Auteur : Jean-Louis BOUTIN
© Jean-Louis Boutin et le Site de l'Ostéopathie
Le concept
Les ostéopathes affirment palper le mouvement des os du crâne qu'ils appellent flexion-extension pour les os centraux (occipital, sphénoïde, ethmoïde) et rotation externe ou interne pour les os périphériques (pariétal, frontal, temporal, etc.).
Rappelons que dans son interview, JC HERNIOU confirme que la plupart des techniques crâniennes restent valables.
La palpation ostéopathique permet également de sentir à travers tout le corps ce mouvement osseux : il sera ressenti particulièrement au niveau du sacrum, mais pas seulement là, et c'est la raison pour laquelle on parlera de thérapie crânio-sacré en parlant de l'ostéopathie dans le champ crânien.

Les trois vertèbres crâniennes
Dès 1899, dans son Traité d’anatomie humaine[1], Louis TESTUT parle de la théorie vertébrale du crâne dont Goethe a eu l’intuition en 1790 : le crâne serait formé de trois vertèbres : une vertèbre occipitale, une vertèbre sphéno-pariétale et une vertèbre sphéno-frontale. Cette théorie sera exposée dans les rééditions ultérieures pour être complètement abandonnée par Paturet [2].

Les travaux de Charlotte Weaver
« Ostéopathe contemporaine de William Sutherland, Charlotte Weaver, D0. a beaucoup travaillé sur la sphère crânienne, notamment à travers l'embryologie et à l'aide de dissections menées à Paris entre 1927 et 1933, dans l'établissement du Dr Auzoux. Suivant l'intuition de Goethe et l'hypothèse de L. Testut, elle a identifié trois vertèbres, correspondant à la base crânienne, ayant des surfaces articulaires et des disques permettant un fonctionnement comparable à celui des vertèbres du rachis. C'est l’œuvre d'une vie, dont la valeur et l'utilité n'ont pas été reconnues, de sorte que Charlotte Weaver est aujourd'hui inconnue des ostéopathes, tant aux USA que dans les autres pays »[3].

La palpation
Il n’y a pas actuellement de modèle d’enseignement de la palpation et la palpation n’est enseignée dans les écoles d’ostéopathie qu’à travers un protocole qui définit d’avance ce que nous devons sentir et percevoir. Le modèle est fixe : nous devons sentir bouger les os du crâne selon le protocole de la flexion-extension sphéno-basilaire, puis de la torsion, de la latéro-flexion-rotation et ainsi de suite. Si l’ostéopathe ne sent pas cela, il ne sent rien.
Or la palpation définie de cette manière est une palpation qui est fixée d’avance, qui oublie que le mouvement c’est la vie et que la perception du mouvement est, comme la vie, changeante, constamment différente, toujours en mouvement, à la recherche de l’équilibre sans cesse remis en question.
En fait, avant de sentir, il nous faut définir comment sentir : dans quelques dispositions devons-nous être pour sentir. Et cela acquis, la palpation devient une relation interactive entre l’ostéopathe, le patient et les tissus du patient. La palpation est alors une communication[4]
Le phénomène de la palpation nécessite d’abord la présence de l’être, son attention et son intention.
L’attention pourrait se traduire par la concentration sur, mais la plupart du temps, cet état de tension de l’être que nécessite une concentration devient vite un obstacle car pris par sa concentration, le praticien perd la présence à l’autre pour se concentrer à… comment faire pour se concentrer. L’attention est simplement cet état de la présence dans un lâcher prise, un non faire, une vacuité, tous termes équivalents de quelque chose que chacun perçoit mais dont la conceptualisation nous sort de la présence. Car la présence est un état de conscience.
L’intention est l’induction consciente qu’expérimente l’ostéopathe par la découverte « qu’il peut induire consciemment des altérations dans la perception de son impulsion rythmique crânienne et dans le fonctionnement du mécanisme crânien autour de la symphyse sphéno-basilaire. Toutes les altérations de la physiologie peuvent être induites par l’intention. Ainsi, la personne expérimente que les tissus vivants répondent à l’intention »[5].
Des recherches scientifiques
Pourrons-nous avoir la possibilité de démontrer scientifiquement le mouvement involontaire des os du crâne et des tissus du corps tels que le conçoit l’ostéopathie ?
Est-ce la première démonstration scientifique du mouvement crânien ?
NOTES
[1] THÉORIE VERTÉBRALE DU CRANE, Extrait du Traité d’anatomie humaine (1911) par L. Testut, Professeur d’anatomie de la faculté de médecine de l’Université de Lyon, article paru dans la revue OSTÉO, la revue des Ostéopathes, n° 49 - 2è trimestre 1999.
[2] PATURET G., Traité d’anatomie humaine, Paris 1951, Masson éditeurs.
[3] DUCOUX Bruno, De l’ostéopathie dite crânienne, ApoStill n° 6, mars 2000, p.66. Voir également le site de Florence Brugghe consacré à Charlotte Weaver : www.bruegghe.org
[4] TRICOT Pierre, La palpation tissulaire profonde,
[4] ApoStill, op. cit. Nous qui avons mis la phrase au singulier.
[6] UENO T., BALLARD RE., SHUER LM., CANTRELL JH., YOST WT., HARGENS, AR. Noninvasive measurement of pulsatile intracranial pressures using ultrasound. Acta Neurochir. 71: 66-69, 1998. - UENO T., SHUER LM., CANTRELL JH., YOST WT., HARGENS, AR. Development of a noninvasive technique for the measurement of intracranial pressure. Biological Sciences in Space. 12: 270-271, 1998
[7] HEISEY S. Richard, ADAMS Thomas, Role of Cranial Bone Mobility in Cranial Compliance, Department of Physiology, College of Human Medicine, Michigan State, University, East Lansing, Michigan.
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