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Andrew Taylor Still et la fondation de l'ostéopathie
4e partie : Discussion
Auteur : C. Hamonet
Extrait de la Revue de Médecine Manuelle Ostéopathie n° 29 - Décembre 2009.
Extrait de la Revue de Médecine Manuelle Ostéopathie n° 29 - Décembre 2009.
Article reproduit avec l'autorisation du Dr Jean-Yves Maigne, Rédacteur en chef de la Revue.
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Le Site de l'Ostéopathie remercie particulièrement le Prof C. Hamonet et le Dr J.-Y Maigne de nous avoir autorisé à publier cet article.
Discussion
La lecture des écrits de Still et de ses élèves et admirateurs conduit à quelques observations et réflexions.
1 - Nous sommes surpris par l’absence de description des modalités thérapeutiques de l’ostéopathie. Dans les deux ouvrages de Still, il est question d’anatomie humaine, de physiopathologie et de considérations générales en prenant des exemples avec d’autres inventeurs avant-gardistes (Morse, par exemple) (12). Par contre, les méthodes d’examen vues par l’ostéopathe, les traitements et leurs indications ne sont pas évoqués. On y parle de formation (trois ans) mais sans en préciser le contenu et les modalités, ou très peu.
2 - On peut s’interroger sur l’aspect délibérément mécaniste de la vision que Still a de l’ostéopathie : « j’ai étudié l’Homme comme une machine. Je suis ingénieur et je connais les locomotives. » (1). Ceci cadre mal avec l’esprit humaniste de « bienfaiteur de l’Humanité » (figure 19) que lui attribue un auteur local de Baldwin. Le malade, le patient et ses souffrances, son vécu, sont absents des propos de thérapeutes de Still. Il n’est question que de maladie et biomécanique. De cette façon, Still se rapproche, sans le savoir, des médecins qu’il décrie tellement dans leur façon d’aborder les patients. De plus, il refusait les « drogues » qui, à cette époque déjà, apportaient tout de même quelques soulagements aux fortes douleurs.
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| Figure 19 : Œuvre de Liteer, biographe local de « Still pionnier, inventeur et bienfaiteur... ». |
3- Le lien avec le divin est constamment rapporté : « Dieu est Dieu et la machinerie qu’il a placé en l’Homme est parfaite ». Ceci n’est pas sans évoquer « le grand architecte » dont il est question un peu plus loin dans le texte de Still et un discours d’inspiration maçonnique. Nous y voyons une étrange articulation ou amalgame entre l’esprit maçonnique et l’anatomie dans une sorte de spiritualisation du corps et de sacralisation de l’ostéopathe qui, à l’instar des « initiés », se différencie des « profanes ». Ceci introduit un langage ésotérique, un tantinet prophétique, avec l’usage fréquent de paraboles. Il faut peut-être y voir une des raisons de l’intérêt pour le discours ostéopathique d’une société saturée de matérialisme et de technologies froides, voire brutales, trop souvent assorties d’un discours inquiétant de la part du médecin qui ne sait plus écouter et toucher. La recherche d’inclusion d’une dose de spiritualité avec ou sans « énergie » ne choque pas ; bien au contraire, elle séduit. Il n’évoque jamais Darwin. Il aurait cependant été intéressant de connaître ses réactions face à « l’évolution des espèces » qui, il y a tout juste quelques années, a été interdite d’enseignement dans toutes les écoles publiques du Kansas. La « Bible Belt » toujours !
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Figure 18 : Attestation de libération d’Andrew Taylor Still de l’armée à la fin de la guerre de sécession en 1866. |
4- La construction du discours de Still apparaît comme une alternative plus novatrice, plus intelligente que la pratique médicale présentée comme dévoyée, recourant à l’usage de drogues, violente (leurs baillonnettes sont des scalpels) (1), teintée d’ignorance. C’est excessif, même pour l’époque, mais ceci permet de transformer une antithèse en thèse, d’apparence scientifique, en tout cas « salvatrice » de l’iatrogénie. Une sorte de choix dichotomique entre « les méchants » (les médecins) et les « gentils » (les ostéopathes). L’ostéopathie se présente alors comme une médecine « naturelle », non instrumentale ni invasive, à mains nues, ce qui va tout à fait avec la tendance écologiste et « durable » actuelle. L’ostéopathie bénéficie, dans l’esprit du public, des deux grands axes qui ont fait le succès populaire des médecines douces selon l’anthropologue de la santé François Laplantine : « Globalité et personnalisation tant au niveau du diagnostic que de la thérapeutique et Médecine naturelle non toxique et non iatrogène » (16).
Lire la suite : Conclusions & Bibliographie
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