| Index de l'article |
|---|
| Préface de Philosophie de l'ostéopathie |
| Notes |
| Toutes les pages |
Traduction de l'américain par Pierre Tricot DO
Edition Sully - 2ème édition 2003 - www.editions-sully.com
La Philosophie de l’Ostéopathie (Philosophy of Osteopathy) est le second livre d’A. T. Still, publié en 1899, deux années après l’Autobiographie. Still a 71 ans et sa santé décline. D’anciens élèves commencent à publier des ouvrages sur l’ostéopathie dont Still n’est pas du tout satisfait. Dès lors, il se sent pressé par l’urgence de consigner l’essentiel ostéopathique. Philosophie de l’ostéopathie est le premier ouvrage écrit par Still avec cet objectif en tête. Il est à noter que cet ouvrage reprend la plus grande partie de textes écrits dès 1892, et publiés seulement en 1902, sous le titre Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie.
Pour bien comprendre l’ouvrage, il me semble important de rappeler ce qu’était la médecine et sa pratique dans le Middle West américain à l’époque de Still, d’évaluer quel était le niveau de connaissances du temps concernant les sciences de l’homme, de présenter certains éléments de l’histoire du collège de Kirksville et du développement de l’ostéopathie, jouant un rôle important dans l’état d’esprit de Still à cette époque, et d’évoquer enfin rapidement les influences qu’a subies Still et les sources auxquelles il s’est référé pour développer son modèle philosophique.
Une médecine inefficace et dangereuse
La médecine officielle de ce temps dans le Middle West américain est plus proche des descriptions de Molière que de la médecine actuelle. Elle est d’ailleurs le plus souvent inefficace et même souvent dangereuse. La théorie régnante est celle de Benjamin Rush (1) qui, se fondant sur les découvertes de William Harvey (2) concernant la circulation sanguine, prétend que la fièvre, en produisant une tension dans les vaisseaux sanguins, provoque la maladie. Il en conclut que le traitement le plus adéquat consiste à relâcher cette tension en utilisant les vieilles techniques de la saignée et de la purgation de l’estomac et des intestins. Les patients sont saignés jusqu’à l’inconscience et purgés à l’aide du calomel (3) jusqu’à présenter des signes d’empoisonnement mercuriel accompagnés de salivation. Still lui-même en a subit les conséquences : « Lorsque j’avais à peu près quatorze ans, j’eus une crise de sialorrhée (4). Je pris plusieurs doses de calomel. Cela me fit tomber les dents. Aujourd’hui, j’utilise un appareil partiel parce que j’ai vécu une époque et une génération où les gens ne surent rien faire de plus intelligent que transformer ma mâchoire en cinabre. » (Still, 1998, 222-223). Il faut du courage pour endurer ces pratiques, ce qui leur vaut d’être appelées médecine héroïque.
Entre 1770 et 1850, le système de Rush domine l’enseignement et la pratique de la médecine américaine. Mais progressivement, une sérieuse résistance se développe face à ces pratiques qui sont peu à peu délaissées, au profit d’autres drogues telles l’opium, la cocaïne et l’alcool qui, hélas, entraînent la dépendance et… la fidélité du client. La plus sûre des thérapeutiques à cette époque est sans doute de ne rien faire. Still appellera les pratiques de ce temps médecine de l’à-peu-près, ou du viser-rater : « C’est de la philosophie de l’ostéopathie dont l’opérateur a besoin. Par conséquent, il est indispensable que vous connaissiez cette philosophie sinon, vous échouerez sévèrement et n’irez pas plus loin que le charlatanisme du ‘viser–rater.’ » (Still, 1998, 144).
D’autres systèmes
D’autres systèmes existent, notamment les systèmes botanistes, mais à cause des infinies possibilités de variations dans cette médecine et du manque de standards d’enseignement, elle finit par tomber en désuétude.
À la même époque, un certain Dr Beach combine ce qu’il considère comme le meilleur de la médecine régulière, des sorciers indiens, des sage femmes et des praticiens botanistes, au sein d’un système qu’il appelle éclectisme. Après 1840, une autre conception médicale, l’homéopathie, prend de l’expansion. Fondée par le médecin allemand Hahnemann [5], elle est apparue en Amérique dans les années 1820. Cette approche séduit surtout les intellectuels et les réformateurs qui apprécient particulièrement les faibles dosages qu’elle propose.
Une formation souvent insuffisante
À cette époque, la pratique médicale n’est pas réglementée au sein de l’Union. Elle ne le sera que progressivement à partir des années 1870. Dans les villes et contrées de l’Est, les médecins sont formés dans des écoles dont les programmes sont proches des cursus des collèges et facultés européens. Mais ces praticiens, souvent issus de milieux aisés (les études sont payantes et chères), ne sont guère désireux – à part quelques idéalistes – de quitter le confort et la sécurité de l’Est pour la précarité de la vie pionnière. Ainsi, la plupart des médecins des régions frontalières se forment sur le tas, auprès d’un praticien déjà en exercice, ce savoir pratique étant complété par la lecture d’ouvrages que possède le praticien. Still apprend donc la médecine auprès de son père, prêcheur méthodiste et médecin, et au contact des indiens shawnees et de leurs pratiques.
Dans les années 1860, désirant parfaire sa formation médicale, il tente d’intégrer un enseignement plus formel : « Ultérieurement, il dira que lors de son entrée à l’École de médecine et de chirurgie de Kansas City, immédiatement au sortir de la guerre de Sécession, il fut dégoûté par les enseignements et n’alla pas jusqu’au diplôme. Évidemment, un diplôme d’une école médicale de l’époque ne signifiait pas grand chose, si ce n’est un papier à accrocher au mur. Les conditions exigées pour entrer dans ces entreprises pour la plupart commerciales se réduisaient généralement à la capacité de payer les frais de scolarité. L’étudiant devait assister à un cours de deux années de conférences échelonnées de novembre à février, la seconde année présentant le même programme que la première, sans entraînement clinique et comme beaucoup d’étudiants étaient illettrés, seul un bref examen oral était requis pour obtenir le diplôme » (Trowbridge, 1999, 133-134).
Son intérêt pour la mécanique le conduit à rapprocher ses trouvailles de l’organisation de la structure humaine et à se plonger dans l’anatomie, qu’il étudie sur les squelettes indiens. Il est ainsi révolutionnaire en émettant l’idée d’une relation entre l’anatomie et la fonction. Cette étude, lui fournissant un support réel de connaissance, lui permet également de sortir de l’empirisme médical de l’époque. En combinant une connaissance anatomique et physiologique à la logique d’un raisonnement, il est pionnier dans l’approche scientifique de la maladie et de la médecine.
Le début de la médecine scientifique
L’évaluation des connaissances médicales du temps est également indispensable pour comprendre les propos que Still tient dans Philosophie de l’Ostéopathie. Nous sommes en 1899. Ignace Semmelweis (1818-1865), obstétricien hongrois a découvert l’origine infectieuse de la fièvre puerpérale et préconise l’asepsie, mais il est combattu par les médecins de l’époque et ses travaux ne sont pas diffusés. En France, Claude Bernard (1813-1878) vient de jeter les bases de la médecine expérimentale, fondement de la médecine actuelle. Louis Pasteur (1822-1885) et ses travaux commencent seulement à être reconnus, En Angleterre, Joseph Lister (1827-1912) lutte pour imposer la notion d’asepsie, En Allemagne, Robert Koch (1823-1910) découvre le bacille de la tuberculose (1882), aboutissant à la découverte de la tuberculine.
Toutes ces recherches qui constituent le point de départ de la médecine scientifique moderne, ne sont peut-être pas encore connues de Still, ou bien la méfiance qu’il a développée à l’égard de tout ce qui est médical le rend très circonspect à leur égard : « D’après l’histoire, nous avons fait une erreur et l’avons poursuivie pendant des milliers d’années. Nous avons essayé de connaître et d’éviter les effets que nous appelons maladie en utilisant quelque chose dont nous ne comprenons pas l’effet. Lorsque nous sommes malades, nous prenons des poisons, beaucoup ; de l’espèce et de la qualité aux effets meurtriers ; et pire encore, durables. On dit qu’une dose de soufre prise aujourd’hui sera retrouvée dans les analyses soixante jours plus tard. Combien de temps durent les effets ? Il peuvent persister soixante ou soixante dix ans. Lorsque j’étais enfant, j’ai reçu du poison dans le bras – ils l’appelaient virus. Combien de temps est-ce demeuré dans mon corps ? C’est resté à travers plusieurs épidémies de variole ; l’effet est donc sans fin. » (Still, 1998, 223).
Il raisonne donc à partir de son niveau de connaissance en anatomie et en physiologie et formule des hypothèses par rapport à ce qu’il observe ou aux résultats qu’il obtient. Dans beaucoup de cas, nos connaissances d’aujourd’hui sont venues invalider ces hypothèses, apportant d’autres explications. Pourtant, le bon sens, la faculté d’observer, l’aptitude à résoudre les difficultés et les résultats obtenus nous obligent à admettre que malgré cela, l’ostéopathie demeure une approche véridique et efficace, même si Still nous déroute souvent.
Expansion et conflits
L’histoire du collège et du développement de l’ostéopathie nous donnera enfin quelques ultimes lumières sur les motivations poussant Still à écrire et publier Philosophie. Jusqu’en 1896, le collège de Kirksville (fondé, rappelons-le, en 1892) a été la seule institution de formation à l’ostéopathie. Still a pu assez facilement contrôler le développement et les orientations prises par le mouvement, mais à partir de 1896, d’autres collèges se sont créés (entre 1896 et 1899, treize collèges légitimes se sont ouverts). Dès lors, il ne contrôle plus le mouvement et sent l’ostéopathie lui échapper, prendre des orientations qu’il ne souhaite pas, et il en souffre.
Au sein même du collège de Kirksville existent des conflits dans les orientations de l’enseignement, notamment entre Still d’une part, et William Smith, [6] enseignant de la première heure au collège et les frères Littlejohn, d’autre part, tous écossais et médecins. Les frères Littlejohn sont arrivés aux États-Unis vers les années 1890. John Martin Littlejohn – celui là même qui fondera la British School of Osteopathy à Londres en 1917 –, est diplômé de l’université de Glasgow, James est chirurgien et docteur en médecine et David détient un diplôme en sciences. [7] Souffrant de problèmes de nuque et de gorge, John Martin se rend à Kirksville pour y recevoir un traitement ostéopathique. Il recouvre la santé et il est recruté pour donner des cours à l’ASO [8] sur son sujet favori, la physiologie. En 1898, il devient doyen de la faculté et professeur de physiologie à l’ASO, tout en suivant les classes d’ostéopathie. James et David rejoignent leur frère à Kirksville où ils enseignent également, tout en étudiant l’ostéopathie. [9]
William Smith et les Littlejohn sont médecins et fervents partisans de la médecine scientifique qui commence à se développer. John-Martin envisage une ostéopathie largement fondée sur la physiologie plutôt que sur l’anatomie. Tout en étant attiré par les principes naturalistes sous-jacents à l’approche de Still, croyant à l’approche sans drogue, Littlejohn défend ardemment que tout ce qui fait partie de la science médicale – excepté la matière médicale –, doit être inclus dans le programme d’étude et de pratique. [10] Ainsi, sous l’action conjuguée de William Smith et des frères Littlejohn, le caractère de l’ASO commence à changer ce qui aboutit à d’inévitables heurts avec Still.
Edmond. R. Booth, un des premiers ostéopathes, évoque ces conflits : « en plusieurs occasions, Still ferma l’école pour discuter avec les enseignants de la compatibilité du diagnostic médical et de l’ostéopathie. Un étudiant se rappela Still faisant irruption furieux dans une salle de classe, écrivant frénétiquement au tableau : ‘Pas de physiologie !’ » (Booth, 1905, 493). Voilà qui est important pour nous permettre de comprendre l’attitude de Still et les propos qu’il tient dans Philosophie de l’Ostéopathie. Il y défend une conception presque purement anatomique de l’ostéopathie, accordant peu de place aux connaissances en physiologie.
On peut être surpris de l’attitude de Still face aux avancées des sciences médicales de son temps. De la part d’un homme qui a toujours été favorable au progrès, cette attitude étonne. N’écrit-il pas dans Autobiographie : « Mon père était un fermier progressiste, et il était toujours prêt à laisser de côté un vieille charrue s’il pouvait la remplacer par une autre mieux adaptée à son travail. Durant toute ma vie, j’ai toujours été prêt à acheter une meilleure charrue » ? (Still, 1998, 168). Il est probable que les raisons profondes expliquant une telle attitude sont multiples et diffuses. Pour Still, le danger principal de la recherche médicale, vient de l’assimilation de tous les nouveaux aspects apportés en un tout : mélange de la physiologie avec les autres disciplines telles que la pharmacologie. Or, on sait à quel point il a toujours été hostile à l’utilisation des drogues : « j’ai appris que les drogues sont dangereuses pour le corps et que la science de la médecine n’est – comme l’admettent certains grands praticiens–, qu’une hypocrisie. » (Still, 1998, 41). Il ressent donc un danger à accepter ce que peuvent apporter les développements médicaux de l’époque avec le risque de voir s’émousser l’identité, l’originalité et la pureté de l’ostéopathie. Les difficultés actuelles de l’ostéopathie américaine nous prouvent la justesse de son pressentiment.
Enfin, bien qu’apparemment séduit par la personnalité et le savoir de Littlejohn, Still résiste farouchement à ses propositions. Littlejohn, sans doute aussi sûr de sa position que l’est Still de la sienne, procède probablement de manière très malhabile pour la faire accepter.
Pour terminer, n’oublions pas que malgré la grande ouverture d’esprit dont il a fait preuve toute sa vie, Still est maintenant âgé de 71 ans. L’accumulation des certitudes amassées au cours d’un long exercice professionnel, couronné de nombreux succès lui a donné une conviction absolue quant à la véracité de ses théories. De plus, ces certitudes ont été acquises dans la souffrance, face à un ostracisme médical et religieux difficile à imaginer. Cela, associé à sa personnalité peu encline à la souplesse et au compromis et à la rigidité que confère souvent l’âge, nous permet de comprendre que les propos ne soient pas mesurés.
Philosophie d’abord
Dans cet ouvrage, Still ne nous parle que de philosophie [11], c’est-à-dire qu’il nous indique quel état d’esprit adopter, comment évaluer l’organisme en partant du normal afin de comprendre l’anormal. Il s’attache à un modèle général et simple, applicable pour observer et traiter efficacement le patient. Il nous montre sans cesse dans quel esprit doit observer et travailler l’ostéopathe. Il ne fournit aucune technique. Il en fournira d’ailleurs très peu dans ses ouvrages. Il semble que cela ait été de sa part délibéré : « Je désire exprimer clairement qu’il existe de nombreux moyens pour ajuster les os. Et lorsqu’un praticien n’utilise pas la même méthode qu’un autre, cela ne démontre aucunement de l’ignorance criminelle de la part de l’un ou de l’autre, mais simplement deux moyens différents pour obtenir le même résultat... Chaque praticien devrait utiliser son jugement personnel et choisir sa propre méthode pour ajuster tous les os du corps. Le problème n’est pas d’imiter ce que font avec succès quelques praticiens, mais de ramener un os de l’anormal au normal. » (Still, 2001, 44) [12].
De multiples influences
Il me semble vraiment essentiel d’envisager comment cette philosophie s’est élaborée et de comprendre que cela s’est fait lentement, au cours d’une vie, reflétant de multiples influences et de nombreux essais et expériences, associés à la constante idée d’accompagner un savoir faire d’un savoir penser.
Le méthodisme
La première influence, très forte, à n’en pas douter, comme toute empreinte familiale, vient du méthodisme [13], mouvement religieux issu de l’anglicanisme, né en Angleterre au début du XVIIIe siècle et qui s’est exporté aux Amériques avec les immigrants et colons anglais. Le méthodisme constituera le principal courant religieux américain du XIXe siècle, notamment chez les pionniers. La doctrine méthodiste privilégie l’expérience personnelle de la conversion, de l’engagement et de la sanctification. Elle se caractérise par une quête incessante vers la perfection et par un intérêt actif pour le bien-être social et la moralité publique.
Même s’il s’éloignera finalement du méthodisme Still, est marqué par la rigueur morale et l’exigence d’amélioration, la lutte pour le bien commun inhérents à la doctrine : « Il naquit fils d’Abram Still, un prêcheur méthodiste itinérant de la frontière, de telle sorte que la doctrine méthodiste du perfectionnisme imprégna sa philosophie, tout comme elle imprégna d’une manière ou d’une autre l’ensemble de la pensée et de l’activité américaine du dix-neuvième siècle. […] Quelques philosophes étendirent le concept de perfectionnisme à ce qu’ils percevaient comme l’étape logique ultérieure et demandèrent : si Dieu est parfait, comment toute chose par Lui créée, y compris le genre humain, pourrait-elle être imparfaite ? Telle fut la position de Still. » (Trowbridge, 1999, 15-16).
De nombreux courants philosophiques et spiritualistes
Expérimentateur sans limites, il cherche dans tous les domaines s’offrant à sa curiosité : « L’univers de Still ne fut plus jamais le même après qu’il se soit accordé à la pensée des transcendantalistes [14] des universalistes, [15] des spiritualistes, [16] des mesméristes [17] et des phrénologistes, [18] chacun d’eux étant le fer de lance de mouvements fondés sur un monde centré sur l’humain fonctionnant selon des lois naturelles. Leurs idées firent vibrer toute la pensée américaine du dix neuvième siècle et ouvrirent la voie à l’acceptation de la théorie de l’évolution. Bien que l’ostéopathie soit née à la frontière [19], Still a bénéficié du flux incessant d’idées du dix neuvième siècle, formulant sa science à partir de la phrénologie, du mesmérisme ou du magnétisme, du reboutement, du spiritualisme, du perfectionnisme, de la mécanique, et des concepts évolutionnistes. » (Trowbridge, 1998, 15-17)
D’autres influences plus diffuses
Dans le n° 9 de la revue Apostill, Jean-Claude Pouey insiste sur le fait que « D’autres médecins avant Still ont remis en question les dogmes et la pratique de la médecine officielle de l’époque. » Pouey, 2001, 19-22). Il insiste pour dire que l’ostéopathie n’a pas surgi du néant et s’inscrit dans le cadre d’un courant réformateur qui a baigné toute l’époque de Still. Et d’évoquer Jennings [20], Graham [21], Alcott [22], Taylor [23], Tilden [24], etc. Évidemment, Still, au cœur du grand brassage de l’immigration et des remises en question qu’il a véhiculé a certainement reçu ces influences, même s’il n’en parle pas. Pourtant, à l’évidence, il est allé plus loin, permettant à l’ostéopathie de survivre en tant que concept à part entière, alors que ces illustres contemporains, malgré les sages préceptes qu’ils ont tenté de transmettre, sont pour la plupart oubliés aujourd’hui.
L’évolutionnisme de Spencer
Ce sont les travaux du philosophe anglais Herbert Spencer [25] qui fournissent à Still les éléments dont il a besoin pour modéliser son concept. Pour Spencer, l’évolution [26] est un processus rythmique continu, naissant de la continuelle recherche d’équilibre entre deux principes fondamentaux que sont : intégration (influx) et désintégration (efflux). En d’autres termes, la vie d’un organisme est possible grâce aux échanges qu’il contracte avec son environnement et à l’adaptation des relations internes aux conditions externes, la perte de cet équilibre conduisant à la mort.
Les échanges constants intervenant entre l’organisme vivant et son environnement entraînent l’intégration progressive d’informations, d’énergie et de matière que Spencer conçoit comme le moteur essentiel du mécanisme évolutif puisqu’il conduit à la complexification progressive du vivant [27].
L’originalité de l’œuvre de Spencer – et son principal défaut –, réside dans l’extrapolation d’un mécanisme fondamental du vivant (Principes de biologie, 1850, Principes de physiologie, 1854), étendu à tous les compartiments de sa manifestation : la psychologie, la sociologie, l’éthique, la morale, la politique, etc., dans le but de développer une philosophie synthétique. Les éléments de biologie et de physiologie développés par Spencer ont particulièrement intéressé et inspiré Still.
Dès les années 1860, le système de l’évolution se répand et devient rapidement « la bible séculière du développement occidental ».(Tort, 1996, 4). La pensée de Spencer s’impose aux États-Unis, dans toute l’Europe occidentale et même en Russie et au Japon, et ses thèses sont universellement diffusées dans les enseignements universitaires.
Le succès des théories de Spencer aux États-Unis tient sans doute à plusieurs raisons. Elles s’adressent tout d’abord à des gens dont le bagage philosophique est peu étendu. De plus, sa philosophie, plus pragmatique que spéculative, se fonde sur un principe simple, étendu à toutes les manifestations du vivant, ce qui la rend séduisante et relativement accessible.
Par ailleurs, promouvant la libre entreprise et la loi du plus fort, elle étaie l’argumentaire théorique des partisans du libéralisme issu de la révolution industrielle et va dans le sens de l’esprit pionnier, permettant de justifier facilement certains agissements comme l’extermination ou la déportation des peuplades amérindiennes ou l’expansionnisme effréné dans les domaines industriel et économique.
Enfin, cette philosophie se veut naturaliste, se fondant largement sur l’observation, ce qui plaît particulièrement à Still, habitué à étudier dans le grand livre de la nature : « Avant d’étudier l’anatomie dans les livres, j’avais déjà perfectionné mon savoir grâce au grand livre de la nature. Le dépeçage des écureuils m’avait mis en contact avec les muscles, les veines. Les os, grande fondation de la merveilleuse demeure dans laquelle nous vivons, furent pour moi un sujet d’étude constant, bien avant d’apprendre les noms compliqués donnés par le monde scientifique. » (Still, 1998, 41).
Aujourd’hui tombée en désuétude, la philosophie évolutionniste de Spencer a constitué « le système philosophique le plus régulièrement approuvé des classes dirigeantes et des milieux d’affaires de l’occident industriel et libéral. » (Patrick Tort, in Spencer, 1987, v).
Cette désaffection découle sans doute des erreurs et fautes logiques qui caractérisent son projet, argumenté par le modèle de l’organisme, cherchant à décrire et à prescrire l’évolution sociale comme si elle dépendait simplement et directement de l’évolution biologique.
L’influence de la pensée de Spencer fera passer les mentalités de la conception pré évolutionniste de l’univers (modèle biblique) à la conception évolutionniste : « Still dira plus tard que Herbert Spencer était son philosophe préféré et Alfred Russel Wallace [28] son biologiste favori, les deux étant des leaders du mouvement évolutionniste. » (Trowbridge, 1991, 116).
Il est important de garder à l’esprit que la pensée évolutionniste imprègne la philosophie de l’ostéopathie telle que la conçoit Still. « Il est probable qu’au moins quelques ostéopathes furent conscients de l’étroite relation existant entre les théories de Still et celles de Spencer. […] Mais seul Carl McConnel et les premiers ostéopathes qui connaissaient Still et travaillèrent avec lui se risquèrent à définir l’ostéopathie comme ‘évolution appliquée’. » (Trowbridge, 1999, 225).
L’influence de Spencer
Que doit l’ostéopathie à Spencer ? « De l’approche holistique aux mécanismes de la physiologie, à l’électricité et au magnétisme, la philosophie de Still est imprégnée d’allusions à la philosophie spencérienne, mettant l’accent sur les thèmes chers à Spencer que sont la causalité naturelle, ou cause et effet, la dépendance mutuelle des parties, structure et fonction, les effets de l’utilisation et de la désuétude, le concept de matière, mouvement et force aussi bien que le terme ‘Inconnaissable’, se référant à Dieu. » (Trowbridge, 1999, 163).
L’ostéopathie doit à Spencer une structure philosophique, un modèle, ou plus exactement un méta [29] modèle, c’est-à-dire un large cadre conceptuel au sein duquel Still a pu élaborer un concept philosophique cohérent, pouvant servir de fondement à son savoir-faire thérapeutique.
C’est en effet chez Spencer que sont pour la première fois conceptualisés les grands fondements que propose Still pour l’ostéopathie :
- L’unité de tout système vivant : chaque partie vit pour et par l’ensemble.
- L’étroite relation de la structure et de la fonction.
- Le mouvement (changement) comme manifestation première de la vie.
- La nécessité de la libre circulation des fluides au sein d’un système vivant.
- La capacité du corps à produire les substances nécessaires à son fonctionnement.
- La faculté d’un organisme vivant à s’auto réguler et à surmonter la maladie.
- Les lois de cause à effet.
- L’inconnaissable.
Sans ce cadre conceptuel, l’ostéopathie ne serait au mieux qu’un système de gestion de la santé, fondé sur des règles et des principes à respecter ou des techniques à appliquer, ce que proposent déjà les différents systèmes évoqués plus haut. La philosophie de Spencer permet à Still de s’extirper de ce cadre étroit pour aboutir à une compréhension bien plus vaste, plus englobante, qui permet même souvent d’expliquer ces règles et de s’apercevoir qu’elles ne sont pas toujours si essentielles qu’on pourrait le croire. Voilà ce qui semble pour lui essentiel dans l’ostéopathie, qu’il sent échapper et tente de préserver. Il précise bien cet objectif : « enseigner les principes tels que je les comprends et non pas des règles. » (Still, 1999, 18).
C’est aussi probablement la raison pour laquelle il fustige presque tous les écrits de ses contemporains sur l’ostéopathie, leur reprochant particulièrement de ne pas établir leur discours sur des principes, mais de décrire une suite de comportements stéréotypés ne témoignant pas d’une réelle compréhension de la philosophie de l’ostéopathie.
Une transition difficile
Les écrits de Still expriment la souffrance d’un homme en proie au conflit intérieur. Gardons présent à l’esprit qu’il a hérité du modèle méthodiste. Son enfance et sa jeunesse l’ont imprégné des valeurs de cette doctrine, notamment, une grande exigence et une grande rigueur personnelles. « Bien qu’Andrew se soit ultérieurement détaché de la religion organisée, il hérita du méthodisme une aversion pour l’alcool et l’esclavage, un intérêt pour l’éducation et une approche de la médecine privilégiant davantage la santé que la maladie. » (Trowbridge, 1999, 3). Dans cette foi, il puise également une certitude inaltérable en notre essence spirituelle et la possibilité d’une amélioration continue.
Comme tous les mouvements spirituels pré évolutionnistes, le modèle méthodiste est un modèle biblique, considérant la création comme l’œuvre d’un Dieu omniscient, omnipotent, omniprésent, ayant une fois pour toute créé le monde tel que nous le vivons, un monde établi, peu susceptible de changement : « Toute ma vie jusqu’à ce jour, j’ai osé proclamer mes conclusions sur la sagesse de la nature, mécanicien très sage et très avisé. J’ai dit que ‘Dieu’ était sage jusqu’au bout, en discernant que tout l’œuvre réalisé par cette loi de puissance et de sagesse était absolument parfait dans toutes ses caractéristiques. » (Still, 1999, 83).
La théorie évolutionniste propose, au contraire, un monde en évolution, c’est-à-dire en changement permanent. Si elle séduit Still par sa pertinence et sa cohérence, elle s’oppose par bien des points à la théorie biblique dans laquelle il a baigné depuis l’enfance. Enraciné dans des convictions héritées du XVIIIe siècle, mais désirant vivre en homme du XIXe , il a dû gérer ce changement, sans probablement avoir conscience de ce qui se passait. D’où un important conflit intérieur, aggravé par l’incompréhension de ses contemporains. Carol Trowbridge l’évoque en citant Martin E. Marty [30] écrivant à propos de cette transition : « La théorie de l’évolution déclencha un traumatisme étendu parmi les intellectuels. ‘Quitter un point de vue statique sur le monde’ pour un ’de création continue…’ ne pouvait se produire sans un grand ébranlement. » (Trowbridge, 1999, 209).
Pour expliquer le traumatisme que beaucoup d’évolutionnistes expérimentèrent, elle évoque la théorie de Leon Festinger sur la dissonance cognitive et la réponse humaine pour se forger une opinion dans les situations de crise. « Still correspond parfaitement à ce schéma : beaucoup de ceux qui se trouvent confrontés à la nécessité de décider et de choisir entre deux idées irrésistibles et cependant conflictuelles souffrent de frustration et d’anxiété jusqu’à ce que, au moins dans leur esprit, le conflit soit résolu. […] Cette résolution demande du temps. » (Trowbridge, 1999, 209).
L’inconnaissable
La recherche de la cause est un élément clé de la démarche évolutionniste : « Nous ne pouvons penser aux impressions que le monde produit en nous, sans penser qu’elles ont une cause, et nous ne pouvons rechercher leur cause sans nous heurter à l’hypothèse de la cause première. » (Spencer, 1885, 32). Mais dans cette quête, Spencer c’est lui-même trouvé face à un problème que la téorie évolutionniste ne pouvait résoudre : « Mais si nous voulons faire un pas de plus, Si nous voulons savoir quelle est la nature de cette cause première, nous sommes poussés par une logique inexorable à des conclusions nouvelles. La cause première est-elle finie ou indéfinie ? Si nous disons finie, nous nous embarrassons dans un dilemme. Penser que la cause première est finie, c’est penser qu’elle a une limite. Penser à cette limite, c’est de toute nécessité penser qu’il y a encore quelque chose au delà ; il est absolument impossible de concevoir une chose bornée sans concevoir une région qui l’entoure de tous côtés. Que dirons-nous de cette région ? Si la cause première est limitée, et s’il y a quelque chose en dehors d’elle, ce quelque chose ne doit pas avoir de cause première : il doit être sans cause. Mais, Si nous admettons que quelque chose peut être sans cause, il n’y a pas de raison de supposer qu’une chose quelconque ait une cause. Si au dehors de cette région finie, sur laquelle règne la cause première, il y a une région que nous sommes forcés de regarder comme infinie, sur laquelle la cause première n’étend pas son empire ; si nous admettons qu’il y a un infini sans cause, enveloppant le fini causé, nous abandonnons implicitement l’hypothèse de la causalité. Il est donc impossible de considérer la cause première comme finie. Mais, Si elle ne peut être finie, il faut qu’elle soit infinie. » (Spencer, 1885, 32-33). Incapable de résoudre ce dilemme, il crée le concept d’Inconnaissable, et conclut finalement : « Étant donné que toute tentative de concevoir l’origine des choses est futile, je me contente de laisser la question en suspens, comme un mystère insoluble. » (Spencer, 1885, 173).
Cette acceptation d’une cause qui nous dépasse et que notre raison est incapable de saisir est le biais qui permet à Still de concilier les deux concepts en apparente opposition. Reconnaître l’Inconnaissable, rend possible de concevoir une force qui nous dépasse et dont nous sommes dépendants, tout en acceptant le concept évolutionniste par ailleurs si satisfaisant à la raison d’un homme sensé.
« Nous avons montré à satiété et en tous sens que les vérités les plus hautes que nous puissions atteindre ne sont que des formules des lois les plus compréhensives de l’expérience que nous avons des relations de Matière, de Mouvement et de Force ; et que la Matière, le Mouvement, la Force ne sont que des symboles de la réalité inconnue. Un pouvoir dont la nature reste pour toujours inconcevable, et auquel on ne peut imaginer de limite dans le temps ou l’espace, produit en nous certains effets. Ces effets ont des ressemblances d’espèce, ce qui nous permet de les classer sous les noms de Matière, Mouvement, Force. » (Spencer, 1885, 496).
« La force dont nous affirmons la persistance est la Force absolue dont nous avons vaguement conscience comme corrélatif nécessaire de la force que nous connaissons. Ainsi, par la persistance de la force, nous entendons la persistance d’un pouvoir qui dépasse notre connaissance et notre conception. En affirmant la persistance de la force, nous affirmons une réalité inconditionnée sans commencement ni fin. » (Spencer, 1885, 173).
Et c’est ainsi qu’à l’expression Matière, Mouvement et Force, Still substitue Matière, Mouvement, Esprit : « Dieu se manifeste dans la matière, le mouvement et l’esprit. Étudiez soigneusement ses manifestations. » (Still, 199, 169).
Entre droit et gauche
Still a une manière bien à lui de concilier connaissable et inconnaissable. Il s’exprime en utilisant tantôt la pensée rationnelle (activation du cerveau gauche) et tantôt la pensée analogique (activation du cerveau droit).
Il utilise la pensée rationnelle pour toute la partie de son discours se rapportant à ce que l’approche scientifique de l’époque lui permet d’accéder, en particulier, l’anatomie, la physiologie et toutes les sciences humaines avec lesquelles il se sent en accord. Mais il n’hésite pas à recourir à la pensée analogique lorsqu’il désire faire comprendre des choses moins concrètes. Il recourt notamment à l’allégorie [31] et à la métaphore [32], utilisant des exemples mécaniques (le corps vivant envisagé comme une machine et l’ostéopathe comme un ingénieur se penchant sur sa machine), martiennes (il a connu les combats antiesclavagistes et a participé activement à la guerre de Sécession), juridiques (il met en scène une cour de justice, avec accusé, plaignant, juge, avocat et jurés). Ce qui déroute, ce n’est pas tant de recourir à un mode de pensée plutôt qu’à l’autre, mais plutôt de mélanger les deux en fonction de la nécessité du moment de ce qu’il désire exprimer et faire comprendre. En ce sens, il nous montre une liberté d’expression parfois bien déconcertante.
Philosophie aujourd’hui
Sans ces clés, la lecture de Philosophie et des autres écrits de Still peut s’avérer particulièrement frustrante : le risque est grand de se cantonner à la forme, de ne discerner qu’élucubrations d’un vieillard grincheux et vindicatif, débitant des affirmations aujourd’hui reconnues comme fausses, et utilisant des métaphores guerrières à profusion pour tenter de nous montrer qu’il a raison face une opposition de contemporains incompétents et bornés.
Ces clés nous permettent de dépasser la forme et de comprendre que cet homme souffre : il désire nous communiquer un concept qui lui semble essentiel et se heurte à l’incompréhension de ses semblables qui ne l’entendent pas. Et pourtant, même avec ces clés, la lecture de Philosophie de l’ostéopathie est souvent déroutante.
Essayons d’adopter l’attitude de William Smith, qui évoque sa première visite à Still et la manière dont celui-ci évoqua devant lui l’ostéopathie : « Laissez moi vous dire que l’ostéopathie ne peut être évaluée que par un esprit clair et sans préjugé. Si un homme, un médecin, vient à Kirksville et entend ce qu’il entendra tout en raisonnant à partir de ce qu’il a appris dans une école médicale, la seule conclusion possible pour lui est que l’ostéopathie est une tromperie et une illusion, une gigantesque foutaise destinée à extorquer tous les mois des centaines de dollars aux malades et aux affligés. Mais, si l’investigateur se donne la peine d’approcher le problème comme s’il n’y connaissait rien (et quatre années d’expérimentation de l’ostéopathie, me permettent d’affirmer que les docteurs n’y connaissent pas grand chose), de ne rien accepter pour acquis, de n’accepter aucune déclaration pour ou contre l’ostéopathie, mais de se contenter d’interroger une douzaine de patients en les considérant comme des hommes et des femmes sensés et non comme des hystériques, prêts pour l’asile d’aliénés ou comme des menteurs patentés, alors, s’il est homme honnête, il devra conclure, comme je le fis, qu’il existe encore des choses dans l’art de guérir qui ne sont pas connues de la profession médicale. » (Schnucker, 1991, 75).
Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie
Pour être complet, disons quelques mots de Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie déjà évoqué au début de cette préface. Comme l’indique la date de copyright, ce livre a été écrit en 1892, époque de la création du collège de Kirksville. Bien que Still n’en dise mot, il est à supposer qu’il lui assignait une place importante dans l’enseignement et la propagation de l’ostéopathie naissante. Cependant, ce livre ne fut publié, nous dit Carol Trowbridge (1999, 249), qu’en 1902 puis mystérieusement retiré, sans explications. Il fut republié en 1986 par Osteopathic Enterprise à Kirksville Mo.
Cet ouvrage rassemble la présentation philosophique, dont de nombreux passages ont été repris dans Philosophie de l’ostéopathie et l’exposition des principes mécaniques appliqués aux différentes régions du corps, notablement raffinés dans Recherche et pratique. Dès lors, il m’a semblé indispensable d’établir le parallèle entre les deux ouvrages, de noter les corrélations et les différences marquantes lorsqu’elles semblent signifiantes.
Une partie toutefois de Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie est vraiment originale et n’a été reprise que partiellement dans Philosophie. Il s’agit du chapitre 11 appelé Biogen. Comme il est vraiment question de philosophie et que par ailleurs la traduction française récemment parue ne m’est pas apparue satisfaisante, j’ai volontairement ajouté le chapitre Biogen à la fin du présent ouvrage qui me semble ainsi présenter l’ensemble des concepts philosophiques développés et publiés par Still.
Carl McConnell
Enfin, j’ai également désiré ajouter en annexe un article de Carl McConnell, un des premiers étudiants de Still. Cet article, paru dans le Journal de l’AOA en septembre 1915, évoque la philosophie de Still et les points clés la concernant. Il m’a semblé très éclairant sur la manière dont les contemporains de Still ont compris son engagement philosophique.
Pierre Tricot Ostéopathe D.O.
Granville, France, été 2003
| < Précédent | Suivant > |
|---|




