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Accueil Thérapeutique Sutherland et Swedenborg Influence de Swedenborg sur le modèle du MRP : Comparaison Swedenborg - Sutherland

Influence de Swedenborg sur le modèle du MRP : Comparaison Swedenborg - Sutherland

International Journal of Osteopathic Medicine

Influence de Swedenborg sur le modèle du mécanisme respiratoire primaire de l’ostéopathie crânienne

Auteur : Theodore Jordan
Département de formation médicale, Doctors Hospital, Columbus, OH 43228, USA

Traduction : Pierre Tricot

 Titre original : Swedenborg’s influence on Sutherland’s Primary Respiratory Mechanism’model in cranial osteopthy. Article paru dans International Journal of Osteopathic Medicine (IJOM) XXX (2009) 1-6.

Article traduit et publié avec l’accord des Éditions Elsevier
© 2010 Jean-Louis BOUTIN et le Site de l’Ostéopathie www.osteopathie-france.net pour la version française.


7. Comparaison entre Swedenborg et Sutherland

Afin d’examiner les similitudes existant entre les écrits d’Emmanuel Swedenborg et le modèle MRP de Sutherland, trois parties présentant de grandes similitudes vont être examinées :

1. La mobilité inhérente du cerveau et de la mœlle.
2. Le rôle réciproque de la membrane durale.
3. La mobilité articulaire des os du crâne.

Pour chacun de ces thèmes, nous citerons des extraits de la traduction faite par Tafel du texte de Swedenborg The Brain. Il est important de se rappeler que les écrits de Swedenborg datent des environs de 1744, tandis que les commentaires de Tafel datent de 1882, époque de la traduction anglaise. Nous lui comparerons ensuite des extraits des enseignements de Sutherland. Les similitudes suggèrent fortement que Sutherland utilisa les écrits de Swedenborg comme source primaire pour ces composants du modèle MRP.

 


7.1. - La mobilité inhérente du cerveau et de la mœlle

Parce que le cerveau et le cœur possèdent tous deux des ventricules, que tous deux sont emplis de liquides et sont composés de tissus fibreux, beaucoup d’observateurs anciens ont envisagé à tort le cerveau comme une pompe, pompant activement un liquide clair, en analogie avec le pompage du sang par le cœur. Ce concept date au moins de l’époque des grecs anciens et faisait encore l’objet de débats scientifiques au XVIIIe siècle. Cette ancienne croyance constitue la base du concept de Swedenborg concernant le cerveau, organe contractile. Les écrits de Swedenborg des années 1740 citent de nombreux auteurs médicaux ayant écrit sur les supposées contractions du cerveau. L’influence de ces auteurs apparaît évidente dans cette affirmation de Swedenborg : « ... Comme le cœur et les poumons, le cerveau manifeste expansion et contraction ce qui signifie qu’il accomplit une mobilité de systole et de diastole... » (14). Swedenborg croyait que le cerveau n’était pas seulement une pompe à fluide mais qu’il pompait également la force vitale de l’organisme :

« En plus de ses mouvements alternatifs d’expansion et de contraction et grâce à l’assistance des poumons, le cerveau excite le corps et tous ses viscères dans un mouvement similaire et perpétuel ; et par ces moyens, au cours de chaque alternance, il transmet, à travers toutes les fibres l’âme et son esprit animal dans toutes les régions du corps ; il anime et vivifie ainsi chaque partie dans l’ensemble du corps et l’ensemble du corps grâce à toutes ses parties, de sorte qu’elles vivent en agissant, et agissent en vivant. Par cette interprétation, le cerveau doit être désigné comme l’organe général d’animation » (15).

 

Il est intéressant de noter que cette manière d’envisager le cerveau semble être également l’origine du concept MRP véhiculant le « Souffle de Vie » (16). Dans son épilogue à The Brain, Tafel réitère l’idée que le cerveau distribue « l’esprit » à travers tout le corps :

« À partir de la théorie universelle de Swedenborg concernant la relation existant entre la mobilité du cerveau et la respiration des poumons, il s’ensuit que lorsque le cerveau exprime l’esprit ou fluide nerveux de sa substance grise dans les nerfs du corps, lorsque, par conséquent, le cerveau présente sa mobilité expiratoire, les poumons vont à travers le processus d’inspiration et vice versa (17).

Swedenborg fondait ces conclusions sur les écrits d’autres auteurs, sur les vivisections et les observations directes du cerveau de personnes vivantes présentant des blessures ouvertes à la tête. Il cite des auteurs tels que Ridely, Vieussens, Baglivi, Fantoni, Bellini, Pacchioni (18), qui accréditaient l’idée que sur un cerveau vivant exposé, on pouvait détecter deux mouvements. En premier, on observait un mouvement pulsatile synchrone des pulsations cardiaques. Le second mouvement était synchrone de la respiration pulmonaire : lorsqu’une malheureuse personne présentant une blessure ouverte à la tête inspirait profondément, on voyait le cerveau se rétracter à l’intérieur du crâne. Inversement, lorsque la personne soufflait ou toussait, le cerveau s’élargissait vers l’extérieur, allant parfois jusqu’à saillir légèrement de l’ouverture crânienne. Cela fut interprété comme étant les contractions et expansions inhérentes du tissu cérébral. Les premiers investigateurs allèrent même jusqu’à introduire les doigts dans les cerveaux vivants pour sentir directement ces puissants mouvements « respiratoires » du cerveau (19).

