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Ostéopathie, contrepets et dernières flatulences
Auteur : Léon Truculus
Article paru sur le site de Kiné Skuds et reproduit avec l'aimable autorisation de l'équipe des Skuds que nous remercions sincèrement
Fait suffisamment insolite pour être mentionné, le lièvre a été levé par la très (la trop?) sage FFMKR.
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Observer l’avancée, au pas de charge, de cette armée des ombres laisse sans voix…
Qu’il soit entendu en préambule que, kinésithérapeute, je suis également diplômé en ostéopathie d’une école de la Collégiale Académique, relevant de plein droit du « titre d’ostéopathe » tel que cela est défini en Préfecture. J’ai donc le plus grand respect envers mes pairs ostéopathes. Mais j’ai autant, chevillé au corps, une identité prégnante de masseur-kinésithérapeute. Respect égal.
Il me semble pour autant bien précipité, foutrement saute au paf, de vouloir moraliser et statufier une non-encore profession d’ostéopathe qui, jouvencelle s’il en est, se déniaise à peine des affres des condamnations en chaîne pour exercice illégal de la médecine ou des chasses aux sorcières, honteusement financés à l’époque - faut-il encore le rappeler ? - par les laboratoires pharmaceutiques. Il y a eu des victimes de cette guerre, et mes pensées, un instant, s’envolent vers elles. Révérence gardée.
De plus, ordiner un « titre » relève du casse-tête législatif…
Il ne faut pas un Ordre pour se moraliser.
Il faut être (presque) moral pour accéder à l’Ordre.
La vertu de fait engendre la règle de fait. C’est une question de biotope.
La règle n’engendre pas la vertu, mais des démerdards à la petite semaine.
Car, sans vertu identifiée et hors tout lobbying - ce qui est loin d’être le cas - qui serait assez présomptueux pour représenter la Morale à lui seul et savoir l’imposer ?
Et imposer quoi et à qui dans ce joyeux bordel de Foire du Trône ?…
Je ne défendrai jamais, à l’instar de la FFMKR, une ostéopathie « kinésithérapique » faisant fi de ses autres prétendants. C’est d’une naïveté pathétique, d’un irréalisme achevé, et çà empeste le cochon-tirelire à mille pieds.
J’ai fais mes études d’ostéopathe, plutôt longues, avec des toubibs, des kinésithérapeutes, des infirmiers, des arracheurs de dents, et même de simples bacheliers qui observaient les fossiles de trente ans que nous étions alors en se poilant. TOUS, sans exception, ont répondu en fin de cursus aux critères ultra-sélectifs de cette science nouvelle, aux techniques marginales et particulièrement spécifiques, qu’est l’ostéopathie.

Si, en début de formation, la disparité des connaissances médicales était patente entre un BAC G et un généraliste, je peux vous assurer qu’après six ans, entre leurs mains expertes de professionnels formatés à l’ostéopathie, vous ne saviez plus dire qui est qui et qui vient de quoi…
Demander à un ostéopathe d’avoir un pré-cursus médical est aussi abscons que d’exiger d’un chaudronnier-tôlier de passer un diplôme de chef d’orchestre en préambule à sa formation technique.
Tout ce présupposé est profondément partisan.
La FFMKR, et c’est bien là qu’elle est peu intègre et lève le lièvre en toute non-innocence, fustige l’ostéopathie qui échapperait à sa propre modélisation, c’est-à-dire aux critères de sa juteuse formation continue. Et, avant que d’oser parler si dédaigneusement des « ni-ni », sous-entendu les non-médicaux qui accèdent de plein droit à l’ostéopathie, elle ferait mieux de réfléchir à ces milliers de dangereux individus, ces psychopathes de la manipulation cervicale en trois week-ends, qu’elle déverse à longueur d’année sur la planète kiné, les « craquothérapeutes » issus de son exxxxxcellent enseignement appelé non sans humour « Thérapie manuelle »…
Ce Cloche-Merle, qu’on se le dise une fois pour toutes, c’est une histoire de pétrodollars.
