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L'ostéopathie et l’enfant handicapé, par Pierre Tricot, DO. MRO(F)
Revue Énergie Santé n° 46 Automne 1999
Cet article est extrait d’une plaquette de Pierre Tricot, intitulée « L’ostéopathie au service de l’enfant handicapé » publiée par l’Association Enfant Handicapé, Espoir Ostéopathique (EHEO) www.eheo.org
Nous remercions Pierre Tricot et la rédaction de la revue Énergie Santé de nous avoir autorisé à reproduire cet article
Que peut faire l'ostéopathie pour l'enfant handicapé ? Le terme « enfants handicapés » est trop imprécis, recouvre trop d'éléments disparates pour servir tel quel de point de départ à une discussion. Il est plus convenable de parler d'enfants ayant des difficultés de développement. Pour mieux comprendre ce qui peut se passer pour ces enfants, envisageons la manière dont se développe le système nerveux du petit d'homme.
La maturation du système nerveux
Nous savons que contrairement à la plupart des cellules du corps, les cellules nerveuses ne se renouvellent pas continuellement au cours de la vie. À la naissance, l'enfant possède son plein contingent cellulaire nerveux et il ne sera pas renouvelé. Cela signifie que toutes les cellules nerveuses sont présentes, mais non développées.
Les processus d'acquisition des automatismes et de prise de contrôle du corps ne correspondent pas à la naissance de nouvelles cellules, mais à l'entrée en activité, de parties du système nerveux central qui n'étaient pas jusqu'alors fonctionnelles. Ce sont les sollicitations de l'environnement qui provoquent cette maturation par deux moyens complémentaires, les stimulations sensorielles et affectives.
La stimulation sensorielle correspond à l'activité des organes des sens qui, lorsqu'ils sont activés, envoient des influx aux régions correspondantes du système nerveux central. Ces influx provoquent la mise en activité de certaines parties du cerveau jusqu'alors inactives : plus les régions qui traitent ce type d'information reçoivent d'influx sensitifs, plus elles se développent rapidement et complètement.
La stimulation affective est tout ce qui, dans l'environnement, pousse l'enfant à avoir envie de communiquer, l'amenant à demander à son corps les réponses motrices nécessaires pour y parvenir. L'enfant, par son désir, oblige son système nerveux à répondre à cette demande, ce qui le stimule et accélère sa maturation.
L'importance de l'environnement
On peut donc imaginer l'importance de l'environnement dans lequel est plongé l'enfant pour la rapidité et la qualité du développement psychomoteur, qu'il peut favoriser, ou au contraire inhiber.
On sait actuellement que les sollicitations environnementales permettent le développement d'environ 20 % seulement du potentiel du système nerveux central. Des chercheurs ont donc émis l'idée de stimuler davantage le cerveau pour amener l'enfant à développer plus de potentialités. Ainsi, des recherches faites aux USA notamment par G. Doman (1), Th. B. Brazeltonz (2), en Europe par F. Veldman (3) ont montré que l'enfant, s'il est placé dans un environnement qui le reconnaît vraiment, l'aime et le stimule, est capable de prouesses étonnantes, telles que de parler ou d'écrire beaucoup plus jeune que la « norme ». Les récentes émissions télévisées Le bébé est une personne et le livre de B. Martino (4) paru ensuite nous montrent des choses étonnantes et belles concernant les enfants.
II ne s'agit pas ici d'approuver béatement de telles prouesses. Nous savons très bien quels problèmes peuvent rencontrer de tels enfants, surdoués, face à un environnement inadapté à cela. Ce qui est étonnant ici, c'est de découvrir que l'enfant est capable de faire bien mieux que ce que nous n'avions jamais supposé.
Ces recherches ont permis de mettre l'accent sur une chose étonnante : la limitation essentielle dans le développement de l'enfant, ce n'est pas l'enfant lui-même, mais surtout le milieu dans lequel il évolue et les conditions dans lesquelles il est placé.
Nous sommes la source de nos limitations
On a longtemps estimé que le bébé ne perçoit pas, qu'il est aveugle et sourd jusqu'à plusieurs mois de croissance et que toutes ses facultés de perception n'apparaissent qu'au fur à mesure de son évolution. Des chercheurs ont observé la croissance des enfants et établi un « calendrier » des acquisitions de l'enfant au fur à mesure de sa croissance (voir en fin d'article).
Ainsi fut établie une norme de développement sensori-moteur de l'enfant depuis la naissance jusqu'à notamment l'âge de sept ans, âge où les principales acquisitions sensori-motrices sont normalement réalisées. On n'imaginait pas que dans un environnement très stimulant, l'enfant développe beaucoup plus rapidement ses facultés sensori-motrices.
Toutes les expérimentations et observations passées sur l'enfant ont souffert de ces a priori. Nous avons estimé que puisque l'enfant ne pouvait exprimer, il ne percevait pas, puis, nous avons observé le développement de l'enfant dans son milieu sans penser à évaluer que ce milieu, par son attitude, pouvait grandement influencer la rapidité et l'importance du développement de l'enfant. De toutes ces observations, nous avons déduit quelles étaient les normes en matière de développement de l'enfant et en retour, nous les imposons à l'enfant de manière tout à fait inconsciente. Tout cela fonctionne comme une sorte de cercle vicieux.
