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La lésion ostéopathique

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La lésion ostéopathique

Auteur : Pierre Renaudeau

La lésion ostéopathique ou dysfonction somatique est une modification locale et événementielle de la fonctionnalité d’une interface articulaire ou d’un ensemble conjonctif (un muscle par exemple), engendrée par le cerveau, enregistrée dans le tissu conjonctif, gardien silencieux de cette modification.

axe

- La fonctionnalité d’une interface articulaire consiste en ses différents paramètres de mouvements. Un ensemble de trois gonds fixant une porte a une fonctionnalité de flexion extension de la porte sur son chambranle sur un axe vertical. Il s’agit d’un seul paramètre de mouvement (système simple).

Un joint articulaire peut avoir des degrés de mobilité selon les trois axes de l’espace Euclidien et dans les trois plans de cet espace. Ceci est valable pour toutes les articulations, qui marquent une rupture de fixité (mobilité) entre deux pièces osseuses. Dans la pratique, les différentes articulations ont des degrés de mobilité classiques, à grand rayon, auxquels s’ajoutent les degrés mineurs, de l’ordre du millième de mm, l’ensemble donnant six paramètres de rotation selon les trois axes de l’espace et six paramètres de glissement ou translation selon les trois plans de l’espace. Ces degrés de mobilité mineurs (non visibles à l’observation à quelques mètres, contrairement à la mobilité métrique) intéressent particulièrement l’Ostéopathe car ils font partie de la fonctionnalité globale de l’articulation. Et la modification de l’un de ces paramètres va entraîner une compensation de mobilité soit par l’articulation elle-même, soit par les adjacentes (sus et sous). Cette compensation (exécution du mouvement coûte que coûte par le corps) peut s’étendre de proche en proche au corps entier.

Paramètres métriques et mineurs : L’exemple de la cheville :

L’astragale ou Talus fait un mouvement métrique de flexion et d’extension entre les deux malléoles (tibiales et fibulaires), visible à plusieurs mètres. Il réalise également selon les situations de contraintes, des glissements d’avant en arrière et des bascules de latéroflexion en adduction et en abduction observables seulement à la palpation spécifique ostéopathique. La petite dimension de ce type de mouvements n’empêche aucunement sa réalité, ni le fait que son absence va perturber le mouvement métrique de flexion extension.

chevillle

La disparité (différence) entre abduction et adduction (lésion en varus de l’entorse de cheville) (paramètre principal) va exiger de la sous-astragalienne (entre astragale (ou talus) et calcanéum) la compensation, c'est-à-dire le parcours des degrés manquants à cause de la tibio-astragalienne. Si la sous-astragalienne est en lésion dans le même sens, ce qui est fréquent après les entorses de cheville en varus, la demande non satisfaite par la sous- astragalienne va être exigée au genou, via le grand bras de levier du tibia, provoquant à la longue des douleurs au genou. Le mécanisme de l’entorse, qui a de plus fait descendre le péroné (ou fibula) le long du tibia, va resserrer le compartiment externe du genou, provoquant une mobilité en glissement du compartiment interne (changement de pivot) où le ménisque, plus ouvert et non adapté à ces mouvements plus amples, va se dégrader.

C’est ainsi que quelques années après une entorse de cheville, un footballeur va se retrouver avec une pathologie « inexpliquée » du ménisque interne… La loi de la compensation a exercé son diktat : Le paramètre de mouvement manquant doit être produit par une autre partie du corps quelle qu’elle soit, même au détriment de tissus qui ne sont pas prévus pour ce mouvement…

Au sein, donc, de cette fonctionnalité, la lésion ostéopathique ou dysfonction somatique consiste en la facilitation (par le traumatisme) d’un paramètre de mouvement, associé à la restriction du paramètre de mouvement exactement opposé. Le cerveau, garant silencieux permanent de notre intégrité/ ou de notre survie/ ou de la survie de notre espèce, provoque via l’un de ses systèmes nerveux le relâchement élastique du ligament étiré brutalement pour éviter sa rupture cependant qu’il commandite le resserrage de toute la zone péri- articulaire restante pour la stabiliser. Il installe la lésion ostéopathique, enregistrée en lien avec la peur ou la sensation de danger. C’est la raison pour laquelle il est essentiel pour un résultat durable de faire évoquer l’incident, son souvenir, en séance, le changement étant ainsi somato-émotionnel au moment de la correction.

 

La lésion ou dysfonction ostéopathique est donc sous nos mains un changement dans l’élasticité des différents paramètres de mouvement. Par exemple, l’astragale ou talus accepte facilement de partir en varus (talon en dedans), mais va difficilement en valgus (Cas de notre entorse).

Il n’y a donc pas de déplacement (terme du langage courant) mais un changement d’élasticité dans des paramètres contraires, ce qui va modifier non pas le positionnement des pièces osseuses en rapport, mais leur mobilité réciproque.