Et cela est aussi vrai de votre coté, kinésithérapeutes, que du coté des médecins.
La problématique, dépouillée de son sectarisme fiduciaire, semble pourtant simple à entendre pour qui serait un temps soit peu dégagé de son larfeuille.
Amis ostéopathes, que vous soyez kinés, médecins ou bacheliers, construisez-vous autours d’une identité communautaire; votre valeur nue et reconnue. Or, jusqu’à préférable exemple, le diplôme « estampillé » est aujourd’hui le meilleur garant de votre cohésion. Il n’y a aucune, mais vraiment aucune raison pour que certains fossoyeurs du système, hautement mercantiles, vous stigmatisent à l’aune de votre appartenance d’origine à telle ou telle obédience.
Ils ne sont pas moralement honnêtes.
L’idée de « titre d’ostéopathe » est insatisfaisant en ce sens qu’il sous-entend une profession préexistante à laquelle il se rattache, et cela laisse sur la touche, sans statut aucun et sans « métier », le simple bachelier, pourtant ostéopathe méritant. Les plus nombreux sur le marché, soit-dit en passant.
Le métier d’ostéopathe « pur jus » ne satisfait pas plus le généraliste, le masseur-kinésithérapeute qui, et on le conçoit aisément, n’ont aucune motivation à devoir renier une profession originelle, durement et « chèrement » acquise, et qui, comme votre serviteur, leur tient à cœur.
C’est donc la rencontre de deux monologues de sourds sans sonotone.
Répondre à des critères de formation commune - et que les uns cessent une fois pour toutes de se prévaloir d’une légitimité plus « historique » que d’autres. Un toubib, au-delà de sa connaissance médicamenteuse incontestable et incontestée, s’il ne se forme qu’en quelques w.e. à la Baule sera bien plus délétère sur une manipulation vertébrale qu’une femme de ménage slovaque ayant poursuivit une formation de six ans.
Qu’on traite les différentes catégories socio-professionnelles, des humains souffrant et respirant, avec - pour une fois! - intelligence et respect, au coup par coup, en identifiant et en honorant chacune de leurs méritoires spécificités, et que le « métier » d’ostéopathe trouve enfin toute sa recevabilité, pratiqué en annexe d’une laïcisation médicale ou non. Etre kinésithérapeute ne doit pas empêcher d’être ostéopathe, et inversement. Chacun fera ensuite sa sauce et conduira sa petite barque vers ce qu’il pense être ses eaux plus limpides. Qui sommes-nous pour juger ?
L’ostéopathie doit devenir un métier à part entière, que les uns et les autres pratiqueront en sus, au dépend, en annexe ou en dehors du cadre de toute formation initiale ou prétendue telle.
En un mot comme en cent, qu’on soit médecin, bachelier, ou kinésithérapeute, seule la validité d’un diplôme unique et reconnu, d’un cursus égalitaire, sortira tout ce petit monde furibond de l’ornière mercantile et sectaire.
Les kinésithérapeutes, par la voix tonitruante de leur « Fédé », trouvent anormal que l’ostéopathie échappe de leur escarcelle ? Plutôt que de niveler les choses vers « leur » bas et de râler comme putois, qu’ils prennent la peine - ce que d’autres ont fait avant eux - de se former et de devenir des ostéopathes méritants, ce dont ils n’ont même pas idée, et d’être à la hauteur de leur complainte de castrats.
La médiocrité ambiante ne doit pas devenir le référentiel - et c’est pourtant à cela que nous invite la FFMKR, sans doute un brin « populiste » en ce dossier.
Pour pérenniser « sa » formation continue ?
Sous le motif que l’on gueule plus fort que les autres, qu’on a des potes à l’assemblée ou qu’on se targue d’être reçu au Ministère ?...
