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Le cerveau vu par Swedenborg et le concept crânien de Sutherland : Introduction

Le cerveau vu par Swedenborg et le concept crânien de Sutherland -
Introduction

Auteur : David B. Fuller [1]

Traduit de l’américain par Pierre Tricot, décembre 2009.

© Jean-Louis BOUTIN et le Site de l’Ostéopathie pour la version française.

Titre original : Swedenborg’s brain and Sutherland’s cranial concept, paru dans la revue The New Philosophy, Octobre-décembre 2008, pp. 619-650 (format pdf).


 

Le Site de l'Ostéopathie remercie particulièrement David B. Fuller de l'avoir autorisé à traduire et publier cet article.
Nous remercions Pierre Tricot pour sa traduction de l'article de D. Fuller.

[1]. David B. Fuller DO, FAAO, membre de l’Académie Américaine d’Ostéopathie (AAO), diplômé dans les spécialités de : Médecine Familiale, Médecine neuro-musculo-squelettique et Médecine manipulative ostéopathique, et Médecine holistique. Il pratique en clientèle privée à Bay Minette, Alabama.
L’auteur désire remercier Caroll Odhner, directeur de la bibliothèque Swedenborg, et Cindy Walker, archiviste de la bibliothèque Swedenborg de Bryn Athyn, en Pennsylvanie. Tous deux ont particulièrement aidé dans le cadre de l’Acton research. Remerciements également à l’Académie Américaine d’Ostéopathie (AAO) qui a autorisé à utiliser les matériaux de la thèse d’admission, Une comparaison des descriptions faites par Swedenborg et Sutherland du cerveau, de la membrane durale et du mouvement osseux crânien (2006), [titre original : A Comparison of Swedenborg’s and Sutherland’s Descriptions of Brain, Dural Membrane and Cranial Bone Motion” (2006) paru dans American Academy of Osteopathy Journal (AAOJ) volume 18, number 2, June, 2008, pp. 20-29] dans cette publication.


Introduction

Nous pourrions peiner des milliers d’années sans même entamer la surface de tout ce qui serait à connaître sur le cerveau et sur son fonctionnement.
Swedenborg, Du cerveau, Vo. 1, § 104k.

 

 

 

Au milieu du XVIIIe siècle, Emmanuel Swedenborg a développé et décrit un modèle sophistiqué et unique de fonctionnement du corps et du cerveau. Comme il s’est référé à de nombreux ouvrages anatomiques de son temps, son paradigme du cerveau et du corps est exhaustif, mais il est également unique. Cela correspond à l’essentiel de son œuvre de la période philosophique scientifique. L’un des derniers écrits essentiels de cette période est l’ouvrage écrit en 1743-44 et publié ultérieurement sous le titre Le cerveau [titre original : The Brain].

Deux cents ans plus tard, pendant la première moitié du vingtième siècle, William Garner Sutherland, DO, développe un concept crânien original, également connu sous le nom d’ostéopathie dans le champ crânien, un système de diagnostic et de traitement typique de la profession ostéopathique. Sutherland a bien connu l’œuvre de Swedenborg qu’il mentionne épisodiquement. Mais, l’utilisation qu’il en a faite est beaucoup plus qu’épisodique.

Cet article se propose de présenter une vue d’ensemble du paradigme de Swedenborg sur le cerveau et sur le système nerveux central, tel qu’il les décrit dans ses écrits scientifiques, notamment dans Le cerveau. Il se propose d’examiner la description faite par Swedenborg de la fonction du cerveau envisagé comme intermédiaire entre l’âme et le corps, ainsi que le mouvement rythmique inhérent du cerveau et de la mœlle épinière, le mouvement réciproque de la dure-mère, le mouvement osseux crânien et le concept de Swedenborg sur le fluide éthéré et le liquide céphalo-rachidien.

Ces concepts seront alors comparés au concept crânien tel que Sutherland le détaille dans ses écrits. Nous explorerons également les connexions historiques existant entre les idées de Swedenborg et celles de Sutherland.

Biographie de Swedenborg

NS_ESwedenborg

Emmanuel Swedenborg (1688-1772) est un scientifique et un philosophe suédois qui, dans la seconde partie de sa vie, s’est orienté vers la théologie. Au cours de sa longue et productive existence, il a abordé une vaste quantité de domaines et a écrit plus de 40 000 pages. Swedenborg est surtout connu aujourd’hui pour ses écrits tardifs, particulièrement centrés sur le domaine théologique. Pourtant, nombre de ses écrits philosophiques et scientifiques précédant la période théologique sont particulièrement en avance sur leur temps, développant des concepts qui ne seront reconnus que bien plus tard dans les siècles qui suivront. Ses écrits scientifiques et philosophiques, particulièrement tout ce qui concerne l’anatomie et la physiologie, contiennent également des idées qui serviront de fondements à ses écrits théologiques. (1)

