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Grossesse, hormones et ostéopathie
Publié par JL Boutin, Webmestre   
16-11-2005
Index de l'article
Grossesse, hormones et ostéopathie
Descriptif
Table des métières
Bonnes feuilles
1. Histoire...
2. Le petit chemin
3. Le casque
3. Le casque

3. -  « Le casque de moto »
Considérations mécaniques relatives à la grossesse

 

Deux éléments visuels m'ont particulièrement frappé et fait réfléchir. L'un concerne certaines femmes enceintes, l'autre les bébés. Le premier, concernant les femmes enceintes, se voit particulièrement entre le 5e et le 9e mois de grossesse. Il s'agit de leur profil qui donne nettement l'impression que le ventre est bas, beaucoup trop bas. J'ai entendu bien des remarques sur ce « léger détail » : « Je le porte un peu bas, mais mon gynéco m'a dit que c'était normal ». « Je le porte bas parce que c'est un garçon ». Etc.

En y prêtant attention, nous pouvons observer, au-dessus de ce ventre bas, rond et dur, dit en « en casque de moto », une zone plate qui apparaît, elle aussi, tendue et relativement dure. La limite entre les deux se situe approximativement au nombril. On peut donc dire de ces femmes qu'elles sont « enceintes jusqu'au nombril », mais certainement pas « jusqu'aux yeux », comme le veut l'expression populaire consacrée, ou tout au moins jusqu'au diaphragme, comme le veut la physiologie.

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Fig 1 : Profil type de la grossesse sous-ombilicale.

Le deuxième élément visuel est relatif aux bébés nés par césarienne. Pendant longtemps, j'ai, comme la plupart des ostéopathes, été instruit des méfaits de la naissance et de ses incidences sur la forme du crâne des enfants. Nous ne sommes pas les seuls à nous être polarisés uniquement sur les phénomènes de naissance, certains psys, ou certains obstétriciens, ont également hypertrophié leur attachement à cette courte période de quelques heures, alors qu'une grossesse dure environ neuf mois. Nous rencontrerons en fin d'ouvrage, dans la 5e partie : « Baby Blues » et plus particulièrement le chapitre 2 consacré à l'émotionnel intra-utérin, différents auteurs ayant écrit sur la naissance.

Ainsi, les déformations provoquées par les traumatismes de la naissance, avaient été largement répertoriées lors de mes études de base par Nicette Sergueef ou lors de mon parcours post-gradué par Robert Rousse. Mais, ce qui m'a interloqué et a provoqué ma perplexité, c'est de voir autant de petits crânes, pourtant nés par césarienne, présenter autant de déformations et d'asymétries. On ne pouvait, ici, incriminer les difficultés de passage lors de la naissance. Mon regard a fait de nombreuses fois l'aller-retour entre les ventres en « casque de moto » et les « crânes-césariennes » déformés, mais il m'a fallu encore beaucoup de temps avant d'en déduire quelque théorie ou quelque hypothèse cohérente.

Ce fut un vrai parcours du combattant, avec des pressentiments, des doutes, des intuitions, certaines idées germèrent, d'autres furent abandonnées.

« L'idée c'est la graine ; la méthode c'est le terrain, qui lui fournit les conditions pour se développer, prospérer et pour donner les meilleurs fruits suivant sa nature » (Claude Bernard in J.-C. Baste, 2004, p. 43).

En bref, j'ai abondamment cherché, et souvent avec une certaine impatience, car il me semblait que tous les éléments étaient en ma possession mais que la globalité m'échappait encore.

À force d'observer des crânes écrasés, plus certainement empêchés d'expansion, que tordus par des voies de passage trop étroites, l'idée du manque de place intra-utérin s'est progressivement imposée. Qu'il s'agisse de présentation normale, en siège, de jumeaux, ou de triplés (tous sortis par césarienne), les méplats et les asymétries étaient fréquents. Les perceptions et les solutions thérapeutiques ne sont d'ailleurs pas les mêmes pour ces enfants-là, que pour les traumatismes de la naissance ; nous verrons cela dans la 5e partie, chapitre 1 : Thérapies et manœuvres.

Pour comprendre ce manque de place, mes préoccupations se sont dirigées dans un premier temps vers l'utérus, les contractions prématurées, l'hyperlordose lombaire, et la posture globale (comme le suggèrent J.-P. Saby ou bien d'autres). Mais les contractions prématurées n'étaient pas toujours présentes. La mère évoquait parfois seulement un inconfort digestif, éventuellement associé à des maux de dos, ou à des tensions globales. D'autres fois, elle évoquait des contractions prématurées que le médecin tentait de calmer en prescrivant des tocolytiques, médicaments rarement efficaces, associés à un alitement forcé et prolongé.

