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A.T. Still et la fondation de l'ostéopathie - 3e partie

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Andrew Taylor Still et la fondation de l'ostéopathie
3e partie : De l'ostéophilie à l'ostéopathie

Auteur : C. Hamonet

Extrait de la Revue de Médecine Manuelle Ostéopathie n° 29 - Décembre 2009.

Extrait de la Revue de Médecine Manuelle Ostéopathie n° 29 - Décembre 2009.

Article reproduit avec l'autorisation du Dr Jean-Yves Maigne, Rédacteur en chef de la Revue.

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Le Site de l'Ostéopathie remercie particulièrement le Prof C. Hamonet et le Dr J.-Y Maigne de nous avoir autorisé à publier cet article.


 

De l'ostéophilie à l'ostéopathie

Quand on étudie la vie et les ouvrages de Still (1), on est frappé par la présence constante d’ossements (figure 14) qu’il se procurait dans les cimetières indiens après avoir observé, dans son enfance, les squelettes des écureuils (nombreux dans ces contrées) qu’il observait après dissection, dans son enfance. Il est volontiers photographié un fémur, un bassin ou une colonne vertébrale à la main (figure 14). Il les utilisait pour expliquer, de façon concrète, les mécanismes des déplacements osseux qui expliquent, selon lui, les phénomènes pathologiques.

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Figure 14 :A.T.Still est accompagné de son épouse qui frappe sur la Remington les commentaires de son mari.

C’est probablement cette pratique autour des ossements qui lui a inspiré le terme d’ostéopathie à partir d’avril 1855 (1). Cette symbolique de l’os sera conservée jusqu’à maintenant par les chiropracteurs qui apparaissent comme une branche de l’ostéopathie, dans leur emblème constitué d’un squelette de bassin surmonté d’une colonne vertébrale. Il se continuera à travers un authentique culte vertébral perpétré, en Europe et notamment en France par certains médecins (9, 10) et par d’autres professionnels de la santé, kinésithérapeutes et même ergothérapeutes, qui exhibent volontiers un squelette dans les salles de cours de leurs lieux de formation, à l’instar de la première promotion des élèves de Still photographiés à Kirksville (figure 15) où il fonde la première école d’ostéopathie, autour d’un squelette placé à côté de leur maître. Nous l’interprétons comme le symbole de l’appropriation du corps à travers un savoir sur le corps et, dans le cas des ostéopathes, de modifier ce corps lorsqu’il souffre par le pouvoir de leurs mains. On comprend alors la volonté des nouveaux ostéopathes actuels d’être enseignés en Anatomie et, comme cela a été expressément demandé à un Professeur d’Anatomie parisien récemment, en « anatomie ostéopathique ». Probablement pour se différencier de la « vielle école » ?

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Figure 15 :C’est dans ce bâtiment, construit pendant l’été 1892, qu’Andrew Taylor Still a débuté son enseignement de l’Ostéopathie.
(“The lenghtening Shadow of Dr Still”, Arthur Grant Hildreth).


Le dérangement vertébral

 

Il n’est pas toujours facile de cerner le contenu théorique de l’ostéopathie. A. T. Still était passionné par les aspects physiopathologiques et était persuadé que lui seul était capable de comprendre et d’expliquer la survenue des phénomènes pathologiques. Il considérait d’ailleurs qu’entre Hippocrate et lui, il n’y avait personne ! Still a exposé ses idées dans son livre autobiographique : “ History of the discovery and development of the science of osteopathy ”, publié en 1897 et deux ans après (1899) dans “ Philosophy of osteopathy ” (12).

La théorie est simple et peut se résumer au fait que l’existence d’un “ dérangement ” mécanique de l’organisme humain est à l’origine de tous les phénomènes pathologiques et que seul l’ostéopathe a le pouvoir de le corriger par un traitement « ostéopathique ».

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Figure 9 : On voit déjà poindre dans les
commentaires physiopathologiques
la part importante accordée
aux vaisseaux sanguins par Still.

A.T. Still décrit, dans son ouvrage, ce qu’il appelle “le premier traitement ostéopathique” (figure 9) qu’il s’est appliqué à lui-même, ce sera la “ first lesson of osteopathy ”. Adolescent, il venait de faire une chute brutale. Il a ressenti une vive douleur à la tête. Il s’est allongé sur le sol et a glissé une corde, recouverte d’un linge sous son cou, à 10 ou 15 cm du sol, et il a utilisé l’ensemble de ce dispositif à la manière d’un oreiller oscillant (swinging pilow). Son mal de tête s’est évanoui ainsi que les douleurs gastriques qui l’accompagnaient et il a pu s’endormir. Après cette première expérience, il a continué à utiliser cette technique chaque fois qu’il en ressentait le besoin, pendant 20 ans précise-t-il. Selon une habitude qui est très marquée chez lui, il a cherché une explication logique et mécaniste. Il agissait ainsi sur les “grands nerfs occipitaux et harmonisait le flux entre les courants veineux et artériels”.

