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Contexte historique et courants de pensée ayant pu influencer l’œuvre d'Andrew Taylor Still
2e partie
Auteurs : C. Duren (1), Y. Lepersi (1, 2).
Article paru dans ApoStill n° 20 - Automne 2009, Le journal de l'Académie d'Ostéopathie - www.academie-osteopathie.fr
(1) Ostéopathe, Bruxelles
(2) Maître de conférences à l'Université Libre de Bruxelles. Directeur des études au SCOM, 6043 Ransart (Belgique)
Le Site de l'Ostéopathie remercie particulièrement les auteurs et la Rédaction d'ApoStill de nous avoir autorisé à publier cet article.
[Crédits photographiques : les photos que nous présentons pour illustrer cet article sont libres de droit. Leur source est : les livres de A.T. Still Autobiography, Kirksville 1897, Philosophy of Osteopathy, Kirksville 1899 et l'encyclopédie Wikipédia. Note du Webmestre]
Dans le numéro 19 du Journal de l’Académie d'Ostéopathie de France, Apostill, nous avons abordé le contexte historique et familial, l’influence de l’éducation méthodiste et de la Frontière ainsi que l’implication d’Andrew Taylor Still dans la guerre de Sécession comme militaire et médecin.
QUESTIONNEMENTS SUR L’EFFICACITÉ DE LA MÉDECINE ET DES MÉDICAMENTS DE L’ÉPOQUE
Pendant la guerre de Sécession, Andrew Taylor Still (ATS) s’interroge sur l’efficacité de la médecine.
| « J’ai eu la chance, bonne ou mauvaise, de naître dans une maison à drogues. Papa était MD, et également DD (a). A l’âge de trente-cinq ans, je commençai à me demander comment un docteur en théologie pouvait mélanger ses enseignements avec les enseignements insensés de la médecine. Les questions jaillirent ainsi : comment l’homme peut-il concilier l’idée que l’œuvre de Dieu est parfaite et pourtant jamais en ordre de marche ? Sa machine la plus parfaite, l’homme, jamais en condition de marche ? Le Dieu de la sagesse aurait-il pu échouer dans cette superstructure-là, l’homme, et la prétendre valable, tout en sachant qu’elle ne peut fonctionner comme prévu lors de sa conception ? Et pourquoi un DD qui dit les mains levées “Son œuvre prouve Sa perfection”, prend-il une dose de quinine et du whisky pour aider la machine de la nature à fonctionner et accomplir les devoirs de la vie ? S’il fait ainsi, où se trouve la preuve de sa foi dans la perfection de Dieu et pourquoi doit-il absorber ou boire ces choses qui ont un effet mortel » [1]. | a. Doctor of Divinity : docteur en théologie. |
Dans cette guerre civile, 620 000 Américains ont péri dont 400 000 non pas sur les champs de bataille mais bien dans les hôpitaux suite à la dysenterie, la fièvre typhoïde, la pneumonie, la malaria ou suite à des causes accidentelles [2].
| Durant la guerre de Sécession, ATS est confronté à cette sanglante réalité lors des attaques incessantes des francs-tireurs, des batailles militaires, des massacres de civils. En tant que médecin, il pratique la médecine et la chirurgie de guerre et utilise les médicaments très toxiques de l’époque dont voici quelques exemples : belladone, calomel, digitale, hydrate de chloral, morphine, opium, poudre de Dover (b), quinine, strychnine, vératrine... | b. Poudre de Dover : stupéfiant. Composition de 1733 : Opium, 1 once ; sulfate de K, 4 onces ; salpêtre, 4 onces ; ipéca, 1 once. |
« Pour soulager et guérir son patient, le médecin fait uniquement confiance aux médicaments. Et pourtant ces médicaments ont souvent été la cause de la mort du patient et bien souvent d’une mort plus rapide que si le patient ne les avait pas ingérés. » [3].
Dès lors, il prend de plus en plus conscience de la haute toxicité de tous ces médicaments et s’oppose totalement à la prescription des poisons sans dénigrer les médecins eux-mêmes.
« […] les drogues et moi sommes aussi éloignés les uns des autres que l’ouest l’est de l’est ; maintenant et pour toujours. » [4].
« Je ne désire aucunement guerroyer contre les docteurs eux-mêmes ; je lutte seulement contre leurs théories fallacieuses. Que fait la médecine pour vous ? Pour apaiser la détresse, elle engendre souvent du mauvais et abreuve le système de poisons. En administrant des drogues, le médecin n’est jamais certain des résultats, et doit se contenter d’attendre, inutile, le développement du mal, essayant un autre remède lorsque l’un échoue ; Ils bataillent avec la mort même au chevet des êtres qui leur sont chers, et pleurent dans l'angoisse du cœur. « Dieu, donne-moi l’intelligence et la capacité de sauver les proches de ma famille ! Dieu, aide-moi ! » [1].