Cela me rappelle cette courte histoire : « La chose était impossible à faire. Ils sont venus, ils ne le savaient pas et... ils l'ont faite. »
Pour ce qui concerne l'enfant dont la maturation du système nerveux central est difficile, nous devons envisager deux cas très différents, selon que les difficultés ont une origine purement fonctionnelle ou qu'il y a lésion du système nerveux central.
Troubles fonctionnels
Un trouble fonctionnel, comme son nom l'indique, est un trouble qui touche la fonction, c'est-à-dire l'expression de la vie. Ce mot est employé par opposition à ce que l'on appelle trouble organique, dans lequel c'est l'organe lui-même qui est atteint au sein de sa structure profonde, plus ou moins détruite.
L'ostéopathie est une approche très favorable aux troubles fonctionnels, car elle traite la relation structure-fonction. De plus, elle n'est pas nocive et ne risque pas de créer de problèmes secondaires, comme l'absorption de certaines drogues, par exemple. Il paraît logique de traiter préférentiellement les patients avec ce type d'approche douce et non nocive.
Lorsque nous avons évoqué les problèmes pouvant résulter d'une naissance difficile ou d'un traumatisme dans la jeune enfance, nous parlions de troubles fonctionnels. Les altérations dans le fonctionnement du mécanisme crânien n'ont pas été suffisantes pour créer de lésions graves au niveau du système nerveux central et c'est simplement le développement sensori-moteur de l'enfant qui est altéré.
Cependant, de tels troubles de la fonction peuvent provoquer des limitations persistantes dans le développement de l'enfant. En effet, l'expérience a montré que lorsqu'une phase de développement reliée à la maturation du système nerveux central ne se manifeste pas normalement, il est très difficile de revenir en arrière. L'organisme met en place des systèmes de compensation consistant la plupart du temps en la mise en service de voies nerveuses détournées. Ces voies nerveuses prennent en charge des fonctions qui ne leur sont pas dévolues dans les schémas de développement normal. Malheureusement, une fois que ces circuits détournés sont devenus effectifs, l'organisme les intègre dans son fonctionnement et ils prennent force de loi.
Le mécanisme de compensation prévaut toujours, parce qu'à partir du moment où il s'est développé, il est constamment réactualisé par les stimulations de l'environnement. Il est très difficile de revenir en arrière pour retrouver la phase de développement omise et la normaliser. Il faut utiliser des systèmes de régression. La méthode Tomatis (5) est l'un de ces systèmes.
Ce type de compensation a été mis en évidence notamment par les travaux de Konrad Lorenz (6), Par exemple, en travaillant sur des oies, il s'est aperçu que si au moment où l'animal doit rencontrer sa mère il rencontre un autre objet (vivant ou non), cet objet devient l'identification de la mère et l'animal le considérera toute sa vie comme tel.
Lorsque la difficulté d'un enfant a pour origine un trouble fonctionnel, c'est-à-dire lorsque le système nerveux n'est pas lésé dans sa structure, l'ostéopathie est souvent très efficace, parce qu'elle traite les blocages mécaniques entravant l'harmonie de son développement et de son fonctionnement.
Il est donc clair que le recours à l'ostéopathie devrait se faire le plus tôt possible dans la vie de l'enfant. En effet, si un problème de développement d'origine fonctionnelle survient consécutivement à l'altération du mécanisme crânien, la normalisation du mécanisme remettra les choses dans l'ordre suffisamment rapidement pour que le développement normal puisse se réaliser et pour ne pas initier des systèmes de compensation, d'autant plus difficilement réversibles que l'on s'éloigne de leur moment de création.
Troubles organiques
Le système nerveux peut avoir été atteint dans sa structure, notamment par anoxie, c'est-à-dire privation d'oxygène, au moment de la naissance ou juste après, si l'enfant a été long à respirer. Dans ce cas, un certain nombre de cellules sont mortes. C'est un trouble organique. Évidemment, les troubles résultants sont proportionnels à la gravité et à l'étendue des lésions cérébrales.
Les cellules nerveuses détruites ne pourront pas assurer le développement des fonctions qui leur étaient dévolues. Cette fois, il est indispensable que l'organisme crée des voies de compensation pour suppléer les voies normales. Alors que dans le cas de problèmes fonctionnels la création de compensations peut être une gêne à l'amélioration des problèmes de l'enfant, ici, il n'y a pas de choix. Il faut les favoriser.
Là encore, c'est la stimulation de l'environnement qui permettra le développement des compensations. Mais dans les cas de lésions cérébrales, la stimulation doit être extrêmement forte et répétitive pour forcer le corps à élaborer les compensations. Plus les lésions sont importantes, plus la stimulation doit être grande et répétée. Glenn Doman, étudiant cette possibilité, a mis au point une méthode d'aide à l'enfant lésé cérébral appelée le patterning (7), fondée sur un programme de stimulation intensive de l'enfant, pour aider l'organisme à créer les compensations nécessaires à la réalisation de ses fonctions.
