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Grossesse, hormones et ostéopathie

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Grossesse, hormones et ostéopathie Le " Syndrome du Rez-de-Chaussée "

www.syndromedurdc.info

Auteur : Bruno CONJEAUD

Éditions Sully 2e édition 2008 www.editions-sully.com - Table des matières - Bonnes feuilles

Préface de Pierre TRICOT

Format : 150 x 225 mm - 312 pages - ISBN 978-2-35432-014-0 – Prix : 28 €

Grossesse, hormones et ostéopathie

Nous remercions l'auteur, Bruno Conjeaud et les éditions Sully de nous avoir autorisé à présenter ce livre et à publier la première partie : Le Déclic.


DESCRIPTIF

Les ostéopathes, ainsi que d’autres praticiens de médecine classique, constatent depuis quelques années une augmentation sensible de certains symptômes chez les bébés : régurgitations, problèmes de digestion, de sommeil, manifestations respiratoires, agitation ou, au contraire, inertie, retards de développement, etc. Ces symptômes sont le plus souvent accompagnés de signes spécifiques au niveau du crâne que le toucher des ostéopathes permet de détecter.

Pendant longtemps, ces derniers ont pensé que la naissance, par les contraintes mécaniques importantes imposées au crâne de l’enfant, était la cause de ces difficultés. Mais, et c’est ce que démontre notamment cet ouvrage, il apparaît aujourd’hui que ces difficultés proviennent également de la phase de développement intra-utérine.

Bruno Conjeaud, ostéopathe confronté quotidiennement à ces problèmes, a en effet mené des recherches très poussées sur tout le processus de la grossesse qui l’ont conduit à plusieurs conclusions. Il émet ainsi l’hypothèse qu’une grande partie de ces symptômes sont liés à une difficulté de développement de la matrice qui se traduit par un type de grossesse placée trop bas, ce qu’il a appelé le « Syndrome du rez-de-chaussée». Le fœtus subit alors des compressions qui peuvent engendrer plus tard des troubles au niveau physique mais également émotionnel. La mauvaise gestion par l’organisme féminin de l’imprégnation hormonale, notamment générée par la pilule, serait l’une des causes majeures de ce syndrome.

Cet ouvrage qui nous fait partager la recherche et la démarche de l’auteur débouche sur des propositions thérapeutiques efficaces.


TABLE DES MATIÈRES

Préface de Pierre TRICOT

1re partie : « LE DÉCLIC »

  • Préambule
  • Chapitre 1 – « Histoire d’un doute »
  • Chapitre 2 – « Le petit chemin »
  • Chapitre 3 – « Le casque de moto »
  • Chapitre 4 – Les conséquences du collage – « Kolé Séré »

2e partie : « LA MARÉE BASSE »

  • Introduction
  • Chapitre 1 – L’appareil génital féminin
  • Chapitre 2 – Le péritoine
  • Chapitre 3 – Le liquide péritonéal
  • Chapitre 4 – L’endométriose – « Sur la piste de Von Rokitansky »
  • Chapitre 5 – Système lymphatique et tissu interstitiel

3e partie : LES ACCIDENTS HORMONAUX

  • Introduction
  • Chapitre 1 – Le Distilbène – Un très mauvais souvenir
  • Chapitre 2 – Les traitements de la ménopause
  • Chapitre 3 – La contraception
  • Chapitre 4 – Autres accidents hormonaux – Croissance, alimentation et environnement

4e partie : LES RÉPONSES ACTUELLES AUX DIFFÉRENTS PROBLÈMES DE LA GROSSESSE ET DE LA NAISSANCE

  • Introduction
  • Chapitre 1 – Les tocolytiques
  • Chapitre 2 – Les VME – Versions par manœuvres externes
  • Chapitre 3 – La péridurale et ses effets potentiels

5e partie : « BABY BLUES »

  • Introduction
  • Chapitre 1 – Thérapies et manœuvres
  • Chapitre 2 – L’émotionnel intra-utérin – Youki et Cerbère
  • Chapitre 3 – L’univers somato-émotionnel – Hercule, la brouette et l’enclume

6e partie : ÉCOLOGIE ET OSTÉO-NATUROPATHIE

  • Introduction
  • Chapitre 1 – À mes amis ostéopathes
  • Chapitre 2 – Perspectives de société

Conclusion
Remerciements
Bibliographie


Bonnes feuilles : 1ère partie « Le déclic »