ATS fait ici allusion au drame qu’il va vivre au printemps 1864, dès son retour de la guerre.
PRINTEMPS 1864
L’épidémie
Au printemps 1864, de retour de la guerre de Sécession, ATS vit une des expériences les plus douloureuses de sa vie. « Tant que mon cœur n’a pas été tordu et lacéré par la douleur et l’affliction, je n’ai pas pu me rendre compte de l’inefficacité des drogues. » [1].
Une épidémie de méningite infectieuse cérébro-spinale touche sa famille. Les médecins viennent jour et nuit et les soignent avec « [...] des remèdes dignes de confiance.» [1]. Le pasteur évoque l’aide divine, mais prières et pilules restent vaines... [1]
« La lutte entre vie et mort fut sans merci, mais, à son terme, trois corps sans vie gisaient au foyer désolé. » [1] Abram, 12 ans, Susan,11 ans, Marcia Ione, 1 an ainsi qu’une petite fille adoptée, meurent de méningite infectieuse.
« […] la mort revendiqua quatre victimes, accablant notre foyer. Alors, dans mon chagrin, la pensée me vint qu’au lieu de demander à Dieu de bénir les moyens utilisés, il serait bien meilleur de chercher les moyens corrects, sachant qu’une fois trouvés, le résultat serait correct. » [1].
La remise en question
Sous le choc de la mort de ses enfants, ATS se pose de « [...] sérieuses questions […] » [1] :
« Avec la maladie, Dieu a-t-il abandonné l’homme dans un monde d’incertitude ? L’incertitude, qu’est ce que c'est ? Que donner et pour quel résultat ? Et une fois mort, savons-nous où il va ? » [1].
« L’homme désire prendre entre ses mains les rênes de l’univers. Il dit qu’en cas de fièvre, il faut aider la nature en administrant de l’ipéca et autres fébrifuges. Mais en agissant ainsi, il accuse Dieu d’incompétence. Vous pouvez être certains que l’intelligence Divine n’a pas manqué de placer au sein de la machine humaine une manette permettant de contrôler la fièvre. Le Seigneur n’a pas manqué de matériaux ; Il a conçu des hommes de loi, des musiciens, des mécaniciens, des artistes, et tous les hommes utiles, alors que les idiots sont, je suppose, conçus avec les restes. » [1].
« Dans mon chagrin me vint la pensée que Dieu ne donne pas la vie dans le simple but de rapidement la détruire - un tel Dieu ne serait rien d’autre qu’un meurtrier. C'est à ce moment-là que je me convainquis de l’existence d’autre chose, plus sûr et plus fort que les drogues, pour vaincre la maladie, et que je jurai de le chercher jusqu’'à ce que je le trouve. » [1].
Ce questionnement essentiel permet à ATS de se détacher nettement de la croyance wesleyenne de châtiment divin. Il recherche, en l’homme, la preuve de la bonté de Dieu. Il est persuadé de l’existence de quelque chose de bien plus puissant pour vaincre la maladie que les drogues et les poisons.
POSTULAT D’ANDREW TAYLOR STILL
« Je décidai alors que Dieu n’était pas un Dieu d’incertitude, mais bien un Dieu de vérité. Et toutes Ses œuvres, spirituelles et matérielles, sont harmonieuses. Sa loi de vie animale est absolue. Un Dieu si avisé a certainement placé le remède au sein même de la demeure matérielle dans laquelle habite l’esprit de vie. » [1].
En prenant cette décision, ATS donne un nouvel espace au Divin et conforte définitivement son orientation médicale et spirituelle. Ce Dieu, intelligent et aimant, a placé les remèdes thérapeutiques au sein même du corps humain [1]. Tel est le postulat d'ATS.
« Je commençai à étudier l’homme et ne découvris aucune imperfection dans l’œuvre de Dieu. L’intelligence du Divin est incontestable ; sa loi, inaltérable. C’est sur cette loi qu’est fondée la science ostéopathique. » [1].
Selon ATS, l’œuvre de Dieu est parfaite.
« On m’a dit : - N’avez-vous pas peur de perdre votre âme à courir après cette nouvelle idée, cette étrange philosophie ? - Je ne crains pas que suivre une loi conçue par Dieu m’éloigne de lui. Chaque avancée en ostéopathie nous conduit à une plus grande vénération du Divin Souverain de cet univers. » [1].
Le 31 décembre 1867, Abram Still décède d’une grave attaque de congestion pulmonaire.
