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Le cerveau vu par Swedenborg et le concept crânien de Sutherland : 2e partie

William Garner Sutherland (1873-1954)

Le cerveau vu par Swedenborg et le concept crânien de Sutherland
William Garner Sutherland et le concept crânien

Auteur : David B. Fuller [1]
Traduit de l’américain par Pierre Tricot, décembre 2009.

© Jean-Louis BOUTIN et le Site de l’Ostéopathie pour la version française.

Titre original : Swedenborg’s brain and Sutherland’s cranial concept, paru dans la revue The New Philosophy, Octobre-décembre 2008, pp. 619-650 (format pdf).

Le Site de l'Ostéopathie remercie particulièrement David B. Fuller de l'avoir autorisé à traduire et publier cet article.
Nous remercions Pierre Tricot pour sa traduction de l'article de D. Fuller.


William Garner Sutherland et le concept crânien

Biographie de Sutherland

William Garner Sutherland (1873-1954)

William Garner Sutherland naît dans le Wisconsin en 1873. Il entre à l’American School of Osteopathy, le premier collège de formation à l’ostéopathie, en 1898. Il étudie sous la férule du corps enseignant des premiers temps, y compris celle d’Andrew Taylor Still, le fondateur de l’ostéopathie et le directeur du collège. Dès 1898, alors qu’il est encore étudiant, Sutherland reçoit une intuition concernant les os du crâne qui changera ultérieurement sa vie et le conduira au développement d’une nouvelle application de la médecine manipulative ostéopathique. Il est frappé comme par un éclair par l’intuition que les os crâniens sont « biseautés comme les ouïes d’un poisson, indiquant par là une mobilité pour un mécanisme respiratoire. » À cette époque, les os crâniens sont considérés comme n’étant absolument pas mobiles. Sutherland laisse tomber cette idée pendant plus de vingt années, puis la reprend et commence à explorer sérieusement ce concept et ses ramifications. (1)

Au cours des années 1920, Sutherland développe sa compréhension initiale du concept crânien. Il applique les principes et pratiques ostéopathiques du Dr Andrew Taylor Still au concept crânien émergeant, expérimentant diagnostics et traitements des dysfonctions crâniennes sur lui-même et sur ses patients. Vers 1929, il commence à introduire le concept et ses applications manipulatives auprès des professionnels ostéopathes. Au cours des années 1930, il enseigne auprès de petits groupes de collègues ostéopathes. Au cours des années 1940, il commence à développe des cours organisés, avec des programmes précis à des groupes de praticiens ostéopathes qui viennent de tous les coins du pays pour étudier avec lui et son corps enseignant. Il continue à enseigner et à développer le concept jusqu’à sa mort en 1954. (2)

Les références de Sutherland à Swedenborg

Il existe trois références certaines de Sutherland à Swedenborg. Deux d’entre-elles ont été publiées après 1944. La première compare le fondateur de l’ostéopathie à Swedenborg.

Comme Swedenborg qui a étudié l’anatomie il y a deux cents ans, à la recherche de l’âme, le Dr Andrew Taylor Still a étudié l’ouvrage de son Créateur – le corps humain. (3)

La seconde référence est un commentaire sur les descriptions de la mobilité du cerveau par Swedenborg.

Si vous devenez un mécanicien du mécanisme crânien en corrigeant une lésion crânienne, vous devenez du même coup un apothicaire. Il n’existe aucune limite à cette pensée. Ce n’est pas une pensée nouvelle. Swedenborg, il y a 200 ans, affirmait que le cerveau est animé de mouvements. Il ne s’agit donc pas de quelque chose totalement nouveau. Non. (4)

Alors que Sutherland n’a jamais écrit d’analyse détaillée à propos des idées de Swedenborg, il est intéressant de constater que dans ces brefs commentaires, il établit plusieurs formulations importantes. Sutherland compare Andrew Taylor Still, le fondateur de l’ostéopathie (qu’il tenait en très haute estime) à Swedenborg et à sa quête vers l’unité âme-corps à travers l’étude de l’anatomie humaine. Sutherland mentionne également que l’idée de mobilité du cerveau n’est pas nouvelle et crédite Swedenborg pour ses études 200 ans auparavant (Le cerveau fut écrit exactement 200 ans auparavant, en 1744). Sutherland affirme même que ses propres idées ne sont pas nouvelles, impliquant par là que Swedenborg avait bien évidemment décrit d’importantes notions relatives à la mobilité du cerveau. Par ces affirmations, il semble évident que Sutherland voue un grand respect à Swedenborg en se reliant à lui à propos des choses les plus importantes de sa vie professionnelle : l’ostéopathie et son fondateur, et le concept crânien.