« L'impossible,
Nous ne l'atteignons pas
Mais il nous sert de lanterne. »

René
Char

PRÉAMBULE

Questions de Santé publique :

  • Pourquoi les déformations crâniennes du nouveau-né sont-elles si fréquentes à l'heure actuelle ?
  • Pourquoi de plus en plus de prématurité ?
  • Pourquoi de plus en plus de contractions utérines prématurées et de douleurs pendant les grossesses ?
  • Pourquoi de plus en plus de grossesses difficiles ?
  • Pourquoi les médicaments employés pendant les grossesses n'apportent-ils que peu d'améliorations, et beaucoup trop d'effets secondaires ?
  • Pourquoi de plus en plus de difficultés de fécondité ?

Les réponses de la médecine à toutes ces questions sont floues voire inexistantes. Pourtant, paradoxalement, à part mon intuition née d'expériences de vécus et de rencontres tissulaires, toutes les justifications anatomiques et physiopathologiques se trouvent dans les traités médicaux.
Cet ouvrage est destiné à exposer un point de vue différent, aujourd'hui inhabituel, sur les difficultés les plus courantes de la grossesse, tout en restant dans la logique anatomique et physiologique du corps humain. Je trouve, en effet, que mésestimer l'impact des circonstances mécaniques de la grossesse est un illogisme flagrant.
À ce titre, j'ai volontairement recherché et utilisé toutes les réticences exprimées par les obstétriciens dans leurs publications internes, quant à leurs pratiques thérapeutiques les plus en usage actuellement.
Ces réticences (facteurs de risque et effets secondaires) sont nombreuses, et appuyées par des statistiques beaucoup trop importantes, pour être considérées comme quantité négligeable. D'autant
plus, que si nous totalisons les chiffres relatifs à chaque effet secondaire (et propre à chaque thérapeutique) la somme des dérangements potentiels devient assez énorme.
Mon expérience de thérapeute manuel (ostéopathe) m'a conduit,
à travers le dédale tissulaire et le labyrinthe corporel, à formuler une intuition que j'ai nommée « Syndrome du rez-de-chaussée ».

1. - « Histoire d’un doute »