ANDREW TAYLOR STILL ET LA FRANC-MAÇONNERIE
ATS est initié à la franc-maçonnerie à la loge Palmyra n°23 au Kansas en 1868.
Malgré les nombreuses recherches effectuées à la Grande Loge du Kansas, nous n’avons pas pu obtenir de réponses quant aux motivations d’entrée en maçonnerie d’ATS ni d’une manière plus générale, celles des initiés dans les états du Kansas et du Missouri au XIXe siècle.
L'évaluation du candidat maçon pour son admission en Loge s’effectue selon sa capacité à la tolérance, à la réflexion et selon « […] des critères de conformité intellectuelle ou politique ([...] opinion sur la peine de mort, etc.) des critères subjectifs de — sincérité de la démarche —, — recherche de sens — ou — volonté de s’améliorer soi-même —. » [5]
À l’époque de la Révolution américaine, le développement et le fonctionnement des loges maçonniques répondent au désir d’un rapprochement social, intellectuel, scientifique et religieux entre les hommes de la société américaine tout en restant fidèle à l’obligation de croyance en Dieu. Les deux singularités de la franc-maçonnerie des États-Unis sont l’absence de « Grande Loge Nationale », chaque état possédant une Grande Loge souveraine indépendante édictant chacune ses propres règles et l’existence parallèle de deux systèmes indépendants, l’un pour les Blancs et l’autre pour les Noirs [5].
Les « ateliers symboliques » américains, issus des différentes Grandes Loges européennes, héritent de leurs rituels maçonniques. Contrairement aux Loges Européennes, les délais entre l’initiation et la maîtrise sont rapides, quelques mois seulement. Les loges états-uniennes se réunissent une fois par mois [5].
Aux États-Unis, « L’essentiel des séances, ou « tenues », était consacré aux tâches rituelles : votes concernant l’admission de nouveaux candidats ; présentation des visiteurs ; punitions à infliger aux contrevenants; secours à apporter aux frères dans le besoin, aux veuves et aux orphelins ; passage des degrés et récitation des catéchismes maçonniques. Cependant, il arrivait aussi qu’on débatte de grandes questions et les minutes font souvent état de conférences mais sans jamais en indiquer le thème. Les discussions politiques étaient, en principe, interdites et l’on ne pouvait aborder dans les loges que des sujets d’ordre scientifique, philosophique ou éthique... Dans toutes les loges, de quelque obédience qu’elles fussent, régnait une grande liberté d’expression et de discussion ; cette liberté était ordonnée et ritualisée et avait pour corollaires la tolérance et l’ouverture aux autres. » [6]
| Les recherches effectuées aux États-Unis ont permis d’établir qu’Andrew Taylor Still fut initié dans la loge N° 23 de Palmyra le 12 février 1868 comme Apprenti. Le 18 mars 1868, il devient Compagnon et le 1er juillet 1868, Maître. Il est « en sommeil » (c) le 10 août 1875. Son déménagement à Kirksville avec sa famille en est sans doute la cause. De plus, durant la période de septembre 1876 à juin 1877, ATS souffre d’une sévère attaque de fièvre typhoïde l’empêchant de travailler : « Pendant ce temps, mes finances étaient au plus bas. Les temps devinrent très durs et il devint très difficile pour mes garçons et moi de satisfaire même les demandes familiales. » [1]. Selon Raynesford, diplômé en ostéopathie et membre de la Tyrian Lodge #246, AF&AM (d) du Kansas, « L’histoire raconte aussi que les concepts radicalement nouveaux du Dr Still surent largement rejetés par les dirigeants et membres de sa communauté, à tel point qu’il fut même évincé de l’Église Méthodiste et de la Loge maçonnique dont il était membre. L’ostracisme dont il était victime devint si sévère qu’il décida de quitter Baldwin pour Kirksville, la ville de son enfance. ››. En 1878, il retourne au Kansas pour soigner quelqu’un dont il s’était occupé dix ans plus tôt. |
c. Sommeil : ce terme s’emploie d'une façon traditionnelle pour designer un maçon désireux de renoncer à son activité pour des raisons quelconques, mais qui ne désire pas rompre avec l’Ordre ou son Obédience. Un maçon peut également être mis en sommeil par son atelier ou son obédience. d. Ancient Free and Accepted Masons. |
Il est à nouveau inscrit à la Loge Maçonnique de Palmyra le 4 juin 1879.