Un autre principe de Still est :“ The rule of the artery must be universal and unobstructed, or disease wil be the result ” (1). La traduction exacte nous semble difficile. Still a choisi, pour support physiopathologique la structure du corps humain. Ses approches mécanistes contrastent avec l’idéologie humaniste à laquelle il se réfère constamment. On a la sensation d’un amalgame entre la découverte de la perfection (et des imperfections à travers la maladie) du corps humain et une spiritualité qui, au sein de la Nature, rapproche Dieu et les Hommes. Ceci confère aussi un pouvoir spécial aux ostéopathes qui, seuls, sont aptes à guérir. Ceci est toujours d’actualité car un étudiant parisien en ostéopathie nous confiait récemment avec aplomb qu’à la différence des kinésithérapeutes, les ostéopathes « sentaient » la vibration des molécules.

Une attention particulière est portée à l’axe autour duquel ou sur lequel est fixé le reste du corps humain : la colonne vertébrale. Cette dernière, dans la pensée de Still, détient “ la clé de la bonne santé ”. Il appelle curieusement ce principe : “ la règle de l’artère ”. Il estime que les états pathologiques apparaissent chaque fois qu’il y a un “ dérangement vertébral ”. La réponse de Still est très simple : il convient de remettre en place chaque pièce de la colonne vertébrale déplacée par un “ ajustement ” mécanique effectué par les mains de l’ostéopathe. Ce dernier est alors, au sens littéral, un “ hands on doctor ” (1, 4, 5). Ceci sera repris par D. D. Palmer, épicier et magnétiseur, qui viendra se faire soigner par les frères Still et copiera leurs méthodes en créant la Chiropraxie. Ainsi qu’en témoigne Hildreth, page 45 : « Palmer took treatments from Dr. Stil for a few weeks. He also talked with Dr. Stil students, and was treated by many of them. When we next heard of him, he had “discovered” a method of treating diseases by the hands, which he called chiropractie ” (4). Cette dernière est définie de la façon suivante par Edward Henry Schwing :

“ Contrairement à la médecine qui procède depuis son origine par tâtonnements construisant toujours de nouvelles hypothèses destinées à être remplacées par d’autres, la chiropraxie s’est érigée, une fois pour toutes, sur son principe essentiel, atteint dès la première expérience : le rôle de la colonne vertébrale et du système nerveux dans l’équilibre de la santé. Cette base demeura inchangée et inébranlable au cours des recherches ultérieures et c’est ce qui permit à cette science de faire de si grands progrès en si peu de temps. La philosophie chiropratique, malgré tous les assauts qu’elle eut à subir demeura intangible et toutes les nouvelles découvertes se groupèrent dès lors, autour de ce noyau ” (figure 12) (11). Cette définition rappelle fortement par son esprit uniciste et sa formulation le discours de Still.

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Figure 12 : En 1993, il n’y avait plus d’ostéopathe à Baldwin mais seulement un chiropracteur.


Une anti-médecine

 

La chiropraxie, comme l’ostéopathie, se définit “ contre la médecine ” qui est appelée « la médecine de la vieille école ». Elle s’oppose à elle, de diverses façons. Toutes les deux se présentent comme une “ antimédecine ” et non pas seulement comme une façon supplémentaire ou complémentaire de soigner. Le titre de l’ouvrage de Schwing, “ la chute d’Esculape ” est, à cet égard, éloquent (11).

Les ostéopathes contemporains n’on guère dévié et proposent cette définition de l’ostéopathie : “ Une méthode thérapeutique manuelle qui s’emploie à déterminer et à traiter les restrictions de mobilité qui peuvent affecter l’ensemble des structures composant le corps humain. Toute perte de mobilité des articulations, des muscles, des ligaments ou des viscères peut provoquer un déséquilibre de l’état de santé ” (site Internet de l’Union Fédérale des Ostéopathes de France) (12).