Engageons directement le débat.
À toutes les questions posées en préambule, je propose une réponse certainement étonnante : la pilule.
Le retentissement d'une longue période d'emploi de la pilule
contraceptive sur la fécondité peut se concevoir aisément, mais avec les autres signes et les autres dérèglements que constituent les grossesses difficiles, les accouchements prématurés et les crânes déformés, quelle relation peut-il bien y avoir ?
Lors de certaines conférences auxquelles j'ai participé, en évoquant cette cascade d'événements, je m'attendais à rencontrer de grandes réticences de la part des personnels médicaux présents,
notamment des gynécologues et des obstétriciens. Pourtant, ce sont eux qui ont été d'emblée les plus concernés et les plus intéressés.
Je ne désire pas particulièrement déclencher de polémique, mais
essentiellement faire part de mon expérience, afin de donner la possibilité aux femmes qui le désirent, de vivre des grossesses harmonieuses et sereines, pour nous faire de beaux bébés bien ronds, joufflus, joyeux et symétriques. Ce qui est dans le programme normal, initialement prévu par la nature mais, il semblerait qu'à force de jouer les interventionnistes et les apprentis sorciers, nous soyons en train de nous éloigner de ce programme initial.
Pour illustrer ce chemin, il me semble nécessaire de raconter quelques étapes intermédiaires qui m'ont mis sur la voie, ou plutôt qui m'ont mené le long d'un petit sentier tortueux qui a fini par aboutir à une théorie plausible.
Mes premières impressions, mes premiers doutes, concernant
l'hormonothérapie synthétique et la modification des qualités tissulaires qui en découle, ne s'orientaient pas vers la contraception et les phénomènes de grossesse mais vers l'hormonothérapie substitutive, traitement fréquemment prescrit lors de la ménopause.
Je travaille en proche banlieue bordelaise, et d'un village landais,
une patiente, puis deux, puis dix, sont venues me consulter, toutes avec quasiment les mêmes symptômes, à type de pseudo-cruralgie (douleur de la face externe de la cuisse), motif de leur consultation.
Elles se présentaient avec des signes accompagnants : troubles circulatoires, rétention d'eau dans les membres inférieurs, constipa­
tion et difficultés digestives. Dans un premier temps, j'ai suspecté la qualité de leurs exercices d'assouplissements car elles faisaient partie du même groupe de gymnastique volontaire ; le bouche à oreille fonctionne ainsi, en clientèle d'ostéopathie. À l'époque, mon attention était encore plutôt centrée sur la structure articulaire, les os et les ligaments. J'ai, malgré tout, eu la chance d'en soulager quelques-unes qui m'ont envoyé leurs amies et la fréquentation s'est élargie, jusqu'à déborder du cadre de ce groupe de gymnastique.
J'ai ensuite cherché le point commun existant entre toutes ces dames, d'autant que j'étais en pleine interrogation sur les relations entre l'univers viscéral et la structure ostéo-articulaire. J'ai pu rele
ver chez ces patientes une certaine constance dans les signes accompagnants – déjà cités précédemment – et y associer d'autres symptômes fréquents, notamment périarthrites d'épaule et compression des canaux carpiens. Nous verrons cela plus loin. Tissulairement (ce qui veut dire pour moi, en palpant les tissus des patientes et notamment le ventre), je ressentais toujours une impression de ventre lourd figé et peu mobile : l'impression de mobiliser un « bloc de silicone ». J'insiste sur cette image de bloc de silicone que je justifierai plus tard, et qui reviendra fréquemment dans cet ouvrage. Je dois préciser ici, que quand je parle de ventre, je sous-entends le ventre dans sa globalité, haut-ventre digestif et bas-ventre génital.
J'ai longtemps cherché la raison d'être de ces perceptions et les relations pouvant exister entre toutes ces patientes. Une fois éliminée la mauvaise gestion gymnique, il devait bien exister un lien mais lequel ? Leur moyenne d'âge a fini par me mettre sur la piste.
Toutes étaient âgées de 45 à 55 ans, ce qui impliquait des modifications hormonales, et toutes consultaient le même gynécologue, qui leur prescrivait le même traitement hormonal substitutif. J'ai alors eu mon premier déclic et si ce ne fut pas encore une grande révélation, le doute insidieux et rampant était né. Et si le traitement hormonal substitutif était à l'origine de cette sensation de « collage » et d'adhérence globale du péritoine ? J'emploierai dans cet ouvrage un certain nombre de néologismes, destinés à mettre en évidence des sensations novatrices, en tout cas distinctes de celles décrites jusqu'alors dans les articles traitant des dysfonctions de la sphère viscérale.
En bon prospecteur méticuleux, curieux et zélé, j'ai repris tous
mes ouvrages d'anatomie traitant des relations du péritoine avec les muscles psoas, les loges rénales, le nerf crural, les complexes vasculaires, le système lymphatique et « les culs-de-sac utérins ». J'en ai conclu que selon toute évidence il y avait un phénomène de « collage » viscéral et que celui-ci était probablement lié au traitement substitutif de la ménopause. Il me restait à comprendre pourquoi et comment, et ce ne fut pas chose facile. Parallèlement, je me suis aperçu que ces pseudo-cruralgies pouvaient être facilement libérées, en moyenne en trois séances, grâce à la mobilisation des différents plans viscéraux, plutôt qu'en libérant un quelconque blocage articulaire.