Dès 1880, il voyage au Missouri : « En 1880, j'allai à Wadesburgh, dans le comté d’Henry, dans le Missouri. Je commençai alors à prouver mon travail. Je traitai à Clinton, Holden, Harrisonville et autres endroits jusqu’à peu près 1886. Cette année-là, je visitai Hannibal, Palmyra, Rich Hill, Kansas City et autres endroits. Finalement il y eût tellement de travail que je décidai de demeurer dans un seul endroit et de laisser les patients venir à moi. Ainsi, j’abandonnai le voyage et demeurerai à Kirksville, comté d’Adair, dans le Missouri, pour enseigner, traiter et construire une institution [...] » [1].
Il se met à nouveau en « sommeil maçonnique » le 20 janvier 1886.
| Il n’y a aucune trace d’Andrew Taylor Still dans les Loges du Missouri, ni même dans les deux Loges actives à Kirksville de 1880 à 1920. (Kirksville Lodge n° 105, chartered le 26 mai 1864 et Adair Lodge n° 336, chartered le 13 octobre 1881) Selon Raynesford, les comptes-rendus des séances de la Loge Palmyra ont brûlé lors de l’incendie du bâtiment qui l’abritait. Nous n’avons donc aucune indication quant à l’objet de ces réunions. Les séances maçonniques s’effectuaient une fois par mois et si l’on retire les réunions purement rituellistes comme celles des solstices, des initiations, des ouverture et fermeture ainsi que les congés des mois de juillet et d’août, il reste environ cinq séances potentielles où il y aurait eu partages et discussions. Nous ne pouvons donc pas affirmer que l’appartenance d’ATS à la franc-maçonnerie lui a donné la possibilité d’être en contact avec d’autres mouvements de pensées. Par contre, il est possible que la croyance au Grand Architecte de l’Univers lui ait permis d’évoluer dans un espace moins dogmatique et moins puritain que le méthodisme. Cet espace de liberté a peut-être été un élément déterminant dans sa réflexion intellectuelle et scientifique. Les discussions, en salle humide (e), lui ont sans doute donné la possibilité d’exprimer ses nouvelles idées qui, selon Raynesford, furent très critiquées même au sein de la franc-maçonnerie. | e. Salle humide : Lieu convivial où se retrouvent les Frères maçons après leurs tenues. |
ATS mentionne fréquemment dans ses quatre livres « L’Architecte de l'Univers » terme maçonnique par excellence, avec ses qualités de mécanicien et de mathématicien, si chères à ATS.
« Je fais cette affirmation à partir de ma confiance en l’absolu pouvoir mathématique de l’Architecte Universel. J'ai la même confiance en Son exactitude et en Son aptitude à créer, armer et équiper la machine humaine pour qu’elle puisse fonctionner du berceau à la tombe. Il l’a armée et équipée de tout ce qui est nécessaire pour le voyage d’une vie entière, de l’enfant au septuagénaire. » [1].
« Chaque trait du Maître Architecte de l’univers, montre une preuve d’intelligence et Son œuvre est absolue. » [1].
« […] le Grand Architecte a placé en l’homme tous les procédés de la vie, à leur emplacement correct. Au sein du corps, il a placé la force motrice avec tous les pouvoirs de la vie. La nature a été suffisamment clairvoyante pour placer en l’homme tout ce que désigne le mot remède. » [1].
LE 22 JUIN 1874
Le 22 juin 1874 représente, pour ATS, le jour de la révélation du principe ostéopathique. Après toutes ces années de questionnements et de recherches, « Le 22 juin 1874, à dix heures, pour la première fois, je découvris le bouillon de la liberté [...] » [1].
« Il en résulta qu’en 1874, je hissai le drapeau de l’ostéopathie, proclamant que “Dieu est Dieu et la machinerie qu’Il a placée en l’homme est parfaite” » [1].
« […] qui a découvert l’ostéopathie ? Il y a vingt-quatre ans, le vingt-deuxième jour de juin, à dix heures, je vis une petite lumière à l’horizon de la vérité. D’après ce que j’ai compris, elle fut placée dans ma main par le Dieu de la nature. » [1].
« En l'année 1874, j’ai proclamé qu’une artère perturbée marquait le commencement permettant tôt ou tard à la maladie de semer ses germes de destruction dans le corps humain. » [1].
Pour ATS, l’origine du disfonctionnement créant la maladie est « l’artère perturbée ».
« Le souci de l’ostéopathe est de savoir comment trouver les causes des maladies et où est situé l’obstacle qui empêche le sang de circuler normalement. » [3].
Cette théorie nouvelle est très critiquée par son entourage.
« On m’a traité de cinglé [...] On m’a traité d’impie. » [1].