Nul n’interdit au kinésithérapeute, s’il prend la peine de sa peine, de devenir ostéopathe et de demander son titre en Préfecture. De quel droit - mais de quel droit ? - ce même kinésithérapeute l’interdirait-il aux autres ?…
La réalité, c’est que le kinésithérapeute à une pétoche noire de se voir chouraver par de plus compétents que lui sa part du fromage - remarquez, il a raison de se méfier car ce serait loin d’être la première fois… Mais c’est bien fait pour lui, il n’a qu’à coloniser, investir, développer, plutôt que de beugler de l’arrière-salle en s’ouvrant ses bières au comptoir…

L’ostéopathie n’appartient pas, d’aucune manière, aux kinésithérapeutes.
En Amérique, elle est le fait des médecins.
En Angleterre, celui des bacheliers.
Cessez donc votre pseudo-filiation aussi grotesque que devenue hautement suspecte !
Je rappelle, par ailleurs, et histoire de donner un dernier coup de DO-dorant aux ultimes petites mauvaises odeurs, que le « ni-ni Académicien » présente au compteur un cursus médical supérieur au nôtre, pourtant DE-ifié.
Ca fait réfléchir, non ?…
Pour conclure, et afin que mes propos ne soient en aucun cas rattrapés par telle ou telle école de pensée, je précise que si je ne conçois pas l’ostéopathie de demain sans la participation du ni-ni star-académiste, je ne l’entends pas non plus sans la présence intra-muros du médical ou du paramédical qui aurait su répondre avec le même mérite au cursus d’un D.O.
A l’extrémisme des uns ne doit pas faire écho celui des autres.
Le discours un tantinet démago. qui se colporte çà et là dans les écoles, relatant que la « belle et grande ostéopathie » serait le fait unique du vierge bachelier non-corrompu - et dans sa main et dans ses adoubements à une autre philosophie médicale - est une allégation mal intentionnée et hautement polarisée qui, si elle peut encore se défendre au forceps lors de la toute première année de formation, devient fortement suspecte six ans plus tard.
Les directeurs d’écoles d’ostéopathie - et je ne leurs en fait pas forcément le reproche - ont fait un calcul purement numérique de survie. Très tôt ils ont compris qu’arithmétiquement le socle bachelier serait beaucoup plus large et moins rebelle qu’un tronc de pyramide médicale pour asseoir la pérennité de leurs promotions et emplir durablement leurs amphithéâtres (et peut-être leurs caisses ?).
D’où la résurgence de la chaste virginale à la main de violoncelliste…
Il convient pour autant de ne pas être réducteur et caricatural. Ces administrateurs ne se résument pas tous à une simple vision pécuniaire. Certains ont une foi inébranlable en leur action, une représentation, très personnelle certes mais une représentation tout de même, de l’avenir. Il faut les comprendre, ils étaient au front en première ligne à essuyer le vent des boulets, à faire le chemin de croix de l’ostéopathie, à l’extraire du néant hexagonal. Ils ont un mérite incontestable. Ils imaginent en toute sincérité, et là sans doute est l’origine de leur réticence, que le médecin ou le kinésithérapeute se réfugiera d’emblée derrière son primo-diplôme pour exercer sa nouvelle formation, spoliant ainsi en quelque sorte la nature « originelle » de l’ostéopathie et enclumant son envol.
Ils ont peur - peut-être à raison ? - de se faire dissoudre tel l’aspro de base dans le grand bain médical.
A ceux-là, je répondrai qu’il convient déjà de se mettre en accord sur ce que l’on appelle la nature « originelle » d’une science, jouvencelle s’il en est et en perpétuelle mutation depuis 110 ans, à peine 50 en France. Faire un « arrêt sur image », placer le curseur à l’aune de leur propre jugement me semble téméraire. Avoir l’outrecuidance intellectuelle de supposer que les autres corpus médicaux n’apporteront pas leur pierre conceptuelle et salutaire à l’édifice m’apparaît également réducteur et peu porteur d’évolution pour une science nouvelle que se targue pourtant d’être révolutionnaire. Qu’ensuite, quand bien même l’ostéopathie devient un « métier » pour les uns ou un « titre » pour les autres, mais un tronc commun à tous, rien ne laisse supposer aujourd’hui que les choses se dérouleront comme ils le redoutent.
Savoir manipuler une L5 ne donne pas par voie de conséquence la science infuse ni la boule de cristal.