Aujourd'hui, ces remarques peuvent paraître banales à un ostéopathe qui pensera certainement : « Bien sûr, c'est le fondement même du raisonnement et du traitement viscéral en ostéopathie. » Mais l'épisode que je relate s'est déroulé à mes débuts, il y a de nombreuses années. L'enseignement du travail viscéral en ostéopathie était tout à fait balbutiant. Ce que j'ai appris en cours dans ce domaine était assez sommaire et vraiment peu convaincant. Dieu merci, Jean-Pierre Barral, génial ostéopathe grenoblois, nous a considérablement aidés avec son enseignement.
Les années passant, les générations de ventres mal-en-point se succédèrent ; je continuais à observer, gamberger, suspecter, déduire, affirmer, infirmer, douter, confirmer et surtout, à toucher, moucher et comparer... C'est l'essentiel et le fondement de notre savoir de thérapeutes manuels. À côté de cela, les techniques livresques et
les connaissances encyclopédiques sont bien limitées.
Touchons, retouchons, palpons, repalpons, affirmons, infirmons, comparons, déduisons, recommençons, et en final nous en saurons peut-être un petit peu plus.
Notre thérapie est par nature « empirique » : elle naît d'expériences répétées et accumulées. Je touchais un grand nombre de
ventres de femmes et je les comparais à d'autres ventres de femmes bien sûr, également aux ventres de jeunes filles, aux ventres d'hommes ou aux ventres d'enfants. Je comparais aussi aux ventres d'autres ethnies, d'autres civilisations, de Madagascar, de Mayotte, et du Maroc, mon pays d'origine ; ventres de citadines, de femmes de pêcheurs, de femmes issues de milieux ruraux des coins les plus reculés de la planète, mais pas forcément les plus malheureux...
Finalement toutes ces palpations ont alimenté l'idée que les différences de texture et de mobilité sont importantes et, assurément,
reliées à un mode de vie ou à une source iatrogène (médicamenteuse ou autre), ou aux deux.
J'en suis venu à suspecter la prise d'hormones synthétiques à
cause, bien entendu, de l'exemple précédemment cité, relatif à « ces dames au ventre pétrifié » de Biscarosse, mais aussi, de par les interrogatoires systématiques que j'ai pratiqués sur une prise de pilule, contemporaine ou ancienne. Il est à cet égard évident que la plupart des ventres touchés, lors de mes différents voyages, n'avaient pas connu la pilule. Mais d'autres éléments, encore, sont venus renforcer cette intuition.
J'ai eu la surprise de constater sur certaines adolescentes, âgées de 9 à 15 ans, ces mêmes sensations de collage et, après interrogatoire parental, il m'a été confirmé qu'elles avaient été mises sous
pilule pour puberté précoce, ou pour règles douloureuses, voire pour raisons dermatologiques (acné).

Finalement, j'ai eu un jour le courage d'aborder l'univers de la grossesse, ou tout simplement je me suis senti enfin assez sûr de mon toucher, pour tenter d'accéder au Graal de l'ostéopathie, le ventre des femmes enceintes. Je plaisante à peine en parlant de Graal, car il s'agit d'une période essentielle, où nos interventions permettent d'éviter toute une cohorte de problèmes concernant le déroulement de la gestation bien entendu, mais également et surtout, où nos actions curatives ou préventives aident à optimiser l'équilibre physique et affectif du futur nouveau-né. Ensuite, parce que cette phase merveilleuse et encore bien mystérieuse qu'est la grossesse nécessite un toucher très épuré ainsi qu'une réelle expérience. L'ostéopathie, telle que pratiquée encore par beaucoup, c'est-à-dire essentiellement orientée vers la manipulation vertébrale, ne permet pas un accès adapté à l'univers de la grossesse. C'est un domaine que l'on se doit d'aborder avec beaucoup de respect, d'humilité et de douceur. Toute manœuvre non conforme à ce dont le corps de la mère et le bien-être du bébé ont besoin provoque vite malaise, inconfort et refus. Le ventre d'une femme enceinte, notamment dans la période qui va du 5e au 9e mois, est très méfiant, susceptible, et ce, avec juste raison. Même les gynécologues et les obstétriciens le savent, ce qui les fait souvent hésiter à pratiquer des retournements lorsque le bébé se présente en siège. Ils appellent cela des versions par manœuvres externes (VME voir la 4e partie, chapitre 3 : La péridurale et ses effets potentiels). Malheureusement, lorsqu'ils tentent ces manœuvres, c'est avec peu de douceur et beaucoup trop de risques concernant la mère et l'enfant. De plus, ils recourent à l'utilisation massive de tocolytiques, médicaments potentiellement toxiques, dans le but de despasmer l'utérus, qui n'y est pas forcément pour quelque chose, comme nous tenterons de l'expliquer tout au long de cet ouvrage.

