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Ostéopathie : vers la reconnaissance scientifique ?
Éditorial du 1 juin 2003

Auteur : Jean-Louis Boutin

Les ostéopathes ont engagé depuis de nombreuses années un combat pour la reconnaissance de leur profession et de la médecine ostéopathique. La profession, grâce à la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, est maintenant reconnue. Il nous reste à faire admettre la médecine ostéopathique.

Deux tendances coexistent dans le monde ostéopathique :

  • Ceux qui veulent une reconnaissance de la médecine ostéopathique sur des bases scientifiques, c'est-à-dire soumettre l’ostéopathie, ses concepts, ses techniques et sa méthodologie aux méthodes scientifiques vers lesquelles la médecine se dirige à savoir « la médecine fondée sur des preuves ». Pour les tenants de cette conception, l’ostéopathie doit faire appel à la science et seules les conceptions ostéopathiques dont les bases scientifiques ont été démontrées doivent être enseignées et pratiquées. Ce qui ne l’est pas doit être abandonné et notamment l’ostéopathie dite crânienne, l’ostéopathie viscérale qui, à ce jour, n’ont pas montré ni démontré leur efficacité.
  • Ceux qui conçoivent l’ostéopathie « autrement » . Ceux-là pratiquent l’ostéopathie dans le champ crânien (l’ostéo crânienne ou thérapie crânio-sacrée), l’ostéopathie viscérale, l’ostéopathie émotionnelle, l’ostéopathie tissulaire… Ceux-là savent qu’aucune preuve scientifique, telle que l’entend la science actuellement, n’est possible parce que leur science est une science de l’Être, de la Conscience, qui nécessite de la part du thérapeute une Présence, une Attention et une Intention particulière et que vouloir prouver une action sur la Conscience, sur l’Être relève de la quadrature du cercle.

Ces deux conceptions s’opposent parfois, les premiers traitant les seconds de charlatans, de gourous, de fous dangereux, etc. n’admettant pas les conceptions des seconds qu’ils traitent de pseudo-science. Ces derniers, où l’on rencontre parfois des dérives surprenantes n’ayant plus rien à voir avec l’ostéopathie, se retranchent dans leur silence, incompris, parfois hautains, la plupart du temps persuadés du bien-fondé de leur approche.

Malheureusement, il faut bien reconnaître que toutes les études qui ont été entreprises, aussi bien aux USA que dans d’autres pays, avant 1999, concernant l’ostéopathie dans le champ crânien, que ce soit par Viola Frymann, John Upledger ou d’autres moins célèbres, aussi intéressantes soient-elles, n’ont aucune, je dis bien aucune valeur scientifique. Il faut lire le rapport du British Columbia Office of Health Technology Assessment pour en être, hélas, convaincu :

« Ce compte-rendu méthodique a montré qu’il n’y a pas assez de preuves scientifiques pour recommander la thérapie crânio-sacrée à des patients, des praticiens ou à des tiers pour toute condition clinique »[1]

Comment donc sortir de l’impasse actuelle ?

Car il existe bien des solutions :