Sutherland établit une troisième référence qui implique Swedenborg et l’un des traducteurs des écrits scientifiques de Swedenborg, le Révérend Alfred Acton, PhD (5). Nous en discuterons dans la partie appelée « Acton et les Lippincott. »

Le concept crânien de Sutherland, vue d’ensemble

Au cours de sa longue carrière professionnelle, Sutherland a écrit beaucoup d’articles et a donné beaucoup de conférences qui ont été enregistrées, transcrites et ultérieurement publiées. Il a décrit le concept crânien de nombreuses manières différentes, mais cinq point sont bien reconnus comme des fondamentaux du concept crânien qu’il a nommé Mécanisme Respiratoire Primaire.

Le Mécanisme Respiratoire Primaire d'après W. G. Sutherland

1. Mobilité inhérente du cerveau et de la mœlle épinière

2. Fluctuation du liquide céphalo-rachidien

3. Mobilité des membranes intra-crâniennes et intra-spinales

4. Mobilité articulaire des os crâniens

5. Mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques (6)

Mobilité inhérente du cerveau et de la mœlle épinière

Sutherland décrit un subtile et puissant mouvement d’expansion et de rétraction rythmique du cerveau qui sert de force motrice, mobilisant les membranes intracrâniennes et des os crâniens. Il est très précis dans sa terminologie et décrit le mouvement du cerveau comme une mobilité intrinsèque et le mouvement de la membrane intracrânienne et de l’os crânien comme une mobilité. Ce mouvement trouve son origine dans le cerveau et le cervelet mais implique également la mœlle épinière et les structures connexes. En fait, cette mobilité est continue à travers tout le corps et perpétuelle, tout au long de la vie. Tous les tissus vivants présentent une constante mobilité, le rythme le plus primaire étant celui du mécanisme respiratoire primaire.

Caractéristiques de la mobilité du cerveau

Sutherland décrit un mouvement d’enroulement et de déroulement des convolutions ou circonvolutions du cerveau. Au temps d’expansion de ce mécanisme respiratoire primaire cyclique, il donne le nom d’inspiration ou de flexion et au temps de rétraction, le nom d’expiration ou de rotation interne. Pour Sutherland, les convolutions et fissures du cerveau sont prévues pour accommoder l’activité intrinsèque rythmique du cerveau, en s’enroulant et en se déroulant de manière spiralée. La forme spiralée des structures du cerveau permet à la mobilité de se produire d’une façon synchronisée, ajustée aux structures de la dure-mère et du crâne. Cette mobilité est particulièrement subtile et inclut également le tronc cérébral et la mœlle épinière. (7)

Le mécanisme respiratoire primaire est antérieur à la mobilité pulmonaire

Sutherland considère comme évident que le mécanisme respiratoire primaire implique un mouvement cyclique du cerveau et une fluctuation du liquide céphalo-rachidien qui sont premiers par rapport au mouvement du diaphragme et des poumons. Les deux, cependant, bougent souvent simultanément. Les deux mobilités peuvent même être décrites comme respiratoires (de différentes manières), cependant, la mobilité du cerveau est primaire, et celle des poumons, secondaire. Elles ne sont pas toujours synchronisées. Dans certaines techniques de traitement, Sutherland demande la collaboration respiratoire du patient.

Fluctuation du liquide céphalo-rachidien

Sutherland insiste sur la fluctuation du liquide céphalo-rachidien, synchrone de la mobilité du cerveau, comme un composant clé du mécanisme respiratoire primaire. Il reconnaît que le liquide bouge de manière pulsatile, affecte le cerveau, les membranes durales et les os crâniens et est affecté par eux. Il met davantage l’accent sur la fluctuation du liquide céphalo-rachidien au sein d’une cavité quasiment close que sur une circulation d’un point d’origine vers un point d’extrémité, comme dans un cycle de circulation. (8)

Mobilité des membranes intracrâniennes et intra-spinales

Faux du cerveau et tente du cervelet

 

Sutherland décrit les membranes internes au crâne et à la colonne vertébrale comme mises en mouvement de manière réciproque, suivant la mobilité rythmique du cerveau et de la mœlle épinière. Il nomme cela membrane de tension réciproque. Il met davantage l’accent sur le repli interne de la dure-mère, particulièrement la faux du cerveau, la faux du cervelet et la tente du cervelet, aussi bien que des membranes durales intra-spinales. La dure-mère, plus particulièrement, maintient une tension dans le système, bouge réciproquement avec le cerveau, servant de ligament de contrôle, contrôlant et limitant la mobilité du cerveau, encourageant la fluctuation du liquide céphalo-rachidien et unissant le cerveau et les os crâniens. Attachée à l’occiput, elle descend ensuite jusqu’au sacrum, servant ainsi de tendon central entre le crâne et le bassin. (9)


Mobilité articulaire des os du crâne

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Sutherland décrit tous les os crâniens comme animés d’un mouvement rythmique subtil, avec le mécanisme respiratoire primaire. Il décrit les deux phases du mécanisme en leur donnant le nom de flexion (aussi appelé inspiration) et d’extension (aussi appelé expiration). Généralement, la phase de flexion et d’expansion provoque une augmentation de la largeur du crâne, un rétrécissement antéropostérieur, avec une élévation de la jonction entre le sphénoïde et l’occiput. Pendant cette phase de flexion, les os pairs du crâne bougent en rotation externe. Pendant la phase d’extension ou expiration de ce cycle, c’est l’opposé qui se produit, le crâne se rétrécissant en largeur et s’allongeant sur son axe antéropostérieur, la jonction sphénoïde/occiput s’abaissant et les os crâniens pairs bougeant en rotation interne. (10)

