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Enquête sur la démographie ostéopathique
Le Courrier de l'Ouest, dans cet article objectif, fait un point sans concession.
Émilie CHASSEVANT- Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. Article du jeudi 12 mai 2011, publié avec la permission du Courrier de l'Ouest.
Le Site de l'Ostéopathie remercie Mme Emilie Chassevant et le Courrier de l'Ouest de l'avoir autorisé à reproduire cet article
Ces ostéopathes qui prolifèrent
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De plus en plus nombreux à sortir des écoles, les jeunes ostéopathes ont du mal à survivre tant le marché est surchargé
Un nouvel ostéopathe ouvre son cabinet chaque mois. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter ! » Thomas Capus, comme d’autres ostéos, est inquiet. Depuis quatre ans, le nombre d’ostéopathes explose. Ils sont 161 dans le département. Pour les jeunes diplômés, se faire une clientèle est une vraie gageure. Brice Thibault, installé à Angers, a une façon de faire « très mécanique » qui lui assure une renommée. Mais beaucoup de ses camarades peinent à s’en sortir : « Certains sont en grande difficulté, d’autres sont partis à la campagne. Quand on a moins de cinq ans de pratique, ça devient très dur ». Pourtant, l’ostéopathie connaît un engouement. Les patients sont de plus en plus friands de cette forme de médecine douce qui considère l’individu dans sa globalité. Il traite uniquement des problèmes fonctionnels, utilisant trois techniques : structurelle (pour les articulations bloquées), crânienne (pour rectifier les problèmes du crâne) et viscérale (pour régler le mauvais fonctionnement ou positionnement des organes).
La conséquence d’un no man’s land juridique
Longtemps jugée illégale lorsqu’elle était exercée par les non-médecins, la pratique est restée dans un vide juridique. Reconnue par la loi en 2002, réglementée par des décrets en 2007, l’ostéopathie n’est toujours pas considérée comme une profession. Il s’agit d’un titre que les ostéopathes exclusifs, mais aussi les professionnels de santé (kinés, médecins, infirmiers...) peuvent obtenir après avoir suivi une formation (lire ci-dessous). Pour Guy Roulier, membre fondateur de la Chambre nationale des ostéopathes et pionnier de l’ostéopathie à Angers, ce vide juridique est à l’origine de la prolifération des ostéos. « Les écoles ont profité de ce no man’s land pour former sans avoir conscience du marché. » La France compte 60 écoles. « C’est plus que dans le reste du monde ». Ces formations représentent une manne financière, la formation coûtant 7 000 € par an.
Pour réguler leur nombre, les ostéopathes aimeraient qu’un numerus clausus soit instauré. Impossible tant que l’ostéopathie ne sera pas reconnue comme une profession de santé. Ils souhaitent également qu’un diplôme national valide leurs acquis. Un diplôme au niveau plus difficile pour éviter d’être « la roue de secours des recalés aux concours de kinés ».

Dernière solution : que seuls les ostéopathes exclusifs puissent exercer. «On éviterait une confusion entre la médecine ou la kinésithérapie et l’ostéopathie. Ce serait plus de clarté pour les patients et moins de tentation d’arnaque à la Sécurité sociale (les séances d’ostéo n’étant pas remboursées, N.D.L.R.) », recommande Guy Roulier. « Hors de question », réagissent les professionnels de santé. « J’ai un double diplôme, je ne vois pas pourquoi je devrais y renoncer, défend Stéphane Rubin, kiné- ostéo depuis trois ans. Les deux pratiques sont étroitement liées. Quand j’arrive aux limites de mon exercice, je propose des séances d’ostéo. Mais je dissocie toujours les deux. » Pour les futurs ostéos qui voudront s’installer dans le Maine-et- Loire, la tache risque d’être compliquée. « Je leur conseillerais d’aller en Afrique francophone, remarque Guy Roulier. Ostéopathe n’est pas une profession d’avenir. » D’autres optent pour des solutions surprenantes. Comme cette ostéopathe niçoise qui propose des soins à 19 € sur le site d’achats groupés Groupon.fr. « Il y a un vrai risque de dérive commerciale
3 questions à Alain Poirier
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« Pour les kinés, ce n’est pas un souci »
Ancien praticien à Chalonnes-sur-Loire, Alain Poirier siège au conseil départemental de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes.