Ils devraient par ailleurs, ces « investis », s’introspecter à minima. Souvent kinésithérapeutes d’ascendance, n’ont-ils pas franchi eux-mêmes le Rubicon pour devenir les porte-étendard purs et durs d’une ostéopathie sans concession qu’ils souhaitent à présent voir croître et se multiplier ? Auraient-ils la suffisance intellectuelle de s’accorder une intelligence, une intégrité de croisés, qu’ils refuseraient par pré-supposé à « l’autre » ?…
Lorsqu’un magasin est certain de son « produit », il n’a pas besoin de faire de pub ni plastiquer la vitrine des autres…
Ce faisant, chaque année, ils déversent incontinent des centaines, sans doute des milliers, de jeunes oisillons affamés sur un marché du travail de plus en plus engorgé.
Poursuivre de défendre, assez irrationnellement il faut bien le dire, le précepte de la « main virginale », être incapable de pérenniser sa profession en offrant un avenir alimentaire crédible à ses étudiants par l’instauration d’un numerus clausus de bon-sens, vouloir écarter sans raison intellectuellement satisfaisante des égaux-diplômés, démontre à quel point l’immaturité est encore de mise au sein du directoire de l’ostéopathie. Immaturité qui, de toute évidence, ne saurait présentement épargner un Ordre très anticipé qu’ils appellent pourtant de leurs vœux, comme le puceau appelle la chair sans même entrevoir ce qu’est tourment d’amour…
Maintenant, plutôt que de vous entredéchirer piteusement à niveau de formation égale, s’il vous faut vraiment un bouc-émissaire à l’enlisement très franco-français du dossier de l’ostéopathie, allez donc reluquer vers celui dont vous osez à peine murmurer le nom du bout des lèvres ; le toubib. Car lui seul, légitimement épuisé par huit longues années d’études initiales, rechigne à six ans supplémentaires et, à quelques consciences éclairées près, fait un pressing considérable - quelque part compréhensible mais ô combien erroné - vers une ostéopathie bradée sous une forme ou une autre de C.E.S., ou pas même, à la petite semaine.
Ce que tout le monde sait - cette science délicate - ne pouvoir s’acquérir qu’en de longues années de pratique, le médecin fait mine, se parant tel le paon de sa galerie de diplômes, de ne pas le savoir. Sans doute, doctorisé qu’il est, peut-il également prétendre dans la foulée à devenir architecte, chanteur d’opéra ou expert-comptable en trois w.e. de formation à la Baule ?…
Nous le savons tous mais nous le taisons pieusement : combien de ces généralistes, de ces « médecins du sport », se flattant d’une vague « sensibilisation » à l’ostéopathie, manipulent en toute incompétence, en toute dangerosité, sans jamais être inquiétés le moins du monde ?
Additionnés aux week-endistes paramédicaux de la formation continue à dix balles, ce sont eux, ces parias de l’éthique médicale, ces omnipraticiens omnivores qui, de plus, montrent les dents et ne veulent pas lâcher leur os, les véritables bradeurs de compétence.
Mais ils sont intouchables et incontestables. Ils ont la main de Dieu…
Qui aura la hardiesse de monter au créneau et de les confronter, ses fossoyeurs, à leur inconséquence ? Vous ?
Curieusement, plus une mouche ne vole…
Il est toujours plus facile de se colleter entre manœuvres que de filer la peignée au patronat.
En conclusion et à ce stade d’un débat encore si contradictoire, si peu apaisé, si malhonnête, il est donc urgent d’attendre avant que de se précipiter tête-bêche vers une structure ordinale hautement prématurée qui, loin de « normer » les choses, mettrait le feu aux poudres pour, en finalité, se retourner contre soi.
Sachons raison garder, mes amis, s’extraire et élever nos pensées au-delà du charnier natal.
C’est en ce sens que nous invitons Monsieur le député Flajolet à ne pas trop pimenter la sauce, au risque de transformer le plat de fève, déjà indigeste à la base, en Chili con carnage…
Léon Truculus
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