2. - « Le petit chemin »

Le « Syndrome du rez-de-chaussée », avec son accumulation d'adhérences, de fibrose et de restrictions tissulaires, est, à mon sens, un syndrome assez facile à comprendre et à justifier. Je suis très étonné qu'il n'ait jamais été mis en évidence.
Du côté de la médecine classique, la lente désaffection pour le toucher dans les examens cliniques, au profit d'une imagerie et d'analyses biologiques de plus en plus performantes, permet de le comprendre. Quand bien même, on déciderait de réintégrer l'usage de la main dans l'évaluation de la texture du ventre des femmes enceintes, lors des études médicales, il faut bien préciser que dans ce domaine, le simple toucher n'est pas suffisant pour renseigner : ce qui fait la différence, c'est l'expérience issue de palpations comparatives. Cela suppose plusieurs années de pratique et de recherches curieuses. J'insiste sur cet aspect, car certains, voulant vérifier la validité de mes affirmations, vont se précipiter sur quelques ventres de femmes et, ne sentant pas grand-chose, vont d'emblée, avec une moue négative, en rejeter le principe. Ces sen
sations tissulaires doivent être mises en évidence par de nombreuses manipulations et tests successifs.
Je suis en revanche plus surpris que les ouvrages de thérapie
manuelle à orientation viscérale n'en fassent pas mention. Il est vrai que la littérature ostéopathique consacrée à l'univers de la grossesse est assez pauvre. Signalons le très bel ouvrage de Jean-Paul Saby, Bien naître par l'ostéopathie, qui évoque les problèmes de plancher pelvien, d'utérus rétroversé, de lombalgies ou de sciatalgies, mais la nécessité de libre expansion de l'utérus n'y est pas abordée. Et pourtant, comme je vais tenter de l'expliquer, c'est l'un des problèmes les plus fréquents de la grossesse occidentale, l'époque actuelle.
Rappelons que ce qui m'a marqué et interpellé en tout premier, c'est la texture globale du ventre des femmes ou des adolescentes prenant des hormones synthétiques. Cette texture me donnait deux impressions essentielles :

  • premièrement, la sensation que tout était collé à l'intérieur, les intestins, les viscères et les organes génitaux, rassemblés en un seul « bloc de silicone » ;
  • deuxièmement, en posant simplement ma main, sur certains ventres, je ressentais une sorte de picotement que je déterminais comme une fréquence inhabituelle émise par le corps et, plus particulièrement, par la région du ventre. J'ai dénommé cette impression dérangeante et désagréable : « sensation Tchernobyl ». Il est probable que ce genre de ressenti est de l'ordre du subtil, mais il n'empêche que pour mon expérience, c'est d'une évidence tellement immédiate, qu'elle déclenche instantanément la question suivante : « Prenez-vous des hormones ? »

La réponse est parfois « non », à ma grande surprise. Elle m'a obligé à corriger ma question : « Prenez-vous la pilule ? » Et cette fois la réponse est affirmative : « Ah oui bien sûr, suis-je bête, il y a aussi des hormones dans la pilule. »

Au sujet du bloc de silicone, je voudrais préciser quelques notions relatives à mon expérience tactile.
Si j'ai pratiqué, somme toute, assez peu de dissections, quelques
-unes quand même en première année de médecine, en kinésithérapie et en ostéopathie, je revendique par contre une expérimentation beaucoup plus convaincante sur la nature du viscéral ; les dissections de laboratoire nous présentent des tissus traités au formol, qui ont acquis une texture dure et inerte, très éloignée de la consistance du vivant.
Mes parents ont été successivement agriculteurs au Maroc, puis
en France. J'ai eu la chance, je considère cela comme une chance aujourd'hui, mais à l'époque, le sentiment était mitigé, mi-curiosité, mi-dégoût, de pouvoir (ou devoir) sacrifier un certain nombre d'animaux destinés à l'alimentation de la famille.
J'ai donc dépecé poulets, lapins, moutons, cochons, et même des
vaches ou certains produits de la chasse tels que sangliers, lièvres, perdreaux, bécasses et faisans. Je ne m'arrêterai pas sur les différentes techniques de dépeçage et de sacrifice, mais je m'aperçois, avec le recul, que c'était un apprentissage nécessaire sur la véritable nature, la véritable origine de notre alimentation. Le plus souvent, mon père me demandait d'aller nettoyer tout le « tripou » à l'aide du tuyau d'arrosage de l'écurie. J'ai donc plongé un nombre incalculable de fois mes mains dans cette masse mouvante, chaude, visqueuse et fumante de boyaux et de viscères...
Ce qui m'a marqué, et qui est directement lié à mon expérience de la texture du viscéral, c'est l'extrême mobilité des organes viscéraux, forcément reliés, attachés entre eux mais de façon particulièrement souple. Il me revient cette phrase, dont j'ai oublié l'auteur : « Les liens souples sont la force d'une amitié durable », phrase qui s'applique parfaitement à l'univers viscéral. D'ailleurs, dans tous
les ouvrages de chirurgie, la libération des accolements est considérée comme une manœuvre primordiale.
Cette notion de liens souples s'est donc inscrite définitivement dans ma mémoire sensorielle. Lorsqu'à l'âge de trente ans j'ai commencé à pratiquer l'ostéopathie, ces expérimentations de l'enfance sont venues s'ajouter et se superposer aux nombreuses expériences
tactiles et thérapeutiques sur le ventre humain, celui des femmes en particulier.
C'est à partir de ces notions que j'ai pu établir les constats de manque global de mobilité viscérale et surtout, cette sensation de « figeage-collage » que j'ai appelée « bloc de silicone », qui ne concernait pas seulement les organes intra-péritonéaux mais également les organes du petit bassin et en particulier l'utérus, les trompes, les ovaires, ainsi que les espaces rétro-péritonéaux.
Je me suis penché intensément et en détail sur l'étude de l'anato
mie du système génital féminin, afin de comprendre les mystères et les subtilités des connexions physiologiques dans le cadre du « normal » d'abord, pour ensuite les comparer à « l'anormal ».