La relation la plus frappante existant entre les écrits de Swedenborg et ceux de Sutherland concerne le concept primordial selon lequel le cerveau se contracte rythmiquement et que l’origine de la force de contraction vient entièrement de l’intérieur du tissu cérébral. Dans The Brain, Swedenborg explique que :

« Il [le cerveau] accomplit ce mouvement de la même manière que le grand muscle du cœur qui, lui aussi, entreprend sa mobilité systolique et diastolique par une simple expansion et contraction ; car ses fibres près du centre sont également courbées en flexions spiralées [...] C’est uniquement la fluxion spiralée [sic] et la forme qui fournissent un pouvoir facile d’expansion et qui fait qu’une partie ne fonctionne pas comme une autre » (20).

Swedenborg théorise également, en détails, sur la manière dont le cerveau change de forme au cours de la contraction :

« Pendant le temps de contraction, c’est-à-dire pendant sa systole, chaque ventricule latéral s’allonge et se rétrécit et vice versa ; car, le corps strié [corpora striata], le commencement du bulbe rachidien [medulla oblongata] dont la partie postérieure s’enfle dans la cavité, puis augmente sur toute leur longueur, s’étend alors latéralement ; c’est pourquoi la mœlle qui entoure ces corps, les traverse et est insérée entre eux, s’allonge et par conséquent, diminue dans ses autres dimensions. Il en découle que les cornes postérieures et descendantes, appelées ammonite et cornes du bélier s’affaissent alors et se ferment complètement et que la partie supérieure la plus large des ventricules devient particulièrement étroite et se resserre ».

Dans son épilogue à The Brain, Rudolf Tafel reprend ce concept :

« Selon la théorie dynamique et autocratique de la mobilité du cerveau, telle qu’elle a été formulée par Swedenborg, l’origine de la mobilité de cet organe est contenue en son sein et par conséquent, est indépendante de la circulation artérielle et veineuse du corps et de la circulation du liquide céphalo-rachidien » (22)

De plus, le cerveau était connu pour transmettre des ordres aux autres parties du corps et à cause de la synchronicité entre les contractions apparentes du cerveau et la fonction respiratoire, on supposait que la contraction puissante du cerveau causait directement l’inspiration pulmonaire ; par conséquent, cette contraction du cerveau était la respiration primaire du corps. Dans son épilogue à The Brain, Tafel insiste sur l’ordre de causalité entre l’action du cerveau et celle des poumons :

« ... la mobilité du cerveau ne dérive pas de celle des poumons, mais lui est antérieure dans le temps. Après cela, on a montré que la mobilité du cerveau se propage à travers tout l’encéphale, y compris la mœlle épinière » (23).

La théorie selon laquelle la contraction précède et provoque la respiration se retrouve également dans les enseignements de Sutherland.

Dans un manuel d’étude du modèle et des méthodes de Sutherland rédigé par les Dr Howard et Rebecca Lippincott, l’explication du modèle MRP de Sutherland reprend de manière très proche les théories de Swedenborg en insistant sur le fait que l’action respiratoire du cerveau précède la respiration pulmonaire :

« Le mécanisme respiratoire primaire de qui le mécanisme respiratoire est secondaire, comprend le cerveau, les membranes intracrâniennes, le liquide céphalo-rachidien et la mobilité des os du crâne... » (24).

Sutherland, lorsqu’il palpait la tête de ses patients, ressentait une accommodation contractile et expansive (25). Bien que cela soit interprété par Sutherland comme étant la force du mouvement du cerveau, ressentie à travers la mobilité résultante des os du crâne, un problème surgit, notamment parce que le mouvement perçu dans le crâne n’était pas toujours synchrone de la respiration pulmonaire. Cette observation n’était certainement pas en accord avec le modèle de Swedenborg. Sutherland et ses étudiants durent donc se préoccuper de cette contradiction :

« Le mécanisme respiratoire primaire est supérieur à la respiration costale, qui lui est secondaire et contrôlée par les canaux nerveux normaux et le réflexe carbonique. En tant que partie du mécanisme, la mobilité active du crâne, ne doit pas nécessairement coïncider avec la respiration costale. Mais on peut faire en sorte qu’elle coïncide » (26).

Les écrits physiologiques de Swedenborg qui décrivent un cerveau animé de mouvements de contraction et d’expansion rythmiques, fournissent une élégante explication au fait que l’on puisse palper une apparente expansion/rétraction du crâne et dans notre étude, nous en conclurons que Sutherland a fondé son modèle MRP sur les écrits de Swedenborg. Cependant, même si Sutherland a utilisé la théorie physiologique de Swedenborg, il a trouvé que le rythme palpé au crâne ne coïncidait pas avec celui de la respiration pulmonaire. Sutherland a peut-être retenu le modèle de la mobilité du cerveau de Swedenborg, mais en faisant cela, il a dû modifier le modèle pour l’accorder à cette observation. Dans son ouvrage The Cranial Bowl, Sutherland décrit même – en petits caractères – plusieurs « expériences ésotériques » qui « prouvent » que le mouvement du cerveau est bien le mécanisme respiratoire primaire (27). Il apparaît par conséquent, qu’il tenta d’adhérer à la théorie physiologique qui lui était proposée, mais qui ne correspondait pas exactement à ses trouvailles cliniques. Il est hors du propos de cet article de conjecturer sur la raison qui a poussé Sutherland à poursuivre l’utilisation d’un modèle n’expliquant pas complètement ses observations palpatoires. Mais on doit pourtant noter que même si Sutherland a dévié de la physiologie proposée par Swedenborg sur la synchronicité de la « respiration cérébrale » et de la respiration thoracique, il maintint que le cerveau constituait le « mécanisme respiratoire primaire. »





Mise à jour le Vendredi, 24 Décembre 2010 09:12  

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