L'ostéopathie
Souvenons-nous qu'un des principes fondamentaux de l'ostéopathie est la relation de la structure à la fonction, « La structure gouverne la fonction », disait A.T Still, il paraît logique de penser qu'en améliorant la structure dans le corps, et notamment la structure au niveau du mécanisme respiratoire primaire, nous aurons un effet bénéfique sur les altérations de fonctionnement qui résultent.
On a ainsi découvert que des lésions importantes siégeant dans ce mécanisme : restrictions, déformations, immobilités, peuvent considérablement gêner le développement du cerveau de l'enfant, soit parce qu'elles ne lui permettent pas de disposer d'une aisance, d'un espace suffisants, soit parce qu'elles provoquent une restriction dans les flux de circulation sanguine.
Pour les enfants plus gravement lésés au niveau du système nerveux central, le but sera, en plus de redonner au mécanisme respiratoire primaire son fonctionnement le plus optimum, de l'aider à élaborer ses compensations.
Dans de tels cas, l'ostéopathie, si elle ne soigne pas la source du problème, est une aide précieuse, car elle permet d'établir sur le plan fonctionnel des conditions les meilleures possibles pour aider au développement de l'organisme.
Lorsque les lésions cérébrales sont trop importantes pour pouvoir envisager une récupération significative, le traitement ostéopathique apporte souvent à l'enfant un meilleur confort de vie. Il est moins tendu, moins nerveux, il souffre moins. Il est moins « mal dans son corps ». Cela se répercute sur la vie familiale et aide les parents dans leur dure tâche.
L'ostéopathie n'est, bien entendu, pas une méthode exclusive, mais doit s'inscrire dans un cadre thérapeutique faisant appel à tout ce qui peut aider l'enfant à surmonter son handicap. L'ostéopathe envisage donc son travail dans le cadre d'une équipe, au sein de laquelle il apporte une contribution qui peut être primordiale. Ainsi, l'ostéopathe devrait être intégré au sein des équipes spécialisées dans le traitement des enfants dont le développement psychomoteur est entravé. Il apporterait certainement une aide précieuse, parfois fabuleuse.
Différents types de handicap
Comme nous l'avons fait remarquer précédemment, il existe de nombreux types de handicaps, trop diversifiés pour que l'on puisse les associer sous un même nom. Nous allons considérer trois grandes sources de handicaps, celles que nous rencontrons le plus souvent au sein de l'association Enfant handicapé, l'espoir ostéopathique.
- L'enfant infirme moteur cérébral
L'infirmité motrice cérébrale est une altération de fonctionnement du système nerveux central, la plupart du temps consécutive à un défaut d'oxygénation survenu dans la période néonatale, au moment de l'accouchement (notamment dans les cas de naissance difficile) ou dans les jours ou mois suivant la naissance (souvent pour des raisons traumatiques, notamment chute sur la tête). Dans ce cas une partie plus ou moins importante du cerveau est lésée et les troubles de développement sensitivo-moteur de l'enfant sont proportionnels à l'étendue des lésions cérébrales.
- Les séquelles d'encéphalites
Là également, il s'agit de lésions du système nerveux central, mais dont l'origine est autre. L'enfant n'a pas eu de problème de naissance mais les lésions sont consécutives à une encéphalite (inflammation du système nerveux) ou une méningite (inflammation des méninges). Ces inflammations sont souvent d'origine infectieuse, parfois consécutives à des phénomènes convulsifs, parfois, il s'agit de réactions post-vaccinales, la plupart du temps passées inaperçues.
- L'enfant trisomique (8)
L'enfant trisomique ne fait pas partie de la catégorie dont nous venons de parler. La trisomie, en effet, est un problème d'origine génétique. Il ne s'agit donc pas ici de lésions du système nerveux central. L'ostéopathie ne soigne pas la trisomie en tant que telle. Pourtant, il est connu qu'elle apporte à ces enfants une aide non négligeable. Elle leur permet de se développer beaucoup plus rapidement et complètement que d'autres enfants atteints de la même anomalie, mais ne bénéficiant pas de tels soins. Ces enfants sont alors plus vifs, plus éveillés, plus heureux de vivre. Pour les parents de tels enfants, les bienfaits de l'ostéopathie ne font aucun doute !
Notes
- 1. Glenn Doman, Enfants, le droit au génie, Édition Hommes et Groupes, 1986.
- 2. Th. Brazelton, T. Berry Brazelton vous parle de vos enfants, Stock- Laurence Pernoud, 1988.
- 3. F. Veldman, Haptonomie, science de l'affectivité, Éd. PUF.
- 4. B. Martino, Le bébé est une personne, Balland, 1985.
- 5. A. A. Tomatis, L'Oreille et la Vie, Éd. Robert Laffont, 1977.
- 6. C. Lorentz, Essai sur le comportement animal et humain, Éd. du Seuil, 1974.
- 7. G. Doman, Les guérir est un devoir, Éd. Épi, 1984.
- 8. Anomalie génétique due à la présence d’un chromosome supplémentaire dans une paire chromosomique. La trisomie 21 était autrefois appelée mongolisme.
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