C'est dans cette phase, en redécouvrant l'agencement et les rapports si particuliers de l'utérus, des trompes et des ovaires avec le péritoine, que j'ai trouvé ce « petit chemin » qu'est « l'ostium abdominal » (ou orifice péritonéal). C'est par ce petit conduit que j'ai voyagé pour comprendre les mécanismes du collage incriminé. C’est pour cela que je recommande aux plus curieux, et notamment aux étudiants, de ne pas faire l'impasse sur les chapitres d'anatomie de cet ouvrage.
Le fondateur de l'ostéopathie, Andrew Taylor Still (1828-1917),
au sein de son école de Kirksville dans le Missouri, était particulièrement attaché à l'enseignement de l'anatomie. De même, William Garner Sutherland (1873-1954), qui a posé les bases du concept crânien, n'aurait jamais pu échafauder une telle théorie sans une connaissance anatomique poussée. On ne peut donc faire l'économie du parfait apprentissage de l'anatomie, si on veut espérer comprendre le fonctionnement du corps humain ; cela nous rapproche du chirurgien, expert en ce domaine.
En passant par ce petit tunnel qu'est l'ostium abdominal, je me suis retrouvé dans le péritoine et plus particulièrement propulsé
dans le liquide péritonéal. Là également, il me semble indispensable d'insister sur les chapitres relatifs à l'anatomie et à la physiologie de l'univers péritonéal.
Pour retrouver un mécanisme potentiellement responsable du collage et ayant un rapport vraisemblable avec l'addition d'hormones synthétiques, j'ai longtemps réfléchi et prospecté à la recherche de la moindre explication, tout en continuant à travailler et à tester des milliers de ventres, afin d'étayer cette intuition.
Puis le chemin s'est précisé de lui-même. Mes amies gynécologues m'ont parlé de l'endométriose péritonéale et j'ai instantané
ment entrevu une piste potentielle. Nous avons longuement disserté sur ce sujet, et elles ont eu la gentillesse de me confier tous les documents qu'elles possédaient. Tout s'est ensuite clarifié et mis en place dans mon esprit : les mécanismes de transport, puis de greffe cellulaire de l'endomètre dans le péritoine, les conditions favorables d'implantation, représentées par l'addition de substances oestrogéniques synthétiques, les réactions du corps à cette présence aberrante, les produits délétères dégagés par le combat des macrophages, la fibrose, les accolements, les adhérences, ainsi que le transport et la colonisation à distance de nouveaux groupes cellulaires par le biais de certains facteurs hormonaux... Voilà donc une belle saga :

Entrons donc dans l'univers étouffant du « Syndrome du rez-de-chaussée ».

3. - « Le casque de moto »
Considérations mécaniques relatives à la grossesse

Deux éléments visuels m'ont particulièrement frappé et fait réfléchir. L'un concerne certaines femmes enceintes, l'autre les bébés. Le premier, concernant les femmes enceintes, se voit particulièrement entre le 5e et le 9e mois de grossesse. Il s'agit de leur profil qui donne nettement l'impression que le ventre est bas, beaucoup trop bas. J'ai entendu bien des remarques sur ce « léger détail » : « Je le porte un peu bas, mais mon gynéco m'a dit que c'était normal ». « Je le porte bas parce que c'est un garçon ». Etc.
En y prêtant attention, nous pouvons observer, au-dessus de ce
ventre bas, rond et dur, dit en « en casque de moto », une zone plate qui apparaît, elle aussi, tendue et relativement dure. La limite entre les deux se situe approximativement au nombril. On peut donc dire de ces femmes qu'elles sont « enceintes jusqu'au nombril », mais certainement pas « jusqu'aux yeux », comme le veut l'expression populaire consacrée, ou tout au moins jusqu'au diaphragme, comme le veut la physiologie.