« Vous auriez été honteux du genre humain ou de tout autre animal à deux jambes si vous aviez entendu les prières envoyées par les hommes et les femmes pour sauver mon âme de l’enfer. Lorsque je sollicitai le privilège d’expliquer l’ostéopathie à l’université de Baldwin, les portes de la structure que j’avais aidée à construire se fermèrent devant moi. » [1]
ATS décide alors de quitter le Kansas pour Kirksville dans le Missouri. Il voyage beaucoup dans le nord-est de cet État (f) et y développe « une belle clientèle » [1]. Grâce à ses pratiques, sa théorie mûrit progressivement. Le premier cours d’ostéopathie est donné le premier novembre 1892. Sur la charte de l’école, on peut lire : « […] surpassez les vielles théories. » [3].
f. Comté d’Henry, Hannibal, Macon, Warrensburg, Rich Hill, Nevada, Palmyra au Missouri.
INFLUENCES DES DIFFÉRENTS MOUVEMENTS DE PENSÉES CITÉS PAR ANDREW TAYLOR STILL
Le mesmérisme
Définition
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Mesmer est né près de Vienne en 1734. Docteur en philosophie, en théologie, ayant fait des études de droit, il est promu docteur en médecine en 1766. Il découvre les effets curatifs de l’aimant en 1774 et grâce à ce qu’il appelle le « magnétisme minéral » obtient des guérisons inouïes. Rapidement, il s’aperçoit que l’aimant est complètement superflu et magnétise ses patients sans aucun instrument : le soulagement est identique. Il explique ce phénomène par le « magnétisme animal ». En 1784, une commission extraordinaire critique sévèrement cette pratique et la dénonce comme charlatanisme. En 1841, James Braid, chirurgien écossais, découvre le magnétisme animal et pose les bases scientifiques de ce qu’il nommera l’« Hypnose » [7].
[Photo de Franz-Anton Mesmer (1734-1815), source Wikipédia. - Note du Wegmestre]
Andrew Taylor Still et le mesmérisme
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« [...] certaines personnes pensent que je suis mécréant, une sorte d’hypnotiseur, de mesmériste ou quelque chose du genre. Ôtez ce fatras de votre esprit maintenant et pour toujours. » [1].
« D’autres pensent qu’il s’agit [l’ostéopathie] d’une sorte de chamanisme magnétique. Elle n’est rien de tout cela ; elle est fondée sur des principes scientifiques. » [1].
« Si vous me considérez comme mesmériste, une grande dose d’anatomie pourrait chasser cette pensée. » [1]. Pour ATS, l’ostéopathie est scientifique et requiert la connaissance de l’anatomie. Elle n'a rien à voir avec le magnétisme.
[Photo de James Braid (1795-1860), source Wikipédia - Note du Webmestre]
Le Scientisme Chrétien
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Mary Baker Eddy naît en 1821 dans le New Hampshire aux États-Unis. Sa santé est très fragile et les différentes méthodes de guérison de l’époque ne lui sont d’aucun soulagement.
À 41 ans, elle rencontre un grand disciple de Mesmer qui pratique sa propre méthode, Mind Cure, basée sur la suggestion et l’autosuggestion. En une seule séance, Mary Baker est guérie !
En 1870, elle découvre sa mission : évangéliser et enseigner sa doctrine de « l’inexistence de la maladie ».
Le raisonnement de Mary Baker Eddy est le suivant : l’homme est divin ; Dieu est le bien ; Dieu n’est lui-même jamais malade ; comment son image, miroir vivant de la bonté divine, pourrait-elle être souffrante ? Par conséquent, le mal ne peut pas réellement exister ; tout ce qui est maladie, vieillesse et mort, n’est pas une réalité, mais bien une apparence trompeuse, une représentation mentale ; celui qui a reconnu cela ne peut plus être atteint d’aucune maladie ni être tourmenté par aucune souffrance. [20]
Toute science terrestre (médecine, physique, pharmacologie) est considérée par Mary Baker Eddy comme une erreur et une « absurdité inutile ». Le seul médecin dont elle reconnaît la méthode est le Christ ; les autres médecins, par le fait d’exister, engendrent la maladie au lieu de la guérir. Elle fonde la Christian Science avec un succès retentissant dans le monde entier [7]. [Photo de Mary Baker Eddy (1821-1910), source Wikipédia. Note du Webmestre]
Andrew Taylor Still et le scientisme chrétien
« Si, parce que je dénonce les drogues, vous me prenez pour un scientiste chrétien, retournez chez vous, prenez une dose de raison et débarrassez-vous de telles notions. » [1].
« [...] d’autres qu’il s'agit de — guérison par la foi —. Pour ma part, je n’ai aucune — foi —, je désire seulement que le fondement soit la vérité. » [1].