À l’origine, Swedenborg est un scientifique qui, à la recherche de l’âme, s’est tourné vers la philosophie. Il a étudié de manière détaillée l’anatomie, à la recherche de la manifestation corporelle de l’âme. Il a procédé à une étude très approfondie de l’anatomie humaine et a porté tout particulièrement son attention sur le cerveau et ses influences sur le reste du corps. Au cours de ses études anatomiques, de la fin des années 1730 au milieu des années 1740, il a décrit de manière particulièrement détaillée, la structure, la fonction et la mobilité du cerveau. Au cours de cette période – 1730-40 —, il a rédigé un premier ouvrage sur le cerveau, intitulé De Cerebro. Son ouvrage le plus complet sur la question, intitulé Le cerveau, a également été l’un de ses derniers ouvrages scientifiques. Il a été écrit en 1743-44, mais n’a pas été publié de son vivant. À partir de 1745, il vit une série de profondes expériences spirituelles. Il délaisse tous ses écrits scientifiques, se tourne vers l’étude de la Bible et entreprend une nouvelle interprétation des écritures. Il développe une cosmologie et une théologie uniques et particulièrement détaillées. Pendant les trente années qui suivent et jusqu’à sa mort en 1772, il écrit sur des questions théologiques. Il est intéressant de noter que de nombreuses idées développées dans ses ouvrages scientifiques imprègnent ses écrits théologiques.

La quête de Swedenborg vers l’unification de la science et de l’esprit

L’une des motivations premières sous-tendant tous les écrits scientifiques de Swedenborg est l’exploration et la démonstration de l’unité intégrale, sous-jacente de la science et de l’esprit. Tout au long de ses écrits scientifiques on peut discerner un effort constant pour tenter de démontrer la structure et la forme comme émanant de Dieu, descendant du domaine spirituel vers la forme naturelle. Swedenborg reconnaît que Dieu est infinie Sagesse et que cette Sagesse est manifestée au sein même de toute Sa création. Il tente d’explorer et de comprendre les lois et principes inhérents à la création divine. Swedenborg estime que l’étude de la nature, particulièrement de la forme humaine, devrait aider à développer une compréhension du Créateur. (2)

Paradigme du cerveau comme partie de l’âme — interaction corporelle

L’un des derniers écrits scientifiques parmi les plus originaux de Swedenborg est Le Cerveau. C’est dans cet ouvrage que ses efforts orientés vers la découverte de la manifestation de l’âme dans le corps sont le plus clairement évidents. Sa doctrine de degrés discrets unissant âme, esprit et corps, guide clairement nombre de ses études anatomiques, à la recherche de l’interaction entre âme et corps. (3) Il voit Dieu, le Créateur, comme créant le genre humain à Son image, à la fois spirituellement et matériellement. La quête de Swedenborg à la recherche des mécanismes permettant l’interaction âme/corps le conduit à étudier le cerveau de la manière la plus détaillée possible, puis à développer un paradigme sophistiqué sur l’activité du cerveau à travers tout le corps. Il reconnaît le cerveau comme le vaisseau supportant l’esprit et permettant une interaction très étroite avec l’âme. Son paradigme est un modèle organique fluidique incluant une constante et intelligente mobilité en provenance de l’âme, se prolongeant dans le cerveau et dans l’activité du liquide céphalo-rachidien, se manifestant en mouvements secondaires à travers tout le corps, y compris dans les os crâniens, les membranes durales, le cœur, les poumons, le sang, les lymphatiques, le système nerveux et tous les viscères.

Le paradigme de Swedenborg relatif au cerveau n’est rien moins qu’un effort pour explorer les manifestations de l’âme au sein du corps. Ce paradigme l’a aidé à infléchir son chemin, à délaisser son œuvre scientifique et à consacrer le reste de sa vie à l’exploration de la science de l’esprit. Ainsi, les paradigmes organiques de Swedenborg sont d’une inestimable valeur non seulement par leur propre mérite, mais également parce qu’ils établissent un fondement pour sa théologie organique qui va suivre. (4)

Histoire de l’ostéopathie

Image 2: Dr Andrew Taylor Still (1818-1917)

L’ostéopathie a été découverte et établie dans la seconde moitié du XIXe siècle par le Dr Andrew Taylor Still (1818-1917), un médecin américain de la frontière exerçant dans le Kansas et le Missouri, très déçu par la médecine héroïque (5) impuissante, recourant à des drogues inefficaces et à des pratiques particulièrement invasives. En 1874, Still s’engage dans une nouvelle voie (6) qui aboutira quelques temps plus tard à la création d’un système qu’il nommera Ostéopathie. L’ostéopathie insiste sur deux points fondamentaux : la capacité inhérente du système corporel à s’auto-guérir et le rôle du médecin qui est d’assister la structure et la fonction afin que la santé puisse régner chez chaque individu. Still a rejeté les drogues toxiques de son temps et mis l’accent sur des techniques manuelles de médecine manipulative ostéopathique utilisées dans un contexte de pratique médicale complète. Il a obtenu d’excellents résultats et, en 1892, a ouvert un collège d’enseignement dans le Missouri. C’est de là que s’est développée la profession d’ostéopathe, aujourd’hui partie intégrante de la médecine américaine, grâce à une vingtaine d’écoles de médecine ostéopathique réparties dans tout le territoire des États-Unis.