Mobilité particulière des os pariétaux, du frontal et de l’occipital

Bien que Sutherland ait décrit en détail le mouvement de tous les os crâniens, nous ne considèrerons dans cet article que les trois os dont Swedenborg décrit la mobilité : le frontal, le pariétal et l’occipital. Au cours de la phase inspiratoire du mécanisme respiratoire primaire, Sutherland décrit les parties latérales de l’os frontal comme s’écartant bougeant vers l’avant, comme si le frontal était suspendu à la suture coronale qu’il partage avec les os pariétaux.

Également au cours de la phase d’inspiration, la partie latérale des pariétaux, articulés l’un sur l’autre à la suture sagittale, bouge vers le dehors. Au cours de l’inspiration également, la partie antérieure de la partie basilaire de l’occiput bouge vers le haut. Au cours de l’expiration, ou extension, les parties latérales du frontal se resserrent en arrière, les pariétaux se resserrent médialement et la partie basilaire de l’occiput bouge inférieurement. (11)

Mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques

Sutherland a décrit un mouvement involontaire du sacrum correspondant à la mobilité sphénobasilaire du mécanisme respiratoire primaire. Cette mobilité est transmise du crâne au sacrum par l’intermédiaire de la dure-mère spinale. Ce mouvement a une application thérapeutique importante.

Souffle de Vie

En plus des cinq composants du concept crânien, Sutherland développe le concept de « Souffle de Vie, » pour lequel il n’a pas donné de définition précise, mais auquel il se réfère fréquemment, particulièrement vers la fin de sa vie. Le Souffle de Vie devient particulièrement important dans l’interprétation de son concept crânien, notamment pendant les dix dernières années de sa vie.

Sutherland décrit le Souffle de Vie comme différent du souffle de l’air, plutôt comme quelque chose d’invisible résidant dans le liquide céphalo-rachidien et de primaire par rapport au souffle de l’air. Il est de nature fluide et manifeste un potentiel inhérent possédant une Intelligence, « avec un grand I ». Le potentiel inhérent et l’Intelligence du Souffle de Vie se manifestent de manière primaire dans la fluctuation du liquide céphalo-rachidien. Il possède une tendance à la fonction normale du corps qui, en ostéopathie crânienne, peut être utilisée à des fins thérapeutiques. Ses origines sont inconnues, mais le fait qu’il soit présent est suffisant. Ce Souffle de Vie sert d’étincelle, de mise à feu au moteur du cerveau humain. Il n’est pas matériel. On ne peut le voir. Sutherland décrit ce Souffle de Vie comme un « liquide dans un liquide » et comme un « fluide au sein d’un fluide, » comme un potentiel intelligent contenu dans le liquide céphalo-rachidien mais qui ne se mélange pas avec lui. Il visualise ce « fluide au sein d’un fluide » comme l’élément le plus élevé connu qui nourrit les cellules nerveuses et voyage le long des fibres nerveuses par transmutation. (12)




Notes

1. Sutherland, Contributions of thought, 146, 214, 228 ; Sutherland, With thinking fingers (traduit en français sous le titre Avec les doigts qui pensent, publié chez Satas), 5, 18.

2. Sutherland, Contributions of thought, 41, 46, 51, 74, 142, 147 ; Sutherland, With thinking fingers, 76, 77.

3. Sutherland, Cranial Bowl, 4. Je n’ai pas retrouvé cette allusion à Swedenborg dans l’édition américaine que je possède de Cranial Bowl (réédition de 1986), ni dans la traduction française d’Henri Louwette parue en 2002 chez Sully (Ndt).

4. Sutherland, Contributions of thought, 163.

5. PhD, Docteur en philosophie (Ndt).

6. Sutherland, Contributions of thought.

7. Sutherland, Contributions of thought, 74-75, 97-98, 119, 129, 161 ; Sutherland, Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 176 ; Magoun, Ostéopathie dans le champ crânien (Ed. 1950), 44,46.

8. Sutherland, Contributions of thought, 201, 273, 336, 348 ; Sutherland, Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 19.

9. Sutherland, Contributions of thought, 74, 97-98, 143, 149 ; Sutherland, Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 42 ; Magoun, Ostéopathie dans le champ crânien (Ed. 1950), 47.

10. Sutherland, Contributions of thought, 152,156.

11. Ibid., 152, 193 ; Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 73.

12. Sutherland, Contributions of thought, 147, 191, 201, 204, 216, 219 ; Enseignements dans la science de l’ostéopathie, 14, 31, 63, 147, 166, 169, 176.

 

Mise à jour le Vendredi, 24 Décembre 2010 09:21  

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