ATS ne s’oppose pas aux médicaments car il adopte la pensée du scientisme chrétien, mais bien parce qu’il a observé les effets désastreux de ceux-ci. Il estime que leur usage n'a pas de fondement scientifique au sens théorique du terme car les drogues ne soignent que les symptômes. L’usage des médicaments ne correspond pas à sa croyance de perfection originelle du corps par Dieu : au sein de ce corps parfait se trouvent tous les éléments chimiques utiles au rétablissement de l’harmonie.
[...] je souhaite dire que j’ai abandonné la médication en tant que guérison, parce que j’ai trouvé, à partir d’une longue expérience et à ma propre satisfaction, que l’homme médical ne saurait prétendre au titre de scientifique. » [3].
L’homéopathie
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Christian Frédéric Samuel Hahnemann naît en 1755 à Meissen en Saxe. Il étudie la médecine à Leipzig et devient docteur en 1779. Déçu par la médecine de l’époque, il se retire de la pratique médicale pour chercher une nouvelle approche. Il élabore alors le principe de « guérison par les semblables », base de la pratique homéopathique.
Pour Samuel Hahnemann, la maladie résulte d’une altération de la « dynamis » c'est à dire « du principe vital ». Ce déséquilibre de « l’énergie vitale » se manifeste par des symptômes et des signes constituant le « tableau symptomatologique » du malade. Les drogues, elles aussi, perturbent l’énergie vitale et sont ressenties par l’organisme comme des poisons. L’intoxication médicamenteuse produit donc elle aussi un tableau symptomatologique. En comparant les tableaux des intoxications à ceux des maladies, Samuel Hahnemann établit son principe de similitude : « Toute substance, capable de provoquer chez l’homme sain un ensemble de symptômes, guérira, s’il y est sensible, le malade affligé du même ensemble de symptômes. » [8]. [Photo de Christian Frédéric Samuel Hahnemann (1755-1843), source Wikipédia. Note du Webmestre]
Andrew Taylor Still et l’homéopathie
ATS considère chaque médicament, même à dose infinitésimale, comme une drogue. Il fait confiance au Dieu de perfection ayant placé tous les remèdes en l’homme et rejette donc toute ingestion médicamenteuse, y compris homéopathique.
« L’homéopathie a réduit les doses de drogues et, de la même manière, l’allopathie a trouvé possible de continuer avec moins de ces produits de mort. Chaque étape qui marque l’abandon ne serait-ce que d’un grain de drogues, développe l’esprit qui voit plus de Divinité et moins de drogues. » [1].
« L’ostéopathie n’a aucun besoin d’être aidée par l’allopathie, l’homéopathie, l’éclectisme ou tout autre système. » [3].
« Aucune pratique homéopathique avec ses pilules dragéifiées ne devrait être autorisée à salir ou polluer notre nom. » [1].
L’éclectisme
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L’éclectisme est une médecine fondée par Wooster Beach en 1830. Il associe la médecine traditionnelle amérindienne, basée sur les bains de vapeur, plantes purgatives, émétiques et stimulantes, avec les connaissances physiopathologiques de l'époque.
Andrew Taylor Still et l'éclectisme
« Pendant trente ans, j’ai vu à l’œuvre des systèmes longtemps protégés, d’une ignorance stupéfiante, criminelle, appelés allopathie, homéopathie, éclectisme, tous, sans exception, utilisant les drogues. Pourquoi sont-ils criminels ? Une fois que j’étais absent de la maison, un de mes fils eut un accès de fièvre. Un allopathe vint avec ses médicaments. Il croyait en les toniques, sédatifs, et beaucoup d’autres petites choses. Que fait l’éclectisme ? Il croit en ses purgatifs, ses transpirations, ses vomissements et ses brûlures ; il croit en ses seringues hypodermiques. Il les utilise et ainsi fait l’homéopathie. » [1].
Dès qu’il y a apport de drogues, ATS considère cette médecine comme ignorante et criminelle. ATS méprise toutes les autres médecines. Il respecte le médecin, mais condamne sévèrement sa thérapeutique.
« Les médecins ont traité la maladie du mieux qu’ils ont pu, avec des méthodes que l’usage de l’époque voulait les meilleures, malgré les échecs et la grande mortalité dus à leurs systèmes de traitement. » [3]. [Photo de Wooster beach, source : Southwest School of Botanical Medicine (format pdf) - Note du Webmestre].
Le Darwinisme
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Dans ses quatre livres, ATS ne parle pas de Darwin lui-même. Il cite à deux reprises l’expression « protoplasme darwinien ». Le protoplasme est la substance vivante se trouvant à l’intérieur de la cellule, c’est-à-dire le cytoplasme et le nucléoplasme. Charles Darwin et ses contemporains voyaient le protoplasme comme l’unique contenu de la cellule. En d’autres termes, les cellules n’étaient rien d’autre que des « gouttes composées de protoplasme ».
