William Garner Sutherland (1873-1954)
Auteur : Jean-Louis BOUTIN
© Jean-Louis Boutin et le Site de l'Ostéopathie
C'est à William Garner SUTHERLAND que nous devons la découverte de l'Ostéopathie crânienne.

William Garner Sutherland (1873-1954)
Cet article est librement inspiré des livres :
- L'ostéopathie exactement, Lionelle et Marielle Issartel, Robert Laffont, Paris 1983.
- L'ostéopathie, François LE CORRE et Serge TOFFALONI, PUF, Que sais-je? Paris, 1998.
William Garner SUTHERLAND est né le 27 mars 1873 dans une modeste famille de fermier d'origine écossaise. Journaliste à l'Austin Daily Herald, il rencontre l'ostéopathie à travers la guérison de son frère. Il décide de prendre d'abord un congé sans solde à Kirsville pendant un an puis choisit pour la vie l'ostéopathie.
Le 28 juin 1900, il sort diplômé de l'A.S.O. C'est au cours de ses études qu'il dit avoir eu sa première intuition de la mobilité des os du crâne :
" L'idée germa en contemplant les os désarticulés d'un crâne exposé dans le Hall nord du bâtiment de l'A. T. Still Infirmary. Les surfaces articulaires de ces os me semblèrent par leur contour destinées pour une mobilité articulaire…"[1].
Mais, comme le dit très bien Lionelle Issartel :
"Mais l'idée incongrue revenait le hanter et il décida, pour avoir l'esprit en paix, de prouver ce qu'on lui avait enseigné : qu'à part la mandibule, tous les os du crâne sont soudés" [2].
C'est alors que W. G. Sutherland se mit, à l'aide d'une pointe de canif, à désarticuler des crânes.
"Et cette approche patiente, minutieuse, approfondie, est de la plus haute importance. Elle révèle que les dessins des articulations sont réciproques, et s'inspirent de types mécaniques qui pourraient permettre un léger glissement. Stupéfait, Sutherland ne peut prouver l'immobilité. Il entreprend alors, manuels de mécanique en main, de faire l'inventaire précis de chaque os, de chaque surface, de chaque angle, de chaque trou, etc. et d'analyser les gouttières, engrenages, charnières, crochets, poulies, points d'appui et autres dessins, qui sembleraient sans objet dans un dôme inflexible." [3].
Obsédé par sa découverte, il garda pour lui de nombreuses années le fruit de ses recherches :
"Il commença par étudier sur lui les conséquences possibles d'une lésion ostéopathique. Il essaya par divers procédés de comprimer ou de déformer son propre crâne. Les effets obtenus par ses auto-expériences, les douleurs de lésions provoquées par des soins dentaires ou par un traumatisme, leur disparition par autotraitement grâce à ses connaissances anatomiques et à son habileté technique, le convainquirent qu'il pouvait commencer sans risque à traiter ses patients." [4]
" En septembre 1929, le moment lui semble venu de partager sa découverte. Il profite de la réunion du district du Minnesota pour présenter le concept crânien qu'il a mis vingt ans pour mettre au point. Mais c'est l'échec complet. Pire, on n'en parle pas!
" Pour essayer de faire passer son message, il écrivit un manuscrit pour le Journal of Osteopathy qui le refusa. En juillet 1931, son premier article intitulé "Skull motions" (mouvements crâniens) parut dans le Northeast Bulletin et fut suivi d'une série d'autres dont le "Cranial membranous strains" en décembre de la même année dans le Western Osteopathic.
"L'intérêt pour le concept qu'il défendait grandissant, au cours de l'été 1932, il fut invité à venir exposer ses idées à la convention nationale de l'AOA [5] à Détroit.
" Dès lors les évènements heureux se succèdent pour W. G. Sutherland :
En 1939 (dix ans après sa première conférence sans écho) il publie son premier livre, The Cranial Bowl, la Boule Crânienne.
En 1940, il a l'autorisation de donner deux semaines de cours au Polyclinic and Post-gradue College de Denver,
En 1942, lors de la Convention nationale de Chicago, plusieurs officiels de l'AOA lui demandent des informations sur ses idées. A la suite se crée une commission de travail à laquelle les Drs Howard et Rebecca Lippincott seront chargés de préparer le Manuel des techniques crâniennes.
En 1943, le premier groupe d'études sur l'ostéopathie crânienne est fondé.
L'année suivante le Collège d'ostéopathie de Des Moines organise une série de cours post-universitaires sur le sujet.
En juillet 1946, le Dr Raleigh fut le fondateur l'Osteopathic Cranial Association qui deviendra en 1960 la Cranial Academy.
En 1951, Harold Magoun publie la bible des ostéopathes : Osteopathy in the Cranial Field, qui est devenu l'ouvrage de référence, la bible des ostéopathes initiés au traitement crânien.
En 1953, Sutherland voit la naissance de la Sutherland Cranial Teaching Fondation qui se donne pour objectif de mener des études scientifiques sur le Mécanisme Respiratoire Primaire.
Sutherland meurt le 23 septembre 1954, dans sa 84e année.
" Sur son lit de mort, il a fait promettre à Magoun de répandre le concept et le traitement crâniens en Europe où l'ostéopathie, pas institutionnalisée, laisse les esprits, pense-t-il, vierges de tous préjugés. Magoun, fidèle à sa promesse, rencontra le Dr Brooks, un ostéopathe anglais qui avait fait ses études aux U. S. A., et tentait d'intéresser les Anglais. Ces derniers, enfermés dans la vertébrothérapie, refusaient de se remettre en question. Brooks dit "j'ai des amis français… "[6]
Mais c'est une autre histoire...
Voir : Les filières ostéopathiques en France
Notes
1. L'ostéopathie, Que sais-je, op. cit. p. 100
2. Lionelle Issartel, op. cit. p. 91
3. Id. p. 92
4. Que sais-je, p. 100
5. L'American Osteopathic Association.
6. Lionelle Issartel, op. cit. p. 95.
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