Cette mobilité réciproque, qui est testée en séance, à l’aide des pièces osseuses, concerne donc exclusivement le système de maintien de l’articulation. On ne teste pas un « astragale » mais une tibio-astragalienne ou tibio-talienne, c'est-à-dire la capsule, les ligaments, les tendons qui arrêtent le mouvement en fin de course et constituent la fameuse « barrière ». Si vous prenez en main deux os seuls, il n’existe ni barrière ni restriction, vous pouvez leur faire exécuter des huit ou toute autre figure à votre convenance car il n’y a plus aucun système de maintien.

d5

Cela signifie que contrairement à ce qu’on lit ici ou là, une vertèbre (D5 par exemple) ne peut pas être en lésion. Cela ne veut rien dire. Il faut au minimum deux vertèbres pour parler de lésion, et c’est alors le système de maintien de ces deux vertèbres qui est en lésion, les ligaments les reliant. Ce sont eux qui ont la loi, la main sur la mobilité articulaire que l’on va demander au moment du test. Et leur état lésionnel est lui-même contrôlé par le système nerveux, probablement le sympathique (hypothèse personnelle) en réponse du cerveau à une situation qu’il n’a pas enregistrée comme terminée ou en réponse à une exigence posturale majeure, prioritaire sur la mobilité. L’articulation n’est qu’un lieu de mouvement.

L’os n’est qu’un levier dur que nous pouvons prendre en main. Mais aucun des deux n’est le lieu de la lésion. Le tissu conjonctif est le seul et unique lieu scientifiquement possible pour la lésion ostéopathique, un système de micro tubules pouvant se rétracter, ou se relâcher.

Ces notions font le lien entre toutes les thérapies qui corrigent les dysfonctions somatiques.

La lésion ostéopathique est le trait d’union entre l’Ostéopathie structurelle, l’Ostéopathie fonctionnelle, la fasciathérapie, la biokinergie, l’orthopraxie, la microkinésithérapie, la kinésiologie, la méthode Gesret, et même la psychothérapie.

Si l’union des professionnels est quelque chose de complexe et de laborieux, il est des traits d’union invisibles qui sont là, en-dessous des structures apparentes, depuis toujours.

Depuis les Néanderthaliens, il existe des gens qui soignent ceux qui sont tombés et qui en souffrent. Les Sapiens que nous sommes essaient désormais d’expliquer ce qui existe depuis l’apparition de la pesanteur…

La vieille compagne des premiers jours de l’Ostéopathe qu’est la lésion ostéopathique ou dysfonction ostéopathique ou dysfonction somatique est le lien par excellence qui nous unit tous, quelle que soit notre approche.

En effet, le praticien n’a de cesse que d’avoir corrigé cette lésion, fauteuses de troubles :

  • L’Ostéopathe structurel en passant la « barrière » par du structurel dont la haute vélocité est nécessaire pour tromper ou prendre de vitesse le système qui a initié cette lésion et la maintient : le système nerveux.
  • L’Ostéopathe fonctionnel en fondant cette barrière par du fonctionnel exagéré qui consiste à adresser au système nerveux le message : « Tout va bien maintenant et tout se passe dans la lenteur », et le système nerveux lâche la construction de la lésion, qu’il avait instaurée au moment d’un traumatisme ou écrasé sous le poids de la pesanteur et ses exigences posturales, rassuré par la situation de soin et le temps qui lui est offert.
  • Le Fasciathérapeute en équilibrant les fasciæs qui sont le lieu de maintien et d’expression de la lésion. De la même façon, le système nerveux, renseigné au sein de la zone d’enregistrement de la lésion, lâche prise. Retour à la normale.
  • Le Biokinergiste en levant les lésions en « spirale » dans la Biokinergie, qui ne sont qu’une autre façon d’avoir appréhendé et influencé la MÊME REALITE : L’installation d’une modification dans le comportement du tissu fibreux de maintien du corps, le tissu conjonctif, le lien de toute articulation, de tout joint sutural crânien, et le gardien de l’intégrité mécanique du corps.
  • L’orthopraticien en travaillant son sujet debout sans manipulations, par action de positionnement, ce qui s’adresse là encore au système de maintien postural, musculo-fibreux.
  • Le microkinésithérapeute et le Kinésiologues, très au fait des zones réflexes et de leurs voies effectrices, en levant en microkinésithérapie ou en kinésiologie des lésions engendrées par des épisodes de stress, par action sur des zones réflexes combinées ou sur le système énergétique du corps, renseignant là aussi le système nerveux grâce aux mains sur le fait que, en séance « tout va bien », et le cerveau peut s’autoriser, enfin, un changement.
  • Le Psychothérapeute est capable aussi de lever des restrictions entravant le système articulaire en travaillant sur le cerveau, prouvant par là que ce dernier est le chef d’orchestre de toute lésion ostéopathique.

