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Anatomie fonctionnelle appliquée à l'ostéopathie crânienne
Chapitre 1 - Ostéopathie crânienne et anatomie
1. Mécanisme Respiratoire Primaire
Auteur : Nicette Sergueef
Éditions Elsevier 2009 - www.elsevier-masson.fr
Nous remercions Nicette Sergueef et les Éditions Elsevier de nous avoir autorisé à publier cet extrait du chapitre 1 sur le Site de l'Ostéopathie.
Selon le glossaire de l'American Academy of Osteopathy, l'ostéopathie est ainsi définie :
"A system of medical tare with a philosophy that combines the needs of the patient with current practice of medicine, surgery, and obstetrics, and emphasizes the interrelationships between structure and fonction, and an appreciation of the body's ability to heal itself [1] (« Un système de soins médicaux avec une philosophie qui combine les besoins du patient avec la pratique en cours de la médecine, de la chirurgie, et de l'obstétrique, et qui met l'accent sur l'interdépendance entre la structure et la fonction, et une appréciation de la capacité du corps à s'autoguérir. »).
En effet, la philosophie ostéopathique est fondée sur l'holisme, i.e. l'interdépendance de toutes les structures du corps et sur l'idée que la structure et la fonction sont indissociables. Classiquement, quatre grands principes sont mis en valeur :
- le corps humain est une unité fonctionnelle dynamique ;
- le corps possède des mécanismes autorégulateurs qui sont par nature autoguérisseurs ;
- la structure et la fonction sont interconnectées à tous les niveaux ;
- un traitement rationnel se base sur ces principes.
Selon le principe de l'holisme, toutes les parties du corps sont interdépendantes les unes des autres et de fait sont toutes de grande importance. Ainsi, des dysfonctions présentes au niveau du crâne peuvent affecter l'axe vertébral et la posture. Inversement, des problèmes de colonne peuvent affecter les fonctions crâniennes. Cet ouvrage décrit l'anatomie crânienne, mais en aucun cas l'ostéopathie ne se limite à cette seule partie de l'organisme.
Mécanisme respiratoire primaire
C'est sur le concept du « primary respiratory mechanism » ou « mécanisme respiratoire primaire» (MRP) de William Garner Sutherland DO, que repose l'ostéopathie crânienne, plus récemment nommée « Osteopathy in the Cranial Field» (« Ostéopathie dans le champ crânien »).
« Primary » a deux significations. Tout d'abord, le sens de primitif, i.e. le premier dans un ordre chronologique ou dans un processus de développement. Enfin, le sens de principal, de ce qui est de plus grande importance et de premier rang [2]. En choisissant le terme « respiratory », Sutherland fait référence au processus de respiration interne, à savoir les échanges entre les cellules des tissus et leur environnement. Quant au terme « mechanism », il signifie le mouvement interdépendant des tissus et des fluides organisés pour une finalité spécifique [1].
Sutherland distingue respiration primaire et respiration pulmonaire. La première précède la seconde et leurs fréquences, bien que parfois synchrones, sont le plus souvent différentes.
En 1939, après une dizaine d'années d'enseignement de son concept, William Garner Sutherland DO publie « The cranial bowl ». Il expose les cinq éléments qui constituent son modèle du MRP [3] :
- la motilité inhérente au cerveau et à la moelle épinière ;
- la fluctuation du liquide cérébrospinal ;
- la mobilité des membranes intracrâniennes et intraspinales ;
- la mobilité articulaire des os du crâne ;
- la mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques.
Motilité inhérente au cerveau et à la moelle épinière
Parmi les cinq éléments du MRP, Sutherland considérait la motilité inhérente au cerveau et à la moelle épinière comme la force motrice du MRP. En fait, depuis la publication du texte de Sutherland, on montre bien que les cellules gliales ont un mouvement spontané rythmique [4], et le mouvement du cerveau est aussi démontré par IRM [5]. Ainsi, au stade où les vésicules cérébrales primitives sont entourées de mésenchyme, puis au stade où les os du crâne commencent à s'organiser dans ce mésenchyme, la motilité inhérente au système nerveux central se transmet aux tissus environnants. Le MRP s'organise, où tous les tissus sont impliqués dans une dynamique commune. Puis, au fur et à mesure que l'individu grandit, la trame des tissus conjonctifs se calcifie plus ou moins, et leur degré de flexibilité, très important chez les nourrissons et chez les enfants, diminue chez les adultes. Toutefois, le MRP existe toute la vie et peut être perçu par les ostéopathes. L'écoute du MRP et l'appréciation de ses caractéristiques qualitatives et quantitatives constituent des éléments fondamentaux du diagnostic et du traitement en ostéopathie crânienne.
