification des qualités tissulaires qui en découle, ne s'orientaient pas vers la contraception et les phénomènes de grossesse mais vers l'hormonothérapie substitutive, traitement fréquemment prescrit lors de la ménopause. Je travaille en proche banlieue bordelaise, et d'un village landais, une patiente, puis deux, puis dix, sont venues me consulter, toutes avec quasiment les mêmes symptômes, à type de pseudo-cruralgie (douleur de la face externe de la cuisse), motif de leur consultation. Elles se présentaient avec des signes accompagnants : troubles circulatoires, rétention d'eau dans les membres inférieurs, constipation et difficultés digestives. Dans un premier temps, j'ai suspecté la qualité de leurs exercices d'assouplissements car elles faisaient partie du même groupe de gymnastique volontaire ; le bouche à oreille fonctionne ainsi, en clientèle d'ostéopathie. À l'époque, mon attention était encore plutôt centrée sur la structure articulaire, les os et les ligaments. J'ai, malgré tout, eu la chance d'en soulager quelques-unes qui m'ont envoyé leurs amies et la fréquentation s'est élargie, jusqu'à déborder du cadre de ce groupe de gymnastique. J'ai ensuite cherché le point commun existant entre toutes ces dames, d'autant que j'étais en pleine interrogation sur les relations entre l'univers viscéral et la structure ostéo-articulaire. J'ai pu relever chez ces patientes une certaine constance dans les signes accompagnants – déjà cités précédemment – et y associer d'autres symptômes fréquents, notamment périarthrites d'épaule et compression des canaux carpiens. Nous verrons cela plus loin. Tissulairement (ce qui veut dire pour moi, en palpant les tissus des patientes et notamment le ventre), je ressentais toujours une impression de ventre lourd figé et peu mobile : l'impression de mobiliser un « bloc de silicone ». J'insiste sur cette image de bloc de silicone que je justifierai plus tard, et qui reviendra fréquemment dans cet ouvrage. Je dois préciser ici, que quand je parle de ventre, je sous-entends le ventre dans sa globalité, haut-ventre digestif et bas-ventre génital. J'ai longtemps cherché la raison d'être de ces perceptions et les relations pouvant exister entre toutes ces patientes. Une fois éliminée la mauvaise gestion gymnique, il devait bien exister un lien mais lequel ? Leur moyenne d'âge a fini par me mettre sur la piste. Toutes étaient âgées de 45 à 55 ans, ce qui impliquait des modifications hormonales, et toutes consultaient le même gynécologue, qui leur prescrivait le même traitement hormonal substitutif. J'ai alors eu mon premier déclic et si ce ne fut pas encore une grande révélation, le doute insidieux et rampant était né. Et si le traitement hormonal substitutif était à l'origine de cette sensation de « collage » et d'adhérence globale du péritoine ? J'emploierai dans cet ouvrage un certain nombre de néologismes, destinés à mettre en évidence des sensations novatrices, en tout cas distinctes de celles décrites jusqu'alors dans les articles traitant des dysfonctions de la sphère viscérale. En bon prospecteur méticuleux, curieux et zélé, j'ai repris tous mes ouvrages d'anatomie traitant des relations du péritoine avec les muscles psoas, les loges rénales, le nerf crural, les complexes vasculaires, le système lymphatique et « les culs-de-sac utérins ». J'en ai conclu que selon toute évidence il y avait un phénomène de « collage » viscéral et que celui-ci était probablement lié au traitement substitutif de la ménopause. Il me restait à comprendre pourquoi et comment, et ce ne fut pas chose facile. Parallèlement, je me suis aperçu que ces pseudo-cruralgies pouvaient être facilement libérées, en moyenne en trois séances, grâce à la mobilisation des différents plans viscéraux, plutôt qu'en libérant un quelconque blocage articulaire. Aujourd'hui, ces remarques peuvent paraître banales à un ostéopathe qui pensera certainement : « Bien sûr, c'est le fondement même du raisonnement et du traitement viscéral en ostéopathie. » Mais l'épisode que je relate s'est déroulé à mes débuts, il y a de nombreuses années. L'enseignement du travail viscéral en ostéopathie était tout à fait balbutiant. Ce que j'ai appris en cours dans ce domaine était assez sommaire et vraiment peu convaincant. Dieu