Au final, nous ne sommes pas si différents d’une pratique à une autre, tous efficaces et pouvant répondre de résultats conséquents.

Toute ces thérapies, tous ces thérapeutes parlent un langage différent, pensent avoir tous la science infuse, mais font paradoxalement la même chose sans s’en rendre compte : ils soignent les mêmes patient(e)s, atteint(e)s par les mêmes problèmes, les mêmes lésions ou dysfonctions qui sont présentes dans tellement de pathologies, musculo-squelettiques mais

aussi allergiques, asthmatiques, digestives, pulmonaires, cardiaques, encéphaliques, oculaires, ORL, etc.

Par contre d’autre thérapies ne font qu’essayer d’enrayer les conséquences de ces lésions, sans jamais y parvenir, parce qu’elles n’en acceptent pas l’existence :

  • Le Kinésithérapeute brasse ainsi les tissus en les massant ou en les mobilisant de façon à atténuer l’effet des lésions (douleurs, inflammation).
  • Le médecin essaie de contrer avec les produits chimiques de l’industrie pharmaceutique les effets délétères de la lésion ostéopathique sur le corps du patient, anti inflammatoires, antalgiques, sans jamais se demander d’où vient la douleur, l’inflammation ou la pathologie, comme cet asthme qui récidive malgré les puissants broncho dilatateurs… C’est sans doute d’ailleurs une des raisons, avec l’absence de médecine préventive digne de ce nom, du déficit chronique de la sécurité sociale.

Cette omniprésence de la lésion ostéopathique dans nombre de pathologies à l’évolution inexpliquée (pour le corps médical) n’est pas sans nous intéresser au plus haut point et ce, pour deux raisons :

La première est que nous avons tous, praticiens de santé Ostéopathes structurels, Ostéopathes fonctionnels, Chiropracteurs, fasciathérapeutes, Microkinésithérapeutes, Kinésiologues, Biokinergistes, praticiens de méthode Gesret, quelque chose à apprendre les uns des autres, car nous travaillons sur les mêmes corps abritant les mêmes lésions, les mêmes coques fibreuses verrouillées, les mêmes auras énergétiques perturbés, les mêmes chagrins face aux accidents de la vie, et tous nous remettons en route la machine humaine.

Cette diversité est une richesse pour nous tous.

La lésion ostéopathique est notre incontournable trait d’union.

La deuxième est que l’on découvre de plus en plus de pathologies dont l’origine est structurelle et dont le devenir ne peut être infléchi que par une thérapie qui remette en fonctionnement cette structure. Cela préfigure tout simplement l’un des aspects les plus importants de la Médecine de demain, qui, rejoignant les origines, suivra ce conseil d’Hippocrate : « Ne jamais lâcher un patient sans avoir examiné scrupuleusement son épine dorsale ! »

C’est là tout simplement notre avenir.

Mais lorsque je vois s’invectiver sur les blogs des personnes en charge de la Profession, de son enseignement sur le mode « il n’y a que ça de valable ! » ou « je ne suis pas d’accord avec vous ! », je comprends que toutes ces personnes n’ont pas compris la nature de ce qu’ils touchent tous les jours. Chacune de ces inutiles invectives est une lésion pour l’Ostéopathie !

Il n’y a pas de supériorité du structurel, il n’y a pas de supériorité du fonctionnel, ni de la biokinergie (qui a renommé les choses pour se démarquer), il n’y a pas d’incompatibilité entre méthode Gesret et Ostéopathie, seuls les aveugles croient détenir LA vérité en tentant de refouler au loin tout ce qui diffère. Et cette attitude de morcellement n’est que le passé de l’Ostéopathie. Elle est anti déontologique parce que des centaines de personnes nous lisent sur Internet et ne peuvent absolument rien comprendre aux petites phrases que s’adressent Truc et Machin, et qui n’ont aucun intérêt.

La Profession a besoin de gens qui la défendent et non qui se l’approprient. Et chacun d’entre nous se devrait de consacrer un certain temps à chercher des solutions pour améliorer les choses et non pas à entretenir de vieilles querelles dont personne n’a plus rien à faire. L’imminence de l’inclusion dans le domaine de la santé devrait nous faire réfléchir à autre chose que la prééminence du structurel ou du fonctionnel, il n’y en a pas. Il y a tout à faire pour amener aux médecins, qui nous attendent au tournant, des preuves scientifiques de ce que nous faisons, alors, retroussons-nous les manches !

Nous soignons tous la même chose : le tissu conjonctif et le cerveau de mammifère qui le gouverne.

A tous ceux qui remettent le corps en état.

Pierre Renaudeau DO M.R.O.F.




Mise à jour le Lundi, 15 Novembre 2010 10:43  

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