Fluctuation du liquide cérébrospinal
Pendant la systole, le liquide cérébrospinal fluctue des ventricules latéraux vers les troisième et quatrième ventricules et vers le canal vertébral. Pendant la diastole, l'inverse se produit [6]. Sécrété par les plexus choroïdes, le liquide cérébrospinal est produit par une efflorescence des vaisseaux sanguins, et ce sont la pulsation des vaisseaux sanguins, la respiration et les changements de posture qui favorisent sa fluctuation. En fait, les liquides intracrâniens fluctuent au rythme du MRP [7].
Mobilité des membranes intracrâniennes et intraspinales
Nommées aussi membranes de tension réciproque, les membranes intracrâniennes et intraspinales accompagnent rythmiquement les déplacements du cerveau et de la moelle épinière, à la fréquence de la motilité inhérente du tissu nerveux. En même temps, elles contrôlent les déplacements du cerveau et permettent la fluctuation du liquide cérébrospinal. De surcroît, par sa couche externe périostée et par les duplications de sa couche interne, la faux du cerveau, la tente du cervelet et la faux du cervelet, la dure-mère relie les os du crâne entre eux. Par son prolongement spinal, qui contribue au core-link (lien central), la dure-mère relie le crâne au bassin. Ainsi, la dure-mère contribue grandement à l'équilibre de la tension du système.
Mobilité articulaire des os du crâne
En 1898, Sutherland est étudiant à l'American School of Osteopathy, l'école dont Still est le fondateur et le président. Il a pour habitude d'observer les os du crâne exposés dans une vitrine, et un jour : « As I stood looking and thinking in the channel of Dr. Still's philosophy, my attention was called to the bevealed articular surfaces of the sphenoid bone. Suddenly there came a thought — I called it a guiding thought — ‘beveled like the gills of a fish; indicating articular mobility for a respiratory mechanism.’ » (« Comme je reste à regarder et à penser dans le courant de la philosophie du Dr Still, mon attention est attirée par les surfaces articulaires biseautées de l'os sphénoïde. Soudain, une idée apparaît — je l'appelle une idée guide — ‘biseautées comme les ouïes d'un poisson; indiquant une mobilité articulaire pour un mécanisme respiratoire’ ») [8].
Après quelques années, Sutherland définit les mouvements des os crâniens associés au MRP. Ils se produisent sur deux temps.
- Le temps de l'inspiration crânienne, pendant lequel les structures médianes démontrent un déplacement nommé flexion et les structures latérales un déplacement nommé rotation externe. Pendant ce temps, les dimensions transversales du crâne augmentent et les dimensions verticales diminuent; la flexion basilaire augmente au niveau de la synchondrose sphénobasilaire qui s'élève et la base du sacrum se déplace postérieurement dans un mouvement de flexion crâniosacrale.
- Le temps de l'expiration crânienne, pendant lequel le déplacement des structures médianes est nommé extension et le déplacement des structures latérales, rotation interne. Les dimensions transversales du crâne diminuent et les dimensions verticales augmentent. La flexion basilaire diminue au niveau de la synchondrose sphénobasilaire qui s'abaisse ; la base du sacrum se déplace antérieurement dans un mouvement d'extension crâniosacrale.
| La flexion et l'extension crâniosacrales décrites dans le MRP diffèrent parfois de la flexion et de l'extension anatomiques, avec lesquelles elles ne doivent pas être confondues. |
Mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques
Selon Sutherland, le mouvement du sacrum entre les iliaques décrit dans le MRP ne résulte pas d'une activité volontaire. Pour lui, le core-link formé par la dure-mère spinale qui relie le foramen magnum de l'occiput au sacrum transmet et coordonne les mouvements entre ces deux structures.
- Lire la suite : Swedenborg
Références
[1] Ward RC, ed. Glossary of Osteopathic Terminology. In : Foundations for Osteopathic Medicine. 2nd ed. Baltimore : Williams and Wilkins ; 2003.
[2] Merriam-Webster's 11th Collegiate Dictionary. Merriam-Webster's; 2003.
[3] Sutherland WG. The cranial bowl. Mankato, MN : Free Press Company; 1939. Reprinted. Indianapolis, In : American Academy of Osteopathy ; 1986.
[4] Lumsden, Pomerat. A preliminary report on the pulsatile glial cells in tissue cultures from the corpus callosum of normal adult rat brains. Exp Cell Res 1951; 2 : 103-14.
[5] Feinberg DA, Mark AS. Human brain motion and cerebrospinal fluid circulation demonstrated with MR velocity imaging. Radiology 1987; 163 : 793-9.
[6] Enzmann DR, Pelc NJ. Normal flow patterns of intracranial and spinal cerebrospinal fluid defined with phase-contrast cine MR imaging. Radiology 1991; 178: 467-74.
[7] Jenkins CO, Campbell JK, White DN. Modulation resembling Traube-Hering waves recorded in the human brain. Euro Neurol 1971; 5 : 1-6.
[8] Sutherland AS. With Thinking Fingers : The Story of William Garner Sutherland. DO. Kirksville, MO : The Journal Printing Company; 1962. p. 12.
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