merci, Jean-Pierre Barral, génial ostéopathe grenoblois, nous a considérablement aidés avec son enseignement. Les années passant, les générations de ventres mal-en-point se succédèrent ; je continuais à observer, gamberger, suspecter, déduire, affirmer, infirmer, douter, confirmer et surtout, à toucher, moucher et comparer... C'est l'essentiel et le fondement de notre savoir de thérapeutes manuels. À côté de cela, les techniques livresques et les connaissances encyclopédiques sont bien limitées. Touchons, retouchons, palpons, repalpons, affirmons, infirmons, comparons, déduisons, recommençons, et en final nous en saurons peut-être un petit peu plus. Notre thérapie est par nature « empirique » : elle naît d'expériences répétées et accumulées. Je touchais un grand nombre de ventres de femmes et je les comparais à d'autres ventres de femmes bien sûr, également aux ventres de jeunes filles, aux ventres d'hommes ou aux ventres d'enfants. Je comparais aussi aux ventres d'autres ethnies, d'autres civilisations, de Madagascar, de Mayotte, et du Maroc, mon pays d'origine ; ventres de citadines, de femmes de pêcheurs, de femmes issues de milieux ruraux des coins les plus reculés de la planète, mais pas forcément les plus malheureux... Finalement toutes ces palpations ont alimenté l'idée que les différences de texture et de mobilité sont importantes et, assurément, reliées à un mode de vie ou à une source iatrogène (médicamenteuse ou autre), ou aux deux. J'en suis venu à suspecter la prise d'hormones synthétiques à cause, bien entendu, de l'exemple précédemment cité, relatif à « ces dames au ventre pétrifié » de Biscarosse, mais aussi, de par les interrogatoires systématiques que j'ai pratiqués sur une prise de pilule, contemporaine ou ancienne. Il est à cet égard évident que la plupart des ventres touchés, lors de mes différents voyages, n'avaient pas connu la pilule. Mais d'autres éléments, encore, sont venus renforcer cette intuition. J'ai eu la surprise de constater sur certaines adolescentes, âgées de 9 à 15 ans, ces mêmes sensations de collage et, après interrogatoire parental, il m'a été confirmé qu'elles avaient été mises sous pilule pour puberté précoce, ou pour règles douloureuses, voire pour raisons dermatologiques (acné). Finalement, j'ai eu un jour le courage d'aborder l'univers de la grossesse, ou tout simplement je me suis senti enfin assez sûr de mon toucher, pour tenter d'accéder au Graal de l'ostéopathie, le ventre des femmes enceintes. Je plaisante à peine en parlant de Graal, car il s'agit d'une période essentielle, où nos interventions permettent d'éviter toute une cohorte de problèmes concernant le déroulement de la gestation bien entendu, mais également et surtout, où nos actions curatives ou préventives aident à optimiser l'équilibre physique et affectif du futur nouveau-né. Ensuite, parce que cette phase merveilleuse et encore bien mystérieuse qu'est la grossesse nécessite un toucher très épuré ainsi qu'une réelle expérience. L'ostéopathie, telle que pratiquée encore par beaucoup, c'est-à-dire essentiellement orientée vers la manipulation vertébrale, ne permet pas un accès adapté à l'univers de la grossesse. C'est un domaine que l'on se doit d'aborder avec beaucoup de respect, d'humilité et de douceur. Toute manœuvre non conforme à ce dont le corps de la mère et le bien-être du bébé ont besoin provoque vite malaise, inconfort et refus. Le ventre d'une femme enceinte, notamment dans la période qui va du 5e au 9e mois, est très méfiant, susceptible, et ce, avec juste raison. Même les gynécologues et les obstétriciens le savent, ce qui les fait souvent hésiter à pratiquer des retournements lorsque le bébé se présente en siège. Ils appellent cela des versions par manœuvres externes (VME voir la 4e partie, chapitre 3 : La péridurale et ses effets potentiels). Malheureusement, lorsqu'ils tentent ces manœuvres, c'est avec peu de douceur et beaucoup trop de risques concernant la mère et l'enfant. De plus, ils recourent à l'utilisation massive de tocolytiques, médicaments potentiellement toxiques, dans le but de despasmer l'utérus, qui n'y est pas forcément pour quelque chose, comme nous tenterons de l'expliquer tout au long de cet ouvrage.
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