On est en face d’une théorie simpliste, très “mécaniste”, uniciste qui explique tous les états pathologiques par un mécanisme identique conduisant, avec des variantes, au même type de traitement. Cette approche apparaît également très “ matérialiste ”, ne laissant pas de place à la psychologie du patient qui se trouve réduit à un assemblage d’os, de ligaments et de muscles. La théorie ostéopathique inaugurale de Still introduit la notion d’un pouvoir thérapeutique spécifique, propre à l’ostéopathe, seul capable par le contact direct de ses doigts de comprendre et de guérir certains désordres du corps et de rendre la santé au malade.

Il y a chez Still, une symbolique de la reconstruction du corps humain qu’il sacralise en le définissant, selon une terminologie maçonnique, comme une “ architecture parfaite ”. Cette imprégnation par les principes maçonniques est également apparente lorsqu’il dit du lien entre le système musculo-squelettique et le système nerveux qu’il est “the most supreme example of the perfection of the work of the divine architect (Still, cité par Hidreth) (5). Ailleurs, il se réfère à l’ensemble de l’organisation du vivant : « Le grand Architecte de l’Univers construit sans bruit de marteau ; la nature œuvre en silence ». Logiquement, il appuie cette connaissance de l’architecture de l’Homme sur des bases anatomique très solides. Ceci lui fait dire : « the first lesson for osteopath is Anatomy », « le second lesson is Anatomy », “ the last lesson is Anatomy ! ”.Tout ceci va bien, aussi, avec l’esprit pionnier ambiant de l’époque et avec la propre vision que Still a de lui-même lorsqu’il se compare à Christophe Colomb partant à la découverte de nouveaux mondes (1). Il ne sourit pas quand il déclare que ses élèves considèrent qu’il est « le fondateur et le créateur de la plus grande science jamais donnée à l’Homme » (philo de l’ostéopathie).

Still n’avait pas fait d’études de Médecine, contrairement à ce qui a parfois été écrit. Cela était quasiment impossible à son époque, aux États Unis, où les premières écoles de médecine se structuraient à peine. Les médecins américains étaient surtout formés, par compagnonnage, par d’autres qui leur apprenaient, parfois en quelques mois, les rudiments du métier. Par ailleurs les homéopathes prospéraient à Baldwin et s’affrontaient avec les ostéopathes (1) .Pierre Tricot dans son introduction à sa traduction du deuxième livre, écrit tardivement par Still, mentionne que Still dans les années 1860 a voulu suivre l’enseignement de la « Kansas City School of Physicians and surgeons » et qu’il a abandonné, dégoûté par les enseignements (12). Ce que confirme Still dans son ouvrage autobiographique exprimant son hostilité à l’alcool (le Whisky surtout) dans un esprit que le puritanisme religieux ambiant ne devait pas désapprouver (1).

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Figure 16 : Extrait de « autobiography of Andrew Taylor Still ».

On comprend que Still n’ait pas eu pour le corps médical de son époque ou plutôt ce qui en tenait lieu, une haute estime (figure 16). Il avait, de plus, un motif personnel de leur vouer de l’animosité : trois de ses enfants (dont un était un orphelin adopté comme cela arrivait souvent dans une région où il était dangereux de vivre) étaient décédés, coup sur coup, lors d’une même épidémie de méningite, en pleine guerre de Sécession, en 1864. Pourtant, Still, lui-même, a obtenu, en 1893, l’autorisation (enregistrée sous le N°71) d’exercer comme “ Physician and Surgeon ” dans le Comté d’Adair (figure 17) et de Macon, dans le Missouri (4).

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Figure 17 : Certificat N° 60 du 28 juillet 1883, décerné par l’Etat du Missouri, autorisant Still à exercer comme médecin et chirurgien dans les comtés d’Adair.
(“The lenghtening Shadow of Dr Still”, Arthur Grant Hildreth, Macon, Mo, 1938).

Still considérait, comme Molière, les médecins de son époque comme verbeux, ignorants, inefficaces et surtout dangereux. Son frère, Charles Still, opposait à ces pratiques médicales aléatoires, celles “ efficaces ” de l’ostéopathe : “ une chose est certaine, personne n’a jamais souffert des médicaments après avoir visité un ostéopathe ”(4). C’est une galéjade puisque par principe l’ostéopathe considère le médicament comme un poison, à moins que cela signifie qu’après avoir vu un ostéopathe on n’a plus besoin de médecin ! Dans les deux cas on sent bien la volonté de l’ostéopathie de s’opposer à la médecine. Et, pourtant, nous avons découvert dans les archives municipales de Baldwin qu’un médecin français, formé à Montpellier, y exerçait en même temps que Still.


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Mise à jour le Mardi, 13 Septembre 2011 15:36  

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