1. Le nombre d’ostéopathes ne cesse d’augmenter. Est-ce quelque chose qui inquiète votre profession ?
« C’était inévitable. Le nombre d’écoles et le peu de barrières pour accéder à la formation encouragent cette ruée vers l’ostéopathie. Mais des problèmes économiques vont bientôt se poser, leur situation ne va plus être viable. Pour les kinés, ce n’est pas un souci. Même si au rythme actuel, les ostéos seront bientôt aussi nombreux que nous, ça ne portera pas atteinte à notre profession. On a toujours besoin de kinés, surtout dans les déserts médicaux. Le seul danger serait que des ostéos, pour survivre, se mettent à faire des exercices de kinés. Ce qui est illégal. »
2. Trouvez-vous normal que les ostéos doivent suivre 2 660 heures de formation pour obtenir leur titre alors que les kinés n’en suivent que 1 225 ?
« C’est tout à fait normal car nous avons déjà suivi une formation de kiné. Nous maîtrisons donc déjà une grosse partie du programme (anatomie, physiologie, palpation…). Je pense d’ailleurs qu’avec cette formation, les kinés font de meilleurs ostéos. Je ne vois pas pourquoi ils devraient renoncer à cette double compétence. »
3. Ne risque-t-on pas une confusion des genres quand un kiné a cette double compétence ?
« Le kiné qui a la double compétence se doit d’être honnête pour qu’il n’y ait pas de dérapage. Il doit mentionner au patient en quelle qualité il exécute tel acte. Quant à facturer des actes d’ostéo en tant qu’actes de kiné pour se faire rembourser par la Sécu, c’est totalement illégal. Ça n’est jamais arrivé dans le Maine-et-Loire, mais si c’était le cas, l’ordre ne défendrait pas le kiné en question. »
Repères
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161 ostéopathes pour 652 kinés
En France, on recense 14 484 ostéopathes en février 2011. Le Maine-et- Loire compte 161 ostéopathes pour 652 kinés. Il y a quatre catégories d’ostéopathes. 68 (soit 42 %) sont des ostéopathes à temps plein (aussi appelés les exclusifs ou les « ni... ni »). 46 praticiens (soit 28 %) sont à la fois ostéo et kiné. 30 sont à la fois ostéo et médecin (soit 19 %). Enfin, comme Guy Roulier, certains ont leur diplôme de kiné ou de médecin mais ont décidé de se rayer des listes pour devenir ostéopathes uniquement. Ils sont 16 (soit 10 %).
Formation
Mais tous n’ont pas eu leur diplôme en faisant le même nombre d’heures. Pour les ostéos exclusifs, qui intègrent une école après le bac, la loi recommande d’avoir suivi une formation de 2 660 heures, soit cinq années d’études. Selon la Chambre nationale des ostéopathes, la qualité des soins n’est satisfaisante qu’après 4 200 heures de pratique. C’est ce qui est d’ailleurs recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour garantir la sécurité et le bien-être des patients. Les médecins bénéficient de l’agrément au bout de 150 à 350 heures de formation. Les kinésithérapeutes doivent suivre 1 225 heures de formation.
Tarifs
Une consultation en ostéopathie coûte entre 40 et 50 € selon les tarifs du praticien. Les actes ne peuvent en aucun cas être remboursés par la Sécurité sociale. Mais ils sont de mieux en mieux remboursés par les assurances et les mutuelles complémentaires santé (de 20 % à 100 % selon les contrats). Chez le kiné, une consultation coûte entre 14 et 18 €. Elle est remboursée à 60 % par la Sécu et le reste par les mutuelles. Une consultation chez le médecin coûte 23 € et est remboursée à 70.
- Article original du Courrier de l’Ouest (format pdf)
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