En poursuivant mes réflexions, j'ai pu rapprocher ce profil, dit de grossesse « jusqu'au nombril » ou en « casque de moto » du méplat viscéral surplombant l'utérus qui se présentait comme un territoire résistant à l'envahisseur ; ainsi, je pressentis que le phénomène impliqué était plus global et plus complexe, qu'un simple spasme de l'utérus.

Assassin silencieux, cruel et imperturbable, le temps a poursuivi son cours, à son rythme. Pour ma part, j'ai continué à prospecter, à associer les idées, à rassembler les intuitions, pour enfin trouver ce que je cherchais.

Lors de cette phase, ma réflexion fut la suivante : « Et si ce pauvre utérus, tellement incriminé, accusé de tous les maux par les obstétriciens, les sages-femmes voire les ostéopathes, n'y était pour rien ? S'il n'était qu'une victime criant sa gêne à l'expansion par ses douleurs et ses contractions ? Comme un champignon désirant sortir de terre mais empêché par quelque racine d'arbre ! » Image bucolique certes, mais c'est bien cela qu'évoquent certains crânes d'enfants sortis par césarienne, des cèpes de Bordeaux (une autre de mes passions), gênés dans leur croissance par un obstacle.

Il me restait à comprendre par quoi. Mais, parvenu à ce stade, l'amalgame était relativement aisé à réaliser : lors de grossesses associées à certains contextes tissulaires, les accolements du péritoine et leur constitution en bloc opposent une résistance imprévue à l'expansion de l'utérus et ce, dans tous les sens SUPRA, JUXTA et RETRO-UTERINS. Tous les espaces étant en restriction, en collage, l'utérus et par-delà le foetus ne peuvent disposer de toute la place nécessaire afin que s'accomplisse « le miracle de la vie » dans la plénitude intégrale.

En effet, quand l'utérus, au départ gros comme un petit poing fermé, se met à réclamer de la place, notamment à partir du 5e mois de grossesse, il rencontre la résistance des viscères environnants qui refusent de coulisser entre eux, de se pousser pour laisser de l'espace au foetus. En fait, ils ne refusent pas, ils sont simplement  collés » entre eux par un phénomène d'adhérence généralisée, une fibrose, installée préalablement à la grossesse, qui ne permet pas cette mobilité viscérale naturelle que nous avons qualifiée de « liens souples » ; le mécanisme de résistance est le même pour les rapports directs de l'utérus avec le péritoine, ici je pense aux culs-de-sac et aux différents plans ligamentaires, suspenseurs de l'utérus. Nous pouvons également comparer l'utérus à une montgolfière qui aurait du mal à larguer ses amarres et ses entraves pour décoller.

Cette résistance se majorera, le plus souvent, tout au long de la grossesse, créant problèmes viscéraux pour la mère, lombalgies, sensations de poussée vers le bas (syndrome de Lacomme), puis contractions indésirables, voire rupture prématurée des membranes, perte anticipée des eaux ; ce manque d'espace engendrant, pour le foetus, des positions inadéquates, des restrictions d'apport vasculaire, des restrictions de liquide amniotique (oligoamnios), des tensions et des déformations corporelles (dont nous verrons la liste au chapitre 4 : Les conséquences du collage – « Kolé Séré »), et tellement, tellement de souffrances que le duo mère-enfant tentera bien souvent d'interrompre la grossesse prématurément (nous en verrons les mécanismes à la 4e partie, chapitre 1 : Les tocolytiques).

 

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Fig. 2 : La limitation de l'expansion utérine pendant la grossesse

Le chapitre 4 de la 2e partie : L'endométriose – « Sur la piste de Von Rokitansky » développera et précisera les concepts de « collage » ainsi que de « bloc de silicone viscéral » ; de plus, nous tenterons de présenter au cours de ce même chapitre, une hypothèse étiologique plausible et cohérente.

II est, bien entendu, nécessaire d'éliminer d'emblée toutes les autres causes de collage ou d'adhérences possibles. Elles sont nombreuses.

Nous éliminerons par l'interrogatoire préalable les causes suivantes :

  • Appendicites aggravées.
  • Péritonites.
  • Fortes infections urinaires, pyélonéphrites.
  • Infections généralisées, septicémies.
  • Portes infections gynécologiques, salpingites (infections des trompes).
  • Infections puerpérales (après accouchement).
  • Chirurgie d'intervention ou d'investigation, césariennes, cœlioscopies, laparotomies, chirurgie abdominale, etc. Les conséquences chirurgicales sont souvent la source de tensions plus localisées que globales. Nous parlerons davantage dans ces cas d'adhérences ou de brides.

Les conséquences mécaniques locales de ces différentes pathologies sont, en revanche, connues et bien traitées par les ostéopathes instruits et soucieux des tourments de l'univers viscéral.

 

 

 



Dernière mise à jour : ( 01-05-2007 )
 
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