« Nous le découvrons travailleur habile et non — atome de vie, germe vivant de protoplasme. — » [3].
« Il est un homme adroit et non — un atome de vie, un germe vivant de protoplasme —. L’homme ; Mais qui le fit ? Certains diront — Dieu —. D’autres penseront que si Dieu a quelque chose à voir dans la création de l’homme — lui ou la loi générale par laquelle l’homme fut créé — il plaça dans son composé vital, l’essence d’une construction parfaite, celle-ci envahissant l’univers entier des mondes et des êtres. » [3]. Selon ATS, l’homme n'est pas que du protoplasme car Dieu y « plaça son composé vital, l’essence d’une construction parfaite ». Fidèle à son principe de perfection du corps humain, ATS n’abandonne pas sa croyance créationniste et ne parle même pas de la théorie de l’évolution et nous n’avons trouvé aucune trace du terme « vitalisme » (g) dans les quatre ouvrages de Still. [Photo de Charles Robert Darwin (1809-1882), source Wikipédia. Note du Webmestre]
g. Vitalisme : doctrine d’après laquelle il existe en tout individu un « principe vital » distinct de l’âme pensante comme de la matière.
TRAITS DE CARACTÈRE D'ANDREW TAYLOR STILL
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Dans sa thèse de doctorat en médecine, Alain Abehsera définit ATS comme un « hyperrationaliste », « paraît être un panthéiste (h) assez résolu », « Still est iatrochimiste et vitaliste par démission », « Il sera donc de cœur et de pratique un iatromécaniste. » [9]. |
h. Panthéiste : en philosophie, doctrine selon laquelle Dieu se confond avec la nature, divinisation de la nature. |
Persévérant
« Pendant vingt-deux ans, j’ai examiné les parties de la mécanique humaine […] » [1].
Déterminé :
« Je n’ai pas seulement œuvré à soulager et traiter le malade, j’ai également constamment gardé les yeux ouverts à la recherche de quelque défaut se manifestant dans l’œuvre de la nature, dans son objet, son plan, sa spécification, sa construction et son génie ; jusqu’à présent, je n’ai pas réussi à découvrir la moindre imperfection » [1].
Selon ses quatre livres, ATS nous apparaît plutôt comme un homme direct, authentique, un
Observateur :
« Pendant trente-cinq ans, j’ai peiné pour me familiariser avec la forme exacte de chaque os appartenant à la charpente de l’ensemble du corps. J’ai non seulement prêté attention à la forme de chaque os, mais également à la raison pour laquelle il diffère, dans sa forme et son action, de tous les autres os ; à ses exacts emplacements et articulations, de sorte que, lorsqu’il est déplacé, je sais exactement où est sa place, et comment le ramener à la position octroyée par le concepteur. Pendant des jours, des mois et des années, j’ai examiné et discriminé les positions normales et anormales de tous les os de l’ensemble du système. Grâce à cette étude détaillée, j’ai constitué dans mon esprit une image perpétuelle de chaque articulation au sein de la charpente du corps humain. » [3].
Critique :
« Pendant trente ans, j’ai vu à l’œuvre des systèmes longtemps protégés, d’une ignorance stupéfiante, criminelle, appelés allopathie, homéopathie, éclectisme, tous, sans exception, utilisant les drogues. » [1].
Il raisonne :
« Ma boussole, c’était la raison [...] » [1].
En tant que mécaniste :
« La pensée la plus sublime de ma vie concerne la mécanique et les œuvres telles que je les découvris dans l’édifice humain, accomplissant fidèlement toutes les fonctions connues […] » [1].
Il émet un postulat :
« Lorsque je brandissais ce petit drapeau (ostéopathie), il n’était pas bien grand, mais je décrétai [c’est nous qui soulignons] de ne jurer toute ma vie que par l’éternel Dieu et par Son œuvre. » [1].
Et recherche l’élément justifiant son postulat...
« C’est à ce moment-là que je me convainquis de l’existence d’autre chose, plus sûr et plus fort que les drogues, pour vaincre la maladie, et que je jurai de le chercher jusqu’à ce que je le trouve. » [1].
Et il le trouve !...
« En 1874, j’adoptai le point de vue selon lequel le sang vivant essaime des corpuscules vivants qui sont transportés vers toutes les parties du corps. En entravant ce courant de sang, on quitte la rivière de la vie pour entrer dans l’océan de la mort. Voilà ma découverte. » [1].
Cette démarche est loin d’être scientifique.
Quels sont les éléments majeurs ayant influencé sa démarche ?
