Un nouveau marché de dupes..?
Éditorial de janvier 2006
Auteur : Jean-Louis BOUTIN
Cela fait aujourd’hui 1395 jours que les ostéopathes, et encore plus les milliers de patients qui les consultent chaque jour, attendent avec quelque impatience la parution des décrets concernant l’Ostéopathie.
A l’automne 2005, un semblant d’espoir avait vu le jour :
Les associations d’ostéopathes se sont prononcées de manière unanime sur les principes directeurs pour l’établissement de la réglementation de leur profession (1) et, par là, ont levé l’obstacle que le gouvernement avançait pour justifier le retard mis à l’élaboration des décrets ;
M. Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités, après plusieurs prises de positions contradictoires (2), se décidait enfin à mettre en place un groupe de travail chargé de la rédaction des décrets d'application de l'article 75 de la loi du 4 mars 2002 et envisageait d’ici la fin de l’année 2005, après concertation des médecins, des kinésithérapeutes et des ostéopathes, la parution d’un premier décret portant sur les critères de formation exigés pour se prévaloir du titre d'ostéopathe (3).
Or, rien ne semble vraiment avancer ! Le seul acte concret du gouvernement est d’avoir décidé de relancer le groupe de travail sur l’Ostéopathie et la chiropratique et de proposer au Doyen Ludes la présidence de ce groupe (4). Or, tout un chacun sait que pour enterrer un dossier, il suffit de créer une commission ou un groupe de travail !
Face à l’unité des Ostéopathes, les kinésithérapeutes ne sont pas en reste :
Le Syndicat National des Instituts de Formation en Kinésithérapie (SNIFMK) a pris position contre l’Ostéopathie exclusive (5).
la FFMKR a manifesté son opposition contre tout projet d’Ostéopathie exclusive en adressant à ses sections départementales une circulaire destinée aux députés et sénateurs leur expliquant le point de vue de ce syndicat, action qui a porté ses fruits vu le nombre de questions écrites de nos députés depuis le 22 décembre émanant directement de ce document.
Il semble que le gouvernement, après avoir longtemps hésité et tergiversé, a pris sa décision : « faire de l’Ostéopathie une spécialité complémentaire de la médecine et de la kinésithérapie », comme le remarque très justement l’auteur de l’article paru dans « Le Monde » du 27 décembre 2005 (6).
Or, si telle était la décision gouvernementale, il faudrait reconnaître que les divers communiqués des associations d’ostéopathes faisant état de progrès substantiels dans les discussions avec l’administration n’auront été que feu de paille et poudre aux yeux !
Alors disons-le haut et fort comme l’expriment certains kinésithérapeutes et ostéopathes et notamment Jacques LAPOUMEROULIE, chargé du dossier au SNMKR : les ostéopathes qui viennent d’un pré-requis kinésithérapique avec un niveau d’études à Bac + 5 (voire Bac + 6) soit 1 200 heures supplémentaires ont acquis la capacité et les connaissances pour recevoir les patients en première intention et ont le savoir-faire nécessaire pour connaître les contre-indications à certaines techniques manipulatives.
Mais ne nous trompons pas de combat. Les kinésithérapeutes demandent au gouvernement, dans le cadre de la réforme de leurs études voulue par le processus de Bologne (LMD), de tenir compte de la réalité de leur formation à Bac + 4 minimum(7), voir Bac + 5, ce qui équivaut à un master. Dans ces conditions, la formation à l’Ostéopathie équivaudrait à un master complémentaire. Malheureusement, en fonction des dernières négociations de décembre, il ne semble pas qu'on s’achemine vers cette solution.
Quant à l’Ostéopathie exclusive, c’est une profession de santé spécifique, indépendante, à laquelle les patients peuvent et doivent accéder en première intention, même s’il semble évident que la relation entre médecin traitant et ostéopathe doit être complémentaire.
Dans cette situation bloquée, où chacun avance ses pions comme dans une partie d’échec, il faudrait que chaque partie comprenne qu’il est de son intérêt à s’entendre. Les kinésithérapeutes ont tout à perdre en ce domaine et leur préoccupation primordiale est de faire reconnaître leur profession au niveau Bac + 4 minimum. Les associations d’ostéopathes, qui viennent de signer, enfin, un communiqué commun, se résoudront à rester dans la clandestinité s'ils n'obtiennent qu'une pseudo-reconnaissance dans laquelle ils perdraient une partie de leur prérogative.
Alors, allons-nous vers un peu plus de tolérance et de compréhension mutuelles, alors que le Conseil des Sages n’a pu que reconnaître son impuissance à agir, ou le dossier restera-t-il « en l’état », le gouvernement refusant de trancher et trouvant qu’il est urgent… d’attendre.
En quelque sorte, après tant d’efforts, de ténacité, de volonté, d’interventions et d'incompréhensions, un nouveau marché de dupes..?
Jean-Louis BOUTIN
1. Voir le Communiqué des associations d’ostéopathes et la Lettre des organisations d’ostéopathes à M. Xavier Bertrand en date du 29 novembre 2005 ainsi que le Communiqué de la Chambre Nationale des Ostéopathes.
2. Voir à ce sujet le dossier Ostéopathie 2005.
3. Question N° : 77593 de M. Thien Ah Koon André ( UMP - Réunion ) publiée au JO le : 08/11/2005 page : 10292. Réponse du ministre de la Santé et des Solidarités publiée au JO le : 13/12/2005 page : 11631.
4. Lettre de M. X. Bertrand au Professeur Ludes du 15 décembre 2005.
5. Lettre de MM. Paparemborde et Prel, Président et Vice-Président du SNIFMK.
6. Le gouvernement tarde à trancher la question du statut des ostéopathes : www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-724943,0.html
7. Depuis des années, les étudiants en kinésithérapie doivent passer le concours de PCEM 1 pour entrer dans les Instituts de formation en masso-kinésithérapie pour une durée de 3 années. Un simple calcul montre que 1 + 3 = 4 années d’études. Or, à ce jour, la formation en kinésithérapie n’est reconnue que comme un Bac + 2. Où est l’erreur !
| Suivant > |
|---|