L’ostéopathie crânienne de Sutherland

Image 3: William Garner Sutherland (1873-1954)

William Garner Sutherland (1873-1954) qui a étudié l’ostéopathie sous la férule de Still, a développé un système de diagnostic et de traitement connu sous le nom d’ostéopathie crânienne, autrefois appelé « Ostéopathie dans le champ crânien. » Sutherland a toujours reconnu en Still celui qui a découvert et développé la philosophie, les principes et la pratique de l’ostéopathie. En utilisant ce nouveau concept crânien, il les a appliqués d’une manière nouvelle et sophistiquée à la tête et au reste du corps. À partir de 1930 et jusqu’à sa mort dans le milieu des années 1950, Sutherland a formé des collègues ostéopathes à ce nouveau système de diagnostic et de traitement crâniens. (7)

L’ostéopathie dans le domaine crânien, comme toutes les autres pratiques de médecine manipulative ostéopathique, est enseignée dans tous les collèges d’ostéopathie des États-Unis et dans de nombreux autres pays à travers le monde. Elle est utilisée pour aider de nombreux patients de par le monde. La Cranial Academy, est une organisation faisant partie de l’American Academy of Osteopathy dont l’objectif est de poursuivre l’enseignement et la pratique de l’ostéopathie crânienne par des médecins (ou des dentistes). Elle compte actuellement environ 1200 membres.


 


Notes

Note du traducteur : les références bibliographiques renvoient à des textes américains, la plupart non traduits. Lorsque la référence est disponible en français, c’est elle qui a été indiquée.

1. Rose, Emmanuel Swedenborg : Essais, 388.

2. C’est l’objet de l’ouvrage Œconomia regni animalis (Économie du règne animal, 2 volumes, 1741) qui contient le texte De Cerebro (ndt).

3. « La correspondance que Swedenborg établit entre le monde spirituel et le monde matériel n’est pas une simple analogie, c’est un rapport de cause à effet : idée essentielle et fondamentale. L’univers que nos sens actuels ne peuvent percevoir est le domaine des causes et des fins, tandis que l’univers sensible est le domaine des effets. Ce sont les forces spirituelles qui produisent les phénomènes observés sur notre planète. » Jean Prieur, Swedenborg, p. 108 (ndt).

4. Swedenborg, De Cerebro, vol. I, § 1202, vol. II, § 156.

5. Jusqu’à la fin du dix neuvième siècle on peut considérer qu’il existait aux USA deux types de médecine. Celle enseignée et pratiquée dans l’Est du pays, c’est-à-dire dans les régions les plus développées socialement, industriellement et intellectuellement, correspondant à peu près à la médecine enseignée et pratiquée à la même époque dans les pays développés d’Europe. Et celle du Middlewest américain, pratiquée dans les régions pionnières, une médecine inefficace et dangereuse plus proche des descriptions de Molière que de la médecine actuelle. Still appellera les pratiques de ce temps médecine de l’à-peu-près, ou du viser-rater. Il fallait des individus solides pour résister aux traitements qui leur étaient imposés, au point que cette médecine fut nommée Médecine héroïque ! (ndt).

6. « Ma science ou ma découverte naquit au Kansas à l'issue de multiples essais, réalisés à la frontière, alors que je combattais les idées pro-esclavagistes, les serpents et les blaireaux puis, plus tard, tout au long de la guerre de Sécession et jusqu’au 22 juin 1874. Comme l'éclat d'un soleil, une vérité frappa mon esprit : par l'étude, la recherche et l'observation, j'approchai graduellement une science qui serait un grand bienfait pour le monde. » (Still, Autobiographie, Sully, Vannes, 1998, p.73-74) (ndt).

7. Sutherland, Contributions of Thought, 143, 188, 214.

 


 

Crédits photographiques

Image 1 : Photo d'Emmanuel Swedenborg trouvée sur le site de Wikipédia, article Swedenborg

Image 2 : Photo de Andrew Taylor Still, in Philosophy of Osteopathy, publisched by A. T. Still, Kirksville, MO, 1899.

Image 3 : Photo de William Garner Sutherland.



Mise à jour le Vendredi, 24 Décembre 2010 09:21  

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