- Sa croyance en la perfection divine
« J’aime Dieu parce que Ses œuvres sont parfaites et dignes de confiance. » [1].
- Ses observations de la nature
« J’ai acquis un savoir à l’université de la nature […] » [1].
- De la haute toxicité des drogues de l’époque
« L’allopathie a ruiné des nations, elle a établi des bars à whisky, des fumoirs à opium, des asiles d'aliénés, elle a créé des mères dénudées et des enfants affamés, et elle ose encore crier bien fort : – Venez à moi et je vous donnerai la paix. J’ai de l'opium, de la morphine, et du whisky au tonneau. –. » [3].
La mort de ses enfants qui nous semble être l’élément clef de sa vie. Suite à cet événement dramatique, il pose son postulat.
Comment se place-t-il par rapport aux courants de pensée qu’il cite?
Il les rejette
« Ôtez ce fatras de votre esprit maintenant et pour toujours. » [1].
« Je ne vous demande pas seulement, je vous ordonne de vous rappeler que l'ostéopathie, en tant que science, est complètement indépendante de toutes les autres théories. » [3]. « J'ai exploré en lisant et en décortiquant beaucoup d'écrits sur des sujets de même nature, espérant trouver quelque chose sur cette grande loi, écrit par des philosophes anciens, mais j'en suis revenu les mains aussi vides qu'au départ. » [1].
Quelles sont alors les sources qu'il reconnaît ?
- Dieu
« Dieu est le Père de l’ostéopathie et je n’ai pas honte de l’enfant de sa pensée. » [1].
- et l’expérience
« Je ne citerai aucun auteur, je me référerai seulement à Dieu et à l’expérience. » [3].
Selon ATS, qu'est-ce qu'un ostéopathe ?
« Un ostéopathe va, avec ses seules mains, solitaire. Et en quoi place-t-il sa confiance ? En premier, dans l’intelligence et l’immuabilité de Dieu. » [1].
« L’ostéopathe est un machiniste qui vérifie et qui ramène les parties endommagées dans leur condition première. La nature fait le reste. » [3].
« […] par l’ajustement normal de la charpente osseuse, l’ostéopathe recherche la perfection physiologique dans la forme, de sorte que les artères puissent délivrer le sang nécessaire à nourrir et construire toutes les parties ; également pour que les veines puissent emporter toutes les impuretés ce qui conditionne la rénovation ; également que les nerfs de toute sorte puissent être libres et non obstrués en appliquant les forces de la vie et du mouvement à toutes les divisions et à tout le système du laboratoire de la nature. » [4].
Ce développement schématique n'a pas l’intention d’être réducteur de la pensée ni de l’individualité d'ATS. Il nous semble être le reflet des fondamentaux de sa pensée.
CONCLUSION
Par notre travail, nous avons voulu apporter un éclairage objectif sur le personnage d’ATS.
Il reste encore des zones d’ombres :
Quelle était la pratique médicale des Indiens Shawnees ? Pratiquaient-ils des manipulations articulaires et tissulaires ? Quel était l’impact réel de la franc-maçonnerie sur la pensée d’ATS ? La difficulté pour obtenir des informations à ce sujet requiert sans doute des recherches « sur place » par un franc-maçon.
L’enquête reste ouverte...
Cet article est le compte-rendu d’une recherche réalisée dans le cadre d’un mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’ostéopathe au SCOM, 52, rue César De Paepe. 6043 Ransart (Belgique).
RÉFÉRENCES
1. STILL AT. Autobiographie. Vannes (France) : Sully;1998. HEFFER J. L'union en péril : la démocratie et l'esclavage
2. (1829-1865). Nancy (France) : Presses universitaires de Nancy;1987.
3. STILL AT. La philosophie et les principes mécaniques de l'ostéopathie. Paris : Frison-Roche;2001.
4. STILL AT. Ostéopathie recherche et pratique. Vannes (France) : Sully;2001.
5. GALCERAN S. Les francs-maçonneries, repères. Paris : Editions La Découverte;2004.
6. VINCENT B, MARIENSTRAS E. Les oubliés de la Révolution américaine ; Femmes, Indiens, Noirs, Quakers, francs-maçons dans la guerre d'indépendance. Nancy (France) : Presses universitaires de Nancy;1990
7. ZWEIG S. La guérison par l'esprit. Paris : Le livre de Poche;2005.
8. BUSCHAUER W. Homéopathie, parachèvement de la médecine hippocratique. Sainte-Ruffine (France) : Maisonneuve;1998.
9. ABEHSERA A. Andrew Taylor Still, l'Ostéopathie à ses débuts, histoire et principes [Thèse]. Université Paris Nord : Faculté de médecine de Bobigny;1985.
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