  • Faut-il évaluer nos pratiques ? Il faut forger nos propres outils d’évaluation et non pas se soumettre aux critères médicaux classiques. D’autres techniques que l’ostéopathie crânio-sacrée ont rencontré ce problème et l’ont résolu à leur avantage : « De nombreux systèmes de mesures validées à partir de divers résultats sur la santé existent pour constater les « résultats positifs sur patients ». Des systèmes de médecine complémentaire complexes peuvent être étudiés comme « gestalts » (intégration du tout) dans le but d’évaluer de l’intérieur un cadre d’intervention ou d’essais. Les affirmations que les méthodes scientifiques actuellement disponibles ne conviennent pas pour évaluer les thérapies catégorisées à tour de rôle comme « non-traditionnelles », « alternatives » ou « complémentaires » ne sont pas valides »[2]
  • Faut-il évaluer notre philosophie, nos conceptions ?  Réfléchissons à nos concepts de base en regard de tout ce que nous apporte actuellement la recherche : la plupart des assertions contenues dans l’explication du Mécanisme Respiratoire Primaire sont erronées. Revoyons de fond en comble notre philosophie, non pas pour abandonner nos principes, mais pour les évaluer, les clarifier, les expliciter, leur donner vie à la lumière de la Conscience, de l’Être.
  • Faut-il évaluer notre méthodologie ? Créons notre propre nomenclature des actes ostéopathiques : les actes utiles au sens d’un service ostéopathiquement reconnu. Evaluons nos pratiques actuelles. Créons le bilan ostéopathique pour nous permettre d’effectuer le diagnostic ostéopathique.
  • Faut-il évaluer les praticiens ostéopathes actuels ? Créons un organisme de Formation Ostéopathique Continue (FOC) qui permettra à tous les ostéopathes qui pratiquent actuellement de vérifier leur connaissance par leurs pairs et de se mettre à niveau pour certains. Car la reconnaissance des ostéopathes amènera nécessairement ces derniers à s’auto-évaluer. Et que nous devons nous-même nous préparer à ces nouvelles pratiques. Rappelons ce qu’a dit M. Alain Coulomb, directeur général de l'ANAES au sujet de l'auto-évaluation des médecins (ce qui peut être valable également pour les ostéopathes) : "ils (les médecins) mesureront leur niveau de performance médicale en se posant trois questions. Connaissent-ils et utilisent-ils les recommandations de pratique clinique de leur spécialité? Évaluent-ils leurs pratiques professionnelles? Utilisent-ils des indicateurs permettant de s'assurer de la qualité du service médical rendu? Ces indicateurs n'existent pas encore, j'attends des médecins qu'ils s'impliquent pour les définir"... interview de A. Coulomb dans le Quotidien du médecin.
  • Faut-il évaluer le rôle et la place des ostéopathes dans la société ? Il s’agit de définir le rôle des ostéopathes dans la prévention des maladies et la place de l'ostéopathie dans les entreprises. Cela  ne pourra se faire que si :
  • La formation des ostéopathes est digne du rôle qu’ils veulent avoir : devront-ils continuer leur formation dans des établissements privés, indépendamment des autres professions de santé ou doivent-ils intégrer le plus rapidement possible la première année commune à toutes les professions de santé qui va être mise en place dans les deux ou trois années à venir ?
  • Le corps enseignant ostéopathique est de niveau universitaire. Il est indispensable que le corps enseignant des collèges et écoles ostéopathiques soient lui-même former dans un cadre universitaire.
  • Un numerus clausus est instauré par la définition des règles et critères déontologiques d’installation et de quota nécessaire : combien faut-il former d’ostéopathes pour que toute la population puisse avoir recours à l’ostéopathie ? Combien doit-il y avoir d’ostéopathes dans la population pour remplir ce rôle ? Quel nombre de population faut-il pour la création d’un cabinet d’ostéopathe ? 30 000 personnes ? plus ? moins ?

Face au défi scientifique posé à l’ostéopathie, il est indispensable que l’ensemble de la profession se mobilise : le challenge est important et il en va de notre survie professionnelle. Il n’est plus question, dans cette affaire, de corporatisme mais bel et bien de notre avenir : il faut mettre nos divergences de côté et nous réunir autour d’une structure. Celle-ci existe déjà. ? C’est l’Académie d’Ostéopathie. Elle seule a la possibilité de mobiliser les professionnels ; elle seule a l’autorité suffisante pour envisager les études nécessaires à la profession ; elle seule est loin des remous actuels et des corporatismes ostéopathiques. Comprendra-t-elle l’appel ? Saura-t-elle relever le défi qui se pose à la profession ?

L’avenir seul nous le dira. Il en va de l’ostéopathie, tout simplement.

Jean-Louis BOUTIN


Note

1 COMPTE-RENDU METHODIQUE ET EVALUATION CRITIQUE DES PREUVES SCIENTIFIQUES SUR LA THERAPIE CRANIO-SACREE, BCOHTA 99:1J - Mai 1999, Université de Colombie Britannique, Jean-Louis BOUTIN et le Site de l’Ostéopathie pour la version française, p. 38 .

2 idem, p. 39. 

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