Fig 1 : Profil type de la grossesse sous-ombilicale.

Le deuxième élément visuel est relatif aux bébés nés par césarienne. Pendant longtemps, j'ai, comme la plupart des ostéopathes, été instruit des méfaits de la naissance et de ses incidences sur la forme du crâne des enfants. Nous ne sommes pas les seuls à nous être polarisés uniquement sur les phénomènes de naissance, certains psys, ou certains obstétriciens, ont également hypertrophié leur attachement à cette courte période de quelques heures, alors qu'une grossesse dure environ neuf mois. Nous rencontrerons en fin d'ouvrage, dans la 5e partie : « Baby Blues » et plus particulièrement le chapitre 2 consacré à l'émotionnel intra-utérin, différents auteurs ayant écrit sur la naissance.
Ainsi, les déformations provoquées par les traumatismes de la
naissance, avaient été largement répertoriées lors de mes études de base par Nicette Sergueef ou lors de mon parcours post-gradué par Robert Rousse. Mais, ce qui m'a interloqué et a provoqué ma perplexité, c'est de voir autant de petits crânes, pourtant nés par césarienne, présenter autant de déformations et d'asymétries. On ne pouvait, ici, incriminer les difficultés de passage lors de la naissance. Mon regard a fait de nombreuses fois l'aller-retour entre les ventres en « casque de moto » et les « crânes-césariennes » déformés, mais il m'a fallu encore beaucoup de temps avant d'en déduire quelque théorie ou quelque hypothèse cohérente.

Ce fut un vrai parcours du combattant, avec des pressentiments, des doutes, des intuitions, certaines idées germèrent, d'autres furent abandonnées.
« L'idée c'est la graine ; la méthode c'est le terrain, qui lui fournit les conditions pour se développer, prospérer et pour donner les meilleurs fruits suivant sa nature » (Claude Bernard in J.-C. Baste, 2004, p. 43).
En bref, j'ai abondamment cherché, et souvent avec une certaine impatience, car il me semblait que tous les éléments étaient en ma possession mais que la globalité m'échappait encore.
À force d'observer des crânes écrasés, plus certainement empêchés d'expansion, que tordus par des voies de passage trop étroites, l'idée du manque de place intra-utérin s'est progressivement imposée. Qu'il s'agisse de présentation normale, en siège, de jumeaux, ou de triplés (tous sortis par césarienne), les méplats et les asymétries étaient fréquents. Les perceptions et les solutions thérapeu
tiques ne sont d'ailleurs pas les mêmes pour ces enfants-là, que pour les traumatismes de la naissance ; nous verrons cela dans la 5e partie, chapitre 1 : Thérapies et manœuvres.
Pour comprendre ce manque de place, mes préoccupations se sont dirigées dans un premier temps vers l'utérus, les contractions prématurées, l'hyperlordose lombaire, et la posture globale (comme le suggèrent J.-P. Saby ou bien d'autres). Mais les contractions prématurées n'étaient pas toujours présentes. La mère évoquait parfois seulement un inconfort digestif, éventuellement associé à des maux de dos, ou à des tensions globales. D'autres fois, elle évoquait des contractions prématurées que le médecin tentait de calmer en prescrivant des tocolytiques, médicaments rarement efficaces, associés à un alitement forcé et prolongé.
En poursuivant mes réflexions, j'ai pu rapprocher ce profil, dit de
grossesse « jusqu'au nombril » ou en « casque de moto » du méplat viscéral surplombant l'utérus qui se présentait comme un territoire résistant à l'envahisseur ; ainsi, je pressentis que le phénomène impliqué était plus global et plus complexe, qu'un simple spasme de l'utérus.

Assassin silencieux, cruel et imperturbable, le temps a poursuivi son cours, à son rythme. Pour ma part, j'ai continué à prospecter, à associer les idées, à rassembler les intuitions, pour enfin trouver ce que je cherchais.

Lors de cette phase, ma réflexion fut la suivante : « Et si ce pauvre utérus, tellement incriminé, accusé de tous les maux par les obstétriciens, les sages-femmes voire les ostéopathes, n'y était pour rien ? S'il n'était qu'une victime criant sa gêne à l'expansion par ses douleurs et ses contractions ? Comme un champignon désirant sortir de terre mais empêché par quelque racine d'arbre ! » Image bucolique certes, mais c'est bien cela qu'évoquent certains crânes d'enfants sortis par césarienne, des cèpes de Bordeaux (une autre de mes passions), gênés dans leur croissance par un obstacle.
Il me restait à comprendre par quoi. Mais, parvenu à ce stade, l'amalgame était relativement aisé à réaliser : lors de grossesses associées à certains contextes tissulaires, les accolements du péritoine et leur constitution en bloc opposent une résistance imprévue à l'expansion de l'utérus et ce, dans tous les sens SUPRA, JUXTA et RETRO-UTERINS. Tous les espaces étant en restriction, en collage, l'utérus et par-delà le foetus ne peuvent disposer de toute la
place nécessaire afin que s'accomplisse « le miracle de la vie » dans la plénitude intégrale.
En effet, quand l'utérus, au départ gros comme un petit poing fermé, se met à réclamer de la place, notamment à partir du 5e mois
de grossesse, il rencontre la résistance des viscères environnants qui refusent de coulisser entre eux, de se pousser pour laisser de l'espace au foetus. En fait, ils ne refusent pas, ils sont simplement collés » entre eux par un phénomène d'adhérence généralisée, une fibrose, installée préalablement à la grossesse, qui ne permet pas cette mobilité viscérale naturelle que nous avons qualifiée de « liens souples » ; le mécanisme de résistance est le même pour les rapports directs de l'utérus avec le péritoine, ici je pense aux culs-de-sac et aux différents plans ligamentaires, suspenseurs de l'utérus. Nous pouvons également comparer l'utérus à une montgolfière qui aurait du mal à larguer ses amarres et ses entraves pour décoller.
Cette résistance se majorera, le plus souvent, tout au long de la grossesse, créant problèmes viscéraux pour la mère, lombalgies, sensations de poussée vers le bas (syndrome de Lacomme), puis contractions indésirables, voire rupture prématurée des membranes, perte anticipée des eaux ; ce manque d'espace engendrant, pour le foetus, des positions inadéquates, des restrictions d'apport vasculaire, des restrictions de liquide amniotique
(oligoamnios), des tensions et des déformations corporelles (dont nous verrons la liste au chapitre 4 : Les conséquences du collage – « Kolé Séré »), et tellement, tellement de souffrances que le duo mère-enfant tentera bien souvent d'interrompre la grossesse prématurément (nous en verrons les mécanismes à la 4e partie, chapitre 1 : Les tocolytiques).

Fig. 2 : La limitation de l'expansion utérine pendant la grossesse

Le chapitre 4 de la 2e partie : L'endométriose – « Sur la piste de Von Rokitansky » développera et précisera les concepts de « collage » ainsi que de « bloc de silicone viscéral » ; de plus, nous tenterons de présenter au cours de ce même chapitre, une hypothèse étiologique plausible et cohérente.
II est, bien entendu, nécessaire d'éliminer d'emblée toutes les autres causes de collage ou d'adhérences possibles. Elles sont nombreuses.

Nous éliminerons par l'interrogatoire préalable les causes suivantes :

  • Appendicites aggravées.
  • Péritonites.
  • Fortes infections urinaires, pyélonéphrites.
  • Infections généralisées, septicémies.
  • Portes infections gynécologiques, salpingites (infections des trompes).
  • Infections puerpérales (après accouchement).
  • Chirurgie d'intervention ou d'investigation, césariennes, cœlioscopies, laparotomies, chirurgie abdominale, etc. Les conséquences chirurgicales sont souvent la source de tensions plus localisées que globales. Nous parlerons davantage dans ces cas d'adhérences ou de brides.

Les conséquences mécaniques locales de ces différentes pathologies sont, en revanche, connues et bien traitées par les ostéopathes instruits et soucieux des tourments de l'univers viscéral.

Mise à jour le Mardi, 12